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1929, 2008 : Différences et ressemblances
ACDEFI - 17 octobre 2008

Au fur et à mesure que la crise perdure (elle a commencé lors de l'été 2007), les observateurs avertis commencent à la comparer à la crise de 1929. Qu'en est-il exactement ?

 Il est vrai que la crise de 1929 a été également mondiale, après avoir trouvé son origine aux Etats-Unis, déclenchée par une spéculation boursière s'appuyant sur un crédit bancaire abondant et une économie florissante, en partie artificiellement, car prolongeant la période de reconstruction qui avait suivi la première guerre mondiale. L'inversion des anticipations à la suite du « jeudi noir » (24 octobre 1929) entraîna un effondrement boursier, comme en 2008, mais dans des proportions encore plus importantes. Toutefois, en 1929, le déclencheur fut bien une surélévation de la valeur des entreprises cotées en bourse, alors qu'en 2008, les PER d'avant la crise n'étaient pas excessifs (aux alentours de 15). Le déclencheur de celle-ci, c'est bien l'immobilier américain, surévalué et financé d'une façon excessive.

Si les causes sont différentes, le déroulement des crises de 1929 et 2008 présentent des similitudes. Elles se sont toutes les deux propagées mondialement, des Etats-Unis vers l'Europe et ensuite, vers les pays émergents. Compte-tenu de l'accélération des transactions et l'intensification de l'interdépendance des économies, cette propagation est plus rapide aujourd'hui (6 mois) qu'en 1929 (3 ans). Autre point commun : la contagion de la crise financière à l'économie réelle, à travers deux phénomènes : la raréfaction du crédit et la chute du pouvoir d'achat (renforcée par un « effet de richesse » négatif : les pertes boursières).

 Par contre, les modes de traitement de la crise sont différents.

En 1929, les Etats avaient laissé faire le marché, restant donc passifs devant la spirale de la récession. Il faudra en effet attendre 4 ans, avant que Franklin Roosevelt, élu en 1932, mette en œuvre des réformes (New Deal) et règlemente le secteur bancaire américain (Glass-Steagall Act et Mc Fadden Act). Aujourd'hui, les gouvernements sont plus réactifs, comme en témoignent le « package fédéral » de 700 milliards de dollars aux Etats-Unis et les plans d'action extensifs mis en place par les pays européens.

De ce fait, on peut espérer une sortie de crise plus rapide (d'ici 2 ans) et moins douloureuse : la crise de 1929, en plongeant l'Allemagne de Weimar dans le chaos (hyperinflation et chômage de masse), a permis l'avènement d'Hitler et ultérieurement, a déclenché la seconde guerre mondiale. Aujourd'hui, la croissance mondiale reste encore largement positive, grâce aux pays émergents, et devrait rester supérieure à 2% dans les deux années qui viennent, et cela d'autant plus que les prix des matières premières et du pétrole vont baisser, entrainant aussi une baisse de l'inflation et donc des taux d'intérêt.

Certes, la crise de 2008 sera plus longue et plus profonde que prévu, au départ. Mais nous ne sommes pas en 1929 et l'on peut trouver dans cette constatation des motifs d'optimiste.

 

                                                                                                       Bernard MAROIS

                                                                                                       Président

                                                                                                       Club Finance HEC        

Les analyses hebdomadaires
Un vent d’euphorie semble souffler sur la zone euro et sur la France depuis quelques semaines. Selon certains prévisionnistes, notamment ceux des organes officiels que sont la Commission européenne et l’INSEE, l’UEM et la France auraient d’ores et déjà retrouvé le chemin de la croissance forte, qui pourrait même avoisiner les 2,5 % dès 2018. A l’évidence, la réalisation d’une telle conjecture ne pourrait que nous faire plaisir. Seulement voilà : en économie, la magie n’existe pas. Autrement dit, pour pouvoir atteindre une croissance durable de 2,5 %, il faut un certain nombre d’ingrédients dont la France et la zone euro ne disposent pas pour le moment. Certes, la faiblesse des cours du pétrole et des matières premières au sens large, le caractère extrêmement accommodant de la politique de la BCE ou encore le maintien des taux d’intérêt obligataires sur des niveaux exagérément bas ont aidé et aideront encore la croissance économique. Pour autant, il s’agit là de conditions nécessaires mais pas suffisantes pour permettre à cette dernière d’atteindre 2,5 %. D’ailleurs, d’autres éléments conjoncturels agissent déjà à la baisse sur la dynamique économique : le ralentissement dans la plupart des pays émergents, Chine et Inde en tête, la remontée de l’euro, notamment face au dollar, ou encore les incertitudes géopolitiques internationales. Mais au-delà de ces évolutions conjoncturelles, certes non négligeables, le vrai handicap de la zone euro et plus particulièrement de la France, réside dans la faiblesse de leur croissance structurelle. Aussi, pour parvenir à ce niveau de 2,5 %, il faut engager de profondes réformes structurelles sur la fiscalité, le marché du travail ou encore le financement de l’économie, qui n’ont toujours pas été menées, en particulier en France. Autrement dit, ce ne sont pas quelques évolutions conjoncturelles favorables qui permettront de masquer les faiblesses structurelles de l’économie française. Dans ce cadre, nous sommes contraints de confirmer notre prévision d’une croissance française d’environ 1,3 % tant en 2017 qu’en 2018. Quant à l’atteinte durable des 2,5 %, elle ne sera possible qu’après la modernisation de l’économie française et donc, dans le meilleur des cas, pas avant 2020. Certes, mieux vaut tard que jamais. La question reste néanmoins de savoir si la population et les entreprises françaises auront la force d’attendre…
A suivre du 26 au 30 juin :
- Lundi 26, 10h (heure de Paris) : léger recul de l’indice IFO du climat des affaires en Allemagne.
- Lundi 26, 14h30 : rebond correctif et limité des commandes de biens durables aux Etats-Unis.
- Lundi 26, 18h : le chômage repart à la hausse en France.
- Mardi 27, 16h : l’indice du Conference Board de confiance des ménages américains recule légèrement.
- Mercredi 28 8h45 : stabilisation de l’indice INSEE de confiance des ménages dans l’Hexagone.
- Mercredi 28, 14h30 : le déficit de la balance des marchandises recule modestement aux Etats-Unis.
- Jeudi 29, 8h : baisse modérée de l’indice GfK de confiance des ménages allemands.
- Jeudi 29, 11h : quasi-stabilisation de l’indice de sentiment économique dans la zone euro.
- Jeudi 29, 14h : l’inflation allemande se stabilise à 1,4 %.
- Jeudi 29, 14h30 : la faiblesse de la croissance américaine au premier trimestre est entérinée.
- Vendredi 30, 1h30 : stabilisation du taux de chômage japonais à 2,8 %.
- Vendredi 30, 8h45 : la consommation des ménages repart à la baisse en France.
- Vendredi 30, 8h45 : l’inflation française stagne à 0,8 %.
- Vendredi 30, 8h45 : en France, la dette publique atteint 96,5 % du PIB au premier trimestre.
- Vendredi 30, 9h55 : le taux de chômage se stabilise à 5,7 % en Allemagne.
- Vendredi 30, 10h30 : nouvelle confirmation de la croissance britannique à 2 % au premier trimestre.
- Vendredi 30, 11h : stabilisation de l’inflation eurolandaise à 1,4 %.
- Vendredi 30, 14h30 : progression modérée des revenus et de la consommation des ménages aux Etats-Unis.
- Vendredi 30, 16h : confirmation de la nette baisse de l’indice Reuters/Université du Michigan de confiance des consommateurs américains.