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Après 1987, 1997 et 2007, une nouvelle crise en 2017 ?
ACDEFI - 07 juillet 2017

L'être humain est ainsi fait que, face à l'incertitude, il cherche des repères pour essayer de voir un peu plus clair. Et ce, a fortiori lorsqu'il est économiste, dont, ne l'oublions pas, l'un des métiers est tout de même de faire des prévisions. Ainsi, c'est notamment dans ce but qu'en avril 2015, nous vous avions interpelé en identifiant un nouveau cycle de crise économique et financière de sept ans : premier choc pétrolier en 1973 qui allait marquer la fin des « Trente glorieuses », second choc pétrolier et récession mondiale en 1980, krach d'octobre 1987, krach obligataire de 1994, krach internet et attentats du 11 septembre en 2001, puis, en 2008, faillite de Lehman Brothers et crise mondiale digne de celle de 1929. Dans la continuité de ce nouveau cycle, nous vous alertions alors sur la forte probabilité d'une nette correction boursière en 2015, qui se produisit d'ailleurs avec une nouvelle crise grecque et surtout celle de la Chine.

Pour autant, grâce au soutien des Etats eurolandais et de la BCE, la Grèce a pu, une nouvelle fois, panser (temporairement) ses plaies. De même, grâce à une relance de 1 000 milliards de dollars, puisés notamment sur ses réserves de changes, la Chine a pu éviter le fort ralentissement et même stabiliser sa croissance entre 6,7 % et 7 %.

Dans la mesure où ces deux soutiens massifs de la Chine et de la BCE continuent d'agir, mais aussi de par la résorption apparente du risque populiste en Europe et notamment en France, qui semble même bénéficier d'une sorte d'état de grâce depuis l'élection d'Emmanuel Macron, il serait donc tentant d'imaginer que la France, l'Europe, le monde et les marchés financiers seraient désormais hors de danger. Encore mieux, selon certains, ils seraient sur le point d'entrer dans une ère d'euphorie durable.

Seulement voilà, même si nous ne sommes pas des adeptes de la numérologie, un autre cycle, cette fois-ci de 10 ans, se rappelle à nous. Celui-ci a commencé avec le krach d'octobre 1987, s'est poursuivi avec la crise des pays émergents de 1997, puis celle des subprimes de 2007. Que va-t-il donc bien pouvoir se passer en 2017 ?

Certes, lors de ces trois crises, les funestes prévisions d'effondrement durable du système ont été contredites par la réalité, comme nous l'annoncions d'ailleurs à chaque fois, souvent seuls contre tous. Ainsi, en 1987, grâce à l'assouplissement monétaire massif de la Réserve fédérale américaine, le krach boursier a été effacé en quelques mois et la croissance forte est revenue dès 1988 à travers la planète. En 1997, la crise des émergents a suscité un « flight to quality » vers les pays développés, qui ont ensuite bénéficié d'une période de vigueur économique exceptionnelle, alimentée il est vrai par la révolution des NTIC. Quant à 2007, si la récession mondiale a bien eu lieu en 2008, la réaction des banques centrales et les relances budgétaires généralisées ont permis de sortir de l'ornière dès l'été 2009.

Comme disait Nietzsche, « tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ». Si bien que, finalement, ces dernières crises ont, semble-t-il, augmenté la résilience de l'économie mondiale et des marchés boursiers internationaux. Autrement dit, comme nous l'avons vu en 2015 ou lors du Brexit, les crises et les krachs n'apparaissent plus comme des dangers insurmontables. Dès lors, la prochaine crise peut bien arriver, le monde est prêt à en découdre.

Bien entendu, nous aimerions en rester là et annoncer, à l'image du « Candide » de Voltaire, que « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes ». Cependant, notre devoir reste de rappeler en permanence les réalités économiques. Il faut donc être clair : pour justifier économiquement un Dow Jones à 21 000 points, il faudrait une croissance mondiale de 8 %. Or, cette dernière ne sera que d'au mieux 3,5 % tant en 2017 qu'en 2018.

De plus, de nombreux risques pèsent sur cette dernière : conflits potentiels entre l'Arabie Saoudite et le Qatar, voire l'Iran, conflit syrien qui n'en finit pas et qui pourrait embraser la région à tout moment, sans oublier les menaces permanentes d'attentats. D'un point de vue économique, les dangers sont aussi pléthore : créances douteuses et potentielle crise bancaire en Chine, resserrement de la politique monétaire aux Etats-Unis et fin prochaine de la « planche à billets » de la BCE.

Mais il y a pire. En effet, depuis quelques semaines, la France et le monde s'étaient mis à croire que, pour contourner tous ces risques, « Super Macron » allait apporter le remède miracle, notamment en relançant l'économie française, mais aussi la construction européenne et tutti quanti.

Malheureusement, comme nous le craignions, les déclarations du Président Macron devant le Congrès à Versailles et celle du Premier Ministre Philippe à l'Assemblée Nationale ont confirmé que la déception serait une nouvelle fois au coin de la rue.

Et pour cause : oubliée la révolution, oubliée le grand soir fiscal, oubliée la baisse des dépenses publiques et des déficits, oubliée le retour de la croissance forte ! Non, comme sous Chirac, Sarkozy et Hollande, nous n'aurons toujours pas la « thérapie de choc bienveillante » que nous appelons de nos vœux depuis des années et dont la France a tant besoin.

Toutes les réformes de fond ont été remise à 2019, donc à jamais. Certes, nous aurons bien la hausse de la CSG, qui va forcément casser la confiance et la croissance. Parallèlement, nous aurons tout au plus des réformettes, qui seront évidemment loin de permettre une relance massive de l'investissement, de l'activité et de l'emploi.

Dès lors, il faut donc se préparer à une nouvelle augmentation des déficits publics et la dette. La déception ainsi suscitée pourrait rapidement générer une crise politique en Europe et surtout une remontée des taux d'intérêt des obligations des Etat, avec rechute de la croissance à la clé. Autrement dit, oui, 2017 sera bien une année difficile. La prudence doit donc rester de mise, avec bien sûr, toujours en toile de fond, notre traditionnel : Carpe Diem !

Marc Touati


Les analyses hebdomadaires
Depuis de nombreuses années, dans notre humble objectif d’améliorer la situation de l’économie française, nous n’avons cessé de proposer des mesures économiques, que nous présentions comme n’étant ni de droite, ni de gauche, mais simplement de bon sens. Grande a évidemment été notre satisfaction lorsqu’un candidat aux élections présidentielles françaises, devenu depuis Président de la République, a repris cette thématique. Et ce même si nous sommes toujours restés très circonspects sur la véracité de ce discours. D’ailleurs, depuis son accession au pouvoir, force est de constater que la mise en pratique de ce « ni-ni » s’avère particulièrement difficile. Et c’est précisément là que se trouve l’erreur de ce raisonnement. En effet, en voulant satisfaire tout le monde, à droite comme à gauche, on ne fait finalement rien de très significatif et on se retrouve dans le consensus mou. C’est ainsi que, depuis Lionel Jospin en 1998-2001 jusqu’à François Hollande, en passant par Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, la France s’est engouffrée dans un « ni-ni » destructeur, c’est-à-dire dans un immobilisme maladif qui a eu pour principale conséquence de coincer l’économie française dans la croissance molle et le chômage élevé. Et, malheureusement, alors qu’il avait suscité un fort espoir de renouvellement, voire de révolution, chez certains, Emmanuel Macron est très vite rentré dans le moule du « ni-ni » et surtout du surplace. Le problème est qu’à force de ne vouloir froisser personne on finit par déplaire à tout le monde. Dans ce cadre, plutôt que de rester immobilisé dans le « ni-ni », il nous paraît beaucoup plus opportun de se lancer dans le « et-et », c’est-à-dire de prendre des mesures de droite et de gauche, c’est précisément le but de la « thérapie de choc bienveillante » que nous mettons en avant depuis quelques années. Nous avons simplement eu tort de la présenter sous l’angle du « ni-ni », qui revient finalement à ne rien faire. Elle doit, au contraire, être appréhendée dans la version plus courageuse du « et-et ». Il ne nous reste donc plus qu'à souhaiter que très vite, les dirigeants politiques français, mais aussi les citoyens, comprennent qu'il est désormais possible, voire indispensable, d'être à la fois de droite et de gauche, donc libéral et keynésien, de faires des réformes structurelles sur l'offre tout en soutenant la demande et en imposant une règle d'or : l'efficacité et la rationalité économiques doivent toujours primer sur les dogmatismes théoriques et idéologiques...
A suivre du 24 au 28 juillet :
- Lundi 24, 2h30 (heure de Paris) : légère baisse de l’indice Nikkei Markit des directeurs d’achat au Japon.
- Lundi 24, de 9h à 10h : repli généralisé des indices Markit des directeurs d’achat en France, en Allemagne et dans la zone euro, tant dans l’industrie que dans les services.
- Lundi 24, 15h45 : les indices Markit dans l’industrie manufacturière et les services reculent également aux Etats-Unis.
- Mardi 25, 8h45 : les indices INSEE du climat des affaires dans l’industrie et dans l’ensemble des secteurs régressent légèrement dans l’Hexagone.
- Mardi 25, 10h : l’indice IFO du climat des affaires recule modérément outre-Rhin.
- Mardi 25, 16h : léger repli de l’indice du Conference Board de confiance des ménages américains.
- Mardi 25, 18h : petit recul correctif du chômage français.
- Mercredi 26, 8h45 : l’indice INSEE de confiance des ménages en France perd un point.
- Mercredi 26, 10h30 : à cause d’un effet de base défavorable, le glissement annuel du PIB britannique recule nettement au deuxième trimestre.
- Mercredi 26, 20h : la Fed maintient son taux objectif des federal funds à 1,25 %.
- Jeudi 27, 8h : léger repli de l’indice GfK de confiance des consommateurs en Allemagne.
- Jeudi 27, 14h30 : petit rebond des commandes de biens durables aux Etats-Unis.
- Jeudi 27, 14h30 : quasi-stabilisation du déficit de la balance des marchandises aux Etats-Unis.
- Vendredi 28, 1h30 : l’inflation recule légèrement au Japon.
- Vendredi 28, 1h30 : le taux de chômage japonais se stabilise à 3,1 %.
- Vendredi 28, 7h30 : la croissance française reste fragile au deuxième trimestre.
- Vendredi 28, 8h45 : la consommation des ménages français repart à la baisse.
- Vendredi 28, 8h45 : l’inflation se stabilise à 0,7 % en France.
- Vendredi 28, 11h : l’indice de sentiment économique dans la zone euro repart à la baisse.
- Vendredi 28, 14h : l’inflation allemande recule à 1,5 %.
- Vendredi 28, 14h30 : rebond appréciable de la croissance américaine au deuxième trimestre.
- Vendredi 28, 16h : confirmation de la baisse de l’indice Reuters/Université du Michigan de confiance des consommateurs.