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Peut-on encore faire des prévisions fiables ?
ACDEFI - 13 octobre 2017

Optimistes, pessimistes, catastrophistes. Les prévisions économiques et financières font aujourd'hui l'objet de tous les commentaires et de toutes les critiques. Et cela est tout à fait normal. En effet, il est logique, honnête et surtout constructif d'accepter les débats et les oppositions de manière à essayer de réaliser les meilleures prévisions possibles. Sans néanmoins se laisser avaler par le consensus et la pensée unique.

C'est d'ailleurs la raison principale pour laquelle les économistes et les prévisionnistes en tous genres établissent des prévisions si différentes malgré une réalité de départ identique. Dans un souci de transparence et même si cela risque de déplaire à certains économistes qui souhaitent garder leur « expertise » pour eux sans la faire partager, nous souhaitons vous faire savoir qu'en temps normal les prévisions économiques et financières se basent sur trois piliers.

Le premier réside dans l'analyse des statistiques passées et dans leur mise en perspective au travers des mécanismes qui régissent l'économie et les marchés financiers. Il s'agit par exemple des canaux de transmission de la politique monétaire qui font que la variation des taux directeurs d'une banque centrale va agir sur l'économie via le canal du crédit, le canal des taux d'intérêt, le canal du taux de change et celui des effets de richesse. Pour faire simple, lorsque les taux directeurs baissent, le coût du crédit est moins élevé et incite donc les acteurs économiques à augmenter leur endettement, d'où une progression plus forte de la consommation et de l'investissement. Parallèlement, la baisse des taux va rendre moins attractifs les placements monétaires et plus attrayants les investissements productifs dont le taux de rendement était précédemment inférieur au taux directeur, les rendant par là même inintéressants. Troisième canal, celui du change. La baisse des taux directeurs réduit l'appétence internationale pour la devise, d'où une dépréciation de cette dernière et in fine une augmentation des exportations et une réduction des importations. Enfin, lorsque les taux d'intérêt reculent, les cours des actions et des obligations ont tendance à augmenter, accroissant par là même la richesse des détenteurs de ces produits, qui sont alors disposés à consommer et à investir davantage.

A côté de ces facteurs d'analyse économique, le deuxième pilier de la prévision repose sur l'économétrie, c'est-à-dire l'établissement d'équations qui permettent de faire des projections à partir des données passées et présentes. En fonction de l'observation empirique des relations entre différentes variables, certaines grandeurs explicatives permettent d'anticiper d'autres grandeurs (dites « expliquées ») et ce via des coefficients de corrélation. Mais attention, lors des graves crises et/ou des changements de paradigme économique (par exemple une révolution technologique), la valeur prédictive de l'économétrie se réduit fortement. Autrement dit, si elle fort utile, cette dernière est loin d'être la panacée.

D'où un troisième pilier de la prévision que personne n'ose avouer, mais qui fait pourtant la différence, à savoir le « feeling » ou encore l'intuition. Attention, ce pilier n'a rien à voir avec la boule de cristal, la cartomancie ou encore le doigt mouillé, si chers à de nombreux économistes. En fait, ce « feeling » est le produit de l'expérience et surtout du ressenti du terrain. Voilà pourquoi, plutôt que de rester dans leurs bureaux à refaire le monde au travers d'équations mirobolantes mais qui ne veulent rien dire, les économistes ont l'obligation d'aller voir les chefs d'entreprise, les opérateurs de marchés, les investisseurs, les particuliers… C'est d'ailleurs là que réside le moyen principal d'éviter le suivisme du fameux consensus.

Dans ce cadre, il est possible de dire qu'une bonne prévision (sans jugement de valeur bien entendu) se répartit équitablement entre ces trois piliers : l'analyse, l'économétrie et le « feeling ». Et lorsque l'un des trois piliers voit sa part augmenter démesurément, par exemple pour des motifs de dogmatisme ou de politisation ou encore d'entêtement, la prévision a de grande chose d'être fausse.

Néanmoins, il faut reconnaître qu'aujourd'hui, ces fondements de base de la prévision économique sont ébranlés. Et pour cause : nous assistons à la fin d'un monde et à l'émergence d'un nouvel environnement géopolitique, économique, environnemental ou encore financier. Dès lors, fonder ses prévisions sur l'analyse traditionnelle ou encore l'économétrie, c'est-à-dire la mise en équation du passé, devient de plus en plus caduque. Certes, il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain et tomber dans l'extrême qui consisterait à dire que le monde s'est écroulé et que dès lors, tous les outils normaux de l'analyse économique ne servent à rien.

Pour autant, nous devons aussi avouer que, face à l'inconnu, il faut aussi savoir s'adapter et remettre en question ce que l'on croyait être des connaissances acquises et indubitables. C'est pourquoi, faire des prévisions sur la base des fondamentaux économiques est presque devenu impossible. Pour la bonne et simple raison que tous nos repères ont disparu et que tout devient envisageable. C'est en cela que, pour une fois, il est possible de dire que telle ou telle prévision est optimiste ou pessimiste. Car le troisième pilier de la prévision, en l'occurrence le « feeling » ou encore la vision du monde, est devenu prépondérant. Dans ce cadre, nous revendiquons que nos prévisions qui sont, selon notre vision du monde, les plus réalistes possibles, peuvent actuellement apparaître pessimistes, du moins comparativement à l'état des prévisions consensuelles.

Sachez néanmoins que compte tenu des incertitudes et des fortes révisions des statistiques déjà publiées, établir des prévisions aujourd'hui relève de la haute voltige. Pour être complètement francs, nous dirons donc qu'en ce moment, il n'est pas possible de faire des prévisions fiables. Il est vrai que la mode actuelle consiste à se voiler la face et à ignorer les bulles qui nous entourent. Cependant, en dépit du consensus et de toutes sortes de pression, nous persistons et refusons de suivre bêtement le troupeau. Cela n'a jamais été notre tasse de thé, il n'y a pas de raison pour que cela change...

Marc Touati


Les analyses hebdomadaires
L'année 2017 n'est pas encore terminée qu'il nous faut déjà penser à 2018. En effet, pour beaucoup de banques, d'entreprises et d'investisseurs au sens large, 2017 est presque du passé et tous les espoirs, mais aussi toutes les inquiétudes sont portés sur 2018. Certes, comme nous l'annoncions il y a un an et encore au début de cette année, 2017 a été une année « correcte ». Et pour cause : la Chine ne s'est pas effondrée, comme beaucoup le prévoyaient, les pays émergents ont retrouvé des couleurs, notamment en Amérique Latine, les Etats-Unis et la zone euro ont bien résisté. A tel point que la croissance mondiale a gagné quelques dixièmes de point. En effet, selon nos estimations, après avoir légèrement reculé à 3,2 % en 2016, cette dernière devrait atteindre 3,4 % cette année. Elle sera donc appréciable, mais encore inférieure à sa moyenne de long terme (en l’occurrence 3,5 %). Pour y parvenir, elle sera notamment aidée par les performances honorables mais toujours non-euphoriques des Etats-Unis et de la zone euro, à savoir 2,1 %, contre respectivement 1,5 % et 1,8 % en 2016. Quant à 2018, selon nos prévisions, la croissance mondiale atteindra 3,1 %, un plus bas depuis 2009. Des prévisions qui, soulignons-le encore, restent optimistes, dans la mesure où elles supposent que de nouveaux risques ne viendront pas les contrecarrer. Parmi ceux-ci, citons notamment un conflit avec la Corée du Nord, un krach boursier et obligataire mondial, une forte instabilité politique européenne, qui pourrait notamment être provoquée par une issue défavorable des élections législatives italiennes, mais aussi par un capharnaüm sociétal en Catalogne et par là même dans l’Espagne entière, sans oublier les risques de dérapages sociaux toujours présents dans l’Hexagone. Dans le même temps, une crise de la dette privée en Chine, de nouveaux dérapages liés au Brexit et bien sûr et malheureusement, des risques d'attentats et de crises géopolitiques demeurent des dangers majeurs qui pourraient affaiblir la croissance mondiale. En conclusion, n'en déplaise aux marchés boursiers qui continuent de se voiler la face, 2018 sera forcément bien plus difficile que 2017.
A suivre du 23 au 27 octobre :
- Lundi 23, 16h (heure de Paris) : légère baisse de la confiance des ménages dans la zone euro.
- Mardi 24, 1h30 (heure de Paris) : baisse sensible de l’indice Nikkei Markit des directeurs d’achat au Japon.
- Mardi 24, 8h45 : les indices INSEE du climat des affaires dans l’industrie et dans l’ensemble des secteurs régressent dans l’Hexagone.
- Mardi 24, de 9h à 10h : repli des indices Markit des directeurs d’achat en France, en Allemagne et dans la zone euro, tant dans l’industrie que dans les services.
- Mardi 24, 15h45 : légère baisse des indices Markit dans l’industrie manufacturière et dans les services aux Etats-Unis.
- Mardi 24, 18h : le chômage français augmente encore mais plus modérément.
- Mercredi 25, 10h : l’indice IFO du climat des affaires recule de nouveau légèrement outre-Rhin.
- Mercredi 25, 10h30 : la croissance britannique reste molle au troisième trimestre.
- Mercredi 25, 14h30 : recul correctif des commandes de biens durables en septembre.
- Jeudi 26, 8h : léger repli de l’indice GfK de confiance des consommateurs en Allemagne.
- Jeudi 26, 10h : le glissement annuel des prêts privés régresse légèrement dans la zone euro.
- Jeudi 26, 13h45 : la BCE maintient son taux refi à 0 % et prépare les esprits à la réduction du « quantitative easing ».
- Vendredi 27, 1h30 : l’inflation repart à la baisse au Japon.
- Vendredi 27, 8h45 : l’indice INSEE de confiance des ménages en France perd encore deux points.
- Vendredi 27, 14h30 : la croissance américaine ralentit vers les 2,5 % en rythme annualisé au troisième trimestre.
- Vendredi 27, 16h : révision baissière de l’indice Reuters/Université du Michigan de confiance des consommateurs.