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La construction européenne peut-elle vraiment redémarrer ?
ACDEFI - 29 septembre 2017

Eloquent, audacieux, dense… Les adjectifs élogieux pour qualifier le discours d'Emmanuel Macron sur l'Europe du 26 septembre n'ont pas manqué, en particulier dans les médias français. Il est vrai qu'après quinze ans de tiédeur et de manque de conviction des dirigeants français face la construction européenne, le discours de « Manu » a pu réchauffer les cœurs des Européens convaincus, dont je fais partie depuis toujours.

En revanche, et comme très souvent avec notre nouveau Président, si la forme et le marketing ont été excellents, la profondeur du discours et le réalisme des actes à venir laissent à désirer. Autrement dit, ne rêvons pas : la déception sera forcément au rendez-vous.

Et ce, pour la simple raison que, bien loin des espoirs des pères fondateurs qui voulaient créer une Europe coopérative et dynamique, l'Union européenne et la zone euro sont devenues des espaces non-coopératifs.

Cette transformation négative a évidemment été matérialisée par le vote des Britanniques en faveur du Brexit. Le plus triste c'est qu'après quarante-trois ans de vie commune et très mouvementée, cette séparation paraissait presque logique. En effet, depuis son entrée dans la CEE en 1973, les négociations entre la perfide Albion et l'Union européenne ont toujours été âpres et souvent à sens unique. La non-participation du Royaume-Uni à la zone euro en 1999, tout comme son opposition au pacte budgétaire de décembre 2011 constituaient d'ailleurs des manifestations fortes du refus britannique d'aller trop loin dans la construction européenne.

Encore plus triste, le Royaume-Uni a dernièrement envoyé un signal fort, en choisissant d'engager un « hard Brexit », c'est-à-dire une sortie complète du marché unique et de l'espace économico-financier européen. Et ce, tout en misant sur des relations plus étroites avec les pays du Commonwealth et les Etats-Unis.

Mais à la rigueur si le désamour anglo-européen est connu, l'installation d'un jeu non-coopératif au sein même de la zone euro l'est moins. C'est pourtant ce qui se passe depuis des années au travers de la concurrence fiscale qui se joue entre les pays de l'UEM. Le Luxembourg, l'Irlande et, depuis peu, le Portugal ont ainsi compris que, pour profiter à plein de la zone euro, il fallait réduire massivement les impôts, voire devenir un paradis fiscal, en particulier pour les ressortissants étrangers européens qui choisiraient de s'exiler dans des terres d'accueil très favorables. Il est vrai que les paradis fiscaux n'existent que parce qu'il y a des enfers fiscaux, à commencer par notre « douce France ». Certes, M. Macron veut que cela change, mais, au regard du projet de Loi de Finances 2018, il y a encore de la marge pour que la France se mettent au niveau de la quasi-totalité de ses partenaires européens en matière de prélèvements obligatoires.

C'est d'ailleurs bien là que le discours sur l'Europe du Président Macron, aussi brillant soit-il, sonne creux. Car, comme je ne le cesse de le répéter depuis des années, la zone euro n'a de sens et ne peut perdurer que si elle devient une Zone Monétaire Optimale (ZMO), c'est-à-dire une zone dans laquelle la mobilité des facteurs de production (et en particulier la main-d'œuvre) sera parfaite. De la sorte, elle évitera la survenance de chocs asymétriques. En d'autres termes, si un des États membres connaît une crise spécifique (que l'on appelle un choc asymétrique), le budget fédéral pourra y remédier directement, annihilant ainsi les risques de contagion à l'ensemble de la zone.

Pour parvenir à cet objectif, il est indispensable d'engager une véritable harmonisation fiscale et réglementaire, mais aussi des marchés du travail, sans oublier la création d'une réelle politique budgétaire européenne financée par des Eurobonds. Si tel n'est pas le cas, la zone euro restera bancale entre une monnaie et une BCE uniques mais plusieurs politiques budgétaires, des conditions fiscales et réglementaires différentes… L'UEM demeurera alors des plus disparates et ne disposera jamais des moyens budgétaires suffisants pour réduire ces divergences. A titre de comparaison, on peut par exemple noter que le budget fédéral des États-Unis, qui alloue des dépenses en fonction des besoins des Etats, représente 20 % du PIB américain, tandis qu'il ne représente que 1 % du PIB dans la zone euro.

Il faut donc arrêter de tourner autour du pot et de se contenter de faire des beaux discours : l'UEM ne pourra sortir de sa crise existentielle tant qu'elle ne sera pas une ZMO. C'est certes ce vers quoi tendent les récentes propositions de M. Macron, mais ces dernières demeurent néanmoins trop timides. Pour sauver la zone euro, voici donc les conditions indispensables à mettre en place au plus vite : parfaite mobilité des capitaux, des entreprises, mais aussi des travailleurs au sein de l'UEM, harmonisation des conditions fiscales, budgétaires et réglementaires, marché du travail unique, sans oublier l'instauration d'un budget fédéral conséquent.

Ne l'oublions pas, la création de l'euro n'était qu'une étape visant à donner naissance à une union politique et fédérale. On peut être favorable ou opposé à cette dernière mais si on la refuse, il faut d'ores et déjà savoir que l'UEM finira par exploser, aggravant le jeu non-coopératif qui prévaut d'ores et déjà au sein de l'Europe et dont l'attisement sera forcément destructeur.

Malheureusement, l'affaiblissement politique de Mme Merkel à la suite de sa victoire en demi-teinte aux législatives, mais aussi les risques de dérapages à venir en Italie lors des élections de mars 2018 ou encore le ralentissement de la croissance à venir dans l'ensemble des pays européens sont autant de freins à la relance de la construction européenne et à l'instauration d'une véritable zone euro optimale. Comme souvent, les Français et les Européens resteront donc champions dans les paroles mais piètres dans les actes. M. Macron, merci quand même pour votre beau discours…

Marc Touati


Les analyses hebdomadaires
L'année 2017 n'est pas encore terminée qu'il nous faut déjà penser à 2018. En effet, pour beaucoup de banques, d'entreprises et d'investisseurs au sens large, 2017 est presque du passé et tous les espoirs, mais aussi toutes les inquiétudes sont portés sur 2018. Certes, comme nous l'annoncions il y a un an et encore au début de cette année, 2017 a été une année « correcte ». Et pour cause : la Chine ne s'est pas effondrée, comme beaucoup le prévoyaient, les pays émergents ont retrouvé des couleurs, notamment en Amérique Latine, les Etats-Unis et la zone euro ont bien résisté. A tel point que la croissance mondiale a gagné quelques dixièmes de point. En effet, selon nos estimations, après avoir légèrement reculé à 3,2 % en 2016, cette dernière devrait atteindre 3,4 % cette année. Elle sera donc appréciable, mais encore inférieure à sa moyenne de long terme (en l’occurrence 3,5 %). Pour y parvenir, elle sera notamment aidée par les performances honorables mais toujours non-euphoriques des Etats-Unis et de la zone euro, à savoir 2,1 %, contre respectivement 1,5 % et 1,8 % en 2016. Quant à 2018, selon nos prévisions, la croissance mondiale atteindra 3,1 %, un plus bas depuis 2009. Des prévisions qui, soulignons-le encore, restent optimistes, dans la mesure où elles supposent que de nouveaux risques ne viendront pas les contrecarrer. Parmi ceux-ci, citons notamment un conflit avec la Corée du Nord, un krach boursier et obligataire mondial, une forte instabilité politique européenne, qui pourrait notamment être provoquée par une issue défavorable des élections législatives italiennes, mais aussi par un capharnaüm sociétal en Catalogne et par là même dans l’Espagne entière, sans oublier les risques de dérapages sociaux toujours présents dans l’Hexagone. Dans le même temps, une crise de la dette privée en Chine, de nouveaux dérapages liés au Brexit et bien sûr et malheureusement, des risques d'attentats et de crises géopolitiques demeurent des dangers majeurs qui pourraient affaiblir la croissance mondiale. En conclusion, n'en déplaise aux marchés boursiers qui continuent de se voiler la face, 2018 sera forcément bien plus difficile que 2017.
A suivre du 23 au 27 octobre :
- Lundi 23, 16h (heure de Paris) : légère baisse de la confiance des ménages dans la zone euro.
- Mardi 24, 1h30 (heure de Paris) : baisse sensible de l’indice Nikkei Markit des directeurs d’achat au Japon.
- Mardi 24, 8h45 : les indices INSEE du climat des affaires dans l’industrie et dans l’ensemble des secteurs régressent dans l’Hexagone.
- Mardi 24, de 9h à 10h : repli des indices Markit des directeurs d’achat en France, en Allemagne et dans la zone euro, tant dans l’industrie que dans les services.
- Mardi 24, 15h45 : légère baisse des indices Markit dans l’industrie manufacturière et dans les services aux Etats-Unis.
- Mardi 24, 18h : le chômage français augmente encore mais plus modérément.
- Mercredi 25, 10h : l’indice IFO du climat des affaires recule de nouveau légèrement outre-Rhin.
- Mercredi 25, 10h30 : la croissance britannique reste molle au troisième trimestre.
- Mercredi 25, 14h30 : recul correctif des commandes de biens durables en septembre.
- Jeudi 26, 8h : léger repli de l’indice GfK de confiance des consommateurs en Allemagne.
- Jeudi 26, 10h : le glissement annuel des prêts privés régresse légèrement dans la zone euro.
- Jeudi 26, 13h45 : la BCE maintient son taux refi à 0 % et prépare les esprits à la réduction du « quantitative easing ».
- Vendredi 27, 1h30 : l’inflation repart à la baisse au Japon.
- Vendredi 27, 8h45 : l’indice INSEE de confiance des ménages en France perd encore deux points.
- Vendredi 27, 14h30 : la croissance américaine ralentit vers les 2,5 % en rythme annualisé au troisième trimestre.
- Vendredi 27, 16h : révision baissière de l’indice Reuters/Université du Michigan de confiance des consommateurs.