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Euro, obligations, actions : trois bulles, trois dangers.
ACDEFI - 04 septembre 2017

Plus les semaines passent (et malgré quelques ajustements correctifs justifiés mais passagers), plus les marchés financiers sont affectés par trois grands mouvements de bulle, qui deviennent par là même particulièrement dangereux. En l'occurrence, la flambée de l'euro/dollar, l'euphorie des marchés actions et la faiblesse des taux d'intérêt des obligations de la plupart des Etat eurolandais.

En effet, comme nous l'avons régulièrement souligné dans ces mêmes colonnes, le niveau d'équilibre de l'euro/dollar (dit Natrex, c'est-à-dire taux de change naturel en fonction des fondamentaux économiques : croissance, inflation, solde de la balance courante et épargne) est d'environ 1,15 dollar. Dès lors, avec des niveaux proches de 1,20, la devise européenne commence à devenir excessivement chère.

 

L'euro/dollar repart largement au-dessus de son niveau « normal »…

Pour visualiser le graphique, merci de consulter le fichier pdf

Sources : BCE, ACDEFI

 

C'est donc bien reparti pour un tour : alors que l'économie eurolandaise commence à peine à sortir la tête de l'atonie économique, l'euro se remet à flamber, ce qui finira par susciter prochainement une nouvelle rechute de l'activité.

En effet, depuis 2007, c'est la même chanson : l'euro trop fort, que nous appelons également « l'euro killer », est une véritable punition pour les pays de l'UEM, à l'exception peut-être de l'Allemagne. Rappelons la réalité empirique : à chaque fois que l'euro s'apprécie de 10 % sur une année, il retire 0,4 point à la croissance eurolandaise.

Autrement dit, après quelques trimestres d'amélioration et en dépit de la bonne tenue des derniers indicateurs avancés de l'économie eurolandaise, il est malheureusement inévitable que cette dernière finisse par ralentir fortement d'ici la fin 2017.

L'euro repartira alors à la baisse, mais il sera déjà trop tard, le chômage et les déficits publics auront repris le triste chemin de la hausse, avec tous les risques sociaux que cela représente.

 

L'euro-killer est de retour…

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Sources : Eurostat, BCE, ACDEFI

 

L'augmentation à venir des déficits publics et donc de la dette dans la zone euro rappelle d'ailleurs combien la faiblesse durable des taux d'intérêt des obligations d'Etat relève également d'une bulle, alimentée il est vrai par les largesses de la BCE.

 

La bulle obligataire continue…

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Sources : BEA, BCE, ACDEFI

 

A la rigueur, seule l'Allemagne pourrait mériter de faibles taux d'intérêt sur sa dette publique (puisque cette dernière est en train de reculer). Mais pas aussi bas que les niveaux actuels, en l'occurrence 0,35 % !

Pire, comment peut-on accepter d'acheter des obligations du Trésor français à 10 ans avec un taux d'intérêt annuel de 0,6 %, alors que les objectifs de réduction des déficits publics ne seront pas atteints et que la dette publique française va bientôt atteindre 100 % du PIB ?!

A l'évidence, le réveil sera brutal.

Cet aveuglement collectif est aussi présent sur les marchés boursiers européens et américains qui, malgré un léger mouvement correctif ces dernières semaines, continuent de défier l'entendement.

Bien entendu, la relative bonne tenue de la croissance mondiale (qui devrait avoisiner les 3,3 % cette année) peut justifier l'optimisme des investisseurs.

Pour autant, les niveaux actuels des grands indices boursiers demeurent vraiment excessifs, pour la simple raison qu'ils ne pourraient être économiquement justifiés qu'avec une croissance mondiale d'au moins 8 % !

Le graphique ci-dessous montre ainsi qu'une baisse significative du Dow Jones aurait déjà dû avoir lieu depuis plusieurs trimestres et finira forcément par se produire avec fracas au cours des prochains mois.

 

Flambée boursière et croissance mondiale : le réveil sera forcément brutal !

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Sources : FMI, ACDEFI

 

Quant au Cac 40, même si, au contraire de ses principaux homologues (et notamment le Dow Jones et le Dax qui ont pulvérisé leurs précédents sommets historiques), il demeure encore loin de ses plafonds de l'année 2000 (6 950 points au plus haut), la prudence doit rester de mise.

 

Les risques sont ignorés, mais jusqu'à quand ?

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Source : ACDEFI

 

Et pour cause : à côté de l'appréciation excessive de l'euro, tous les risques environnants sont ignorés : qu'ils soient géopolitiques (Corée du Nord, Moyen-Orient, Afrique), terroristes ou économiques (ralentissement de la croissance et augmentation des déficits publics).

Le jour où les investisseurs mondiaux vont se réveiller, la douche risque d'être particulièrement froide.

Allons, reprenons nos esprits, avant qu'il ne soit trop tard !

 

Marc Touati

Les analyses hebdomadaires
L'année 2017 n'est pas encore terminée qu'il nous faut déjà penser à 2018. En effet, pour beaucoup de banques, d'entreprises et d'investisseurs au sens large, 2017 est presque du passé et tous les espoirs, mais aussi toutes les inquiétudes sont portés sur 2018. Certes, comme nous l'annoncions il y a un an et encore au début de cette année, 2017 a été une année « correcte ». Et pour cause : la Chine ne s'est pas effondrée, comme beaucoup le prévoyaient, les pays émergents ont retrouvé des couleurs, notamment en Amérique Latine, les Etats-Unis et la zone euro ont bien résisté. A tel point que la croissance mondiale a gagné quelques dixièmes de point. En effet, selon nos estimations, après avoir légèrement reculé à 3,2 % en 2016, cette dernière devrait atteindre 3,4 % cette année. Elle sera donc appréciable, mais encore inférieure à sa moyenne de long terme (en l’occurrence 3,5 %). Pour y parvenir, elle sera notamment aidée par les performances honorables mais toujours non-euphoriques des Etats-Unis et de la zone euro, à savoir 2,1 %, contre respectivement 1,5 % et 1,8 % en 2016. Quant à 2018, selon nos prévisions, la croissance mondiale atteindra 3,1 %, un plus bas depuis 2009. Des prévisions qui, soulignons-le encore, restent optimistes, dans la mesure où elles supposent que de nouveaux risques ne viendront pas les contrecarrer. Parmi ceux-ci, citons notamment un conflit avec la Corée du Nord, un krach boursier et obligataire mondial, une forte instabilité politique européenne, qui pourrait notamment être provoquée par une issue défavorable des élections législatives italiennes, mais aussi par un capharnaüm sociétal en Catalogne et par là même dans l’Espagne entière, sans oublier les risques de dérapages sociaux toujours présents dans l’Hexagone. Dans le même temps, une crise de la dette privée en Chine, de nouveaux dérapages liés au Brexit et bien sûr et malheureusement, des risques d'attentats et de crises géopolitiques demeurent des dangers majeurs qui pourraient affaiblir la croissance mondiale. En conclusion, n'en déplaise aux marchés boursiers qui continuent de se voiler la face, 2018 sera forcément bien plus difficile que 2017.
A suivre du 23 au 27 octobre :
- Lundi 23, 16h (heure de Paris) : légère baisse de la confiance des ménages dans la zone euro.
- Mardi 24, 1h30 (heure de Paris) : baisse sensible de l’indice Nikkei Markit des directeurs d’achat au Japon.
- Mardi 24, 8h45 : les indices INSEE du climat des affaires dans l’industrie et dans l’ensemble des secteurs régressent dans l’Hexagone.
- Mardi 24, de 9h à 10h : repli des indices Markit des directeurs d’achat en France, en Allemagne et dans la zone euro, tant dans l’industrie que dans les services.
- Mardi 24, 15h45 : légère baisse des indices Markit dans l’industrie manufacturière et dans les services aux Etats-Unis.
- Mardi 24, 18h : le chômage français augmente encore mais plus modérément.
- Mercredi 25, 10h : l’indice IFO du climat des affaires recule de nouveau légèrement outre-Rhin.
- Mercredi 25, 10h30 : la croissance britannique reste molle au troisième trimestre.
- Mercredi 25, 14h30 : recul correctif des commandes de biens durables en septembre.
- Jeudi 26, 8h : léger repli de l’indice GfK de confiance des consommateurs en Allemagne.
- Jeudi 26, 10h : le glissement annuel des prêts privés régresse légèrement dans la zone euro.
- Jeudi 26, 13h45 : la BCE maintient son taux refi à 0 % et prépare les esprits à la réduction du « quantitative easing ».
- Vendredi 27, 1h30 : l’inflation repart à la baisse au Japon.
- Vendredi 27, 8h45 : l’indice INSEE de confiance des ménages en France perd encore deux points.
- Vendredi 27, 14h30 : la croissance américaine ralentit vers les 2,5 % en rythme annualisé au troisième trimestre.
- Vendredi 27, 16h : révision baissière de l’indice Reuters/Université du Michigan de confiance des consommateurs.