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Comptes publics et balance commerciale : Déficits franco-américains, excédents sino-allemands.
ACDEFI - 14 août 2017

Non, les déficits publics et commerciaux ne sont pas des fatalités. Certes, comme nous venons de le voir, les Etats-Unis et la France « excellent » en matière de « twin deficits ». A l'inverse, la Chine et surtout l'Allemagne détonnent par leur excellence commerciale et leur sérieux budgétaire. Rien de mieux que quelques graphiques pour prendre conscience de l'ampleur de ces écarts structurels.

Commençons par l'Oncle Sam, qui n'a plus connu d'excédent commercial annuel depuis 1976.

 

En dépit d'une légère baisse en juin, le déficit commercial américain dépasse les 531 milliards de $.

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Sources : BEA, ACDEFI

 

Après avoir connu un double record historique en août 2006 (67,8 milliards de dollars sur un mois et 778,2 milliards sur un an), le déficit extérieur américain s'est certes considérablement réduit depuis.

Néanmoins, son niveau structurel reste proche des 45 milliards de dollars sur un mois et des 500 milliards sur douze mois.

En juin 2017, il a d'ailleurs atteint 43,6 milliards de dollars (en baisse de 2,7 milliards par rapport au moins précédent) et 531,5 milliards sur douze mois contre un plancher de 494 milliards en septembre 2016.

Compte tenu de la dépréciation récente du dollar, une nouvelle amélioration devrait s'observer dans les prochains mois, mais ne rêvons pas, le déficit commercial américain restera supérieur à 500 milliards de dollars au moins jusqu'à l'été 2018.

Même son de cloche du côté des comptes publics. Certes, l'Oncle Sam a réussi à dégager trois excédents annuels de 1998 à 2000. De plus, après un creusement à 13 % du PIB en 2009 (crise oblige !), le déficit public américain est retombé à 3,5 % en 2015.

Malheureusement, que ce soit avec Obama ou avec Trump, la rigueur budgétaire n'a plus été à l'ordre du jour. En 2017, le déficit devrait ainsi rester élevé à environ 4,5 % du PIB. Quant à la dette publique, elle devrait encore se rapprocher de la barre des 110 %, à 109 % précisément.

 

Comptes publics américains : 4,5 % de déficit et 109 % de dette par rapport au PIB en 2017.

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Sources : FMI, Prévisions ACDEFI

 

Des contre-performances très proches de celles de la France, à la différence près que les plus récents excédents sont relatifs à la balance commerciale. Et pour cause : le dernier excédent public français remonte à 1974 !

 

France : nouvelle augmentation du déficit public et de la dette en 2017.

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Sources : INSEE, Prévisions ACDEFI

 

En 2017, compte tenu de la poursuite de l'augmentation des dépenses publiques et de la faiblesse de la croissance, le déficit public français repartira encore à la hausse, à plus de 3,5 % du PIB, ce qui amènera la dette publique à franchir la barre des 100 % du PIB en fin d'année.

Là où les Français se distinguent positivement des Américains c'est sur le fait que leur dernier excédent commercial annuel remonte à août 2004. Il faut également se souvenir qu'à la fin des années 1990, cet excédent atteignait même les 20 milliards d'euros par an.

 

Le dernier excédent commercial français remonte à l'été 2004.

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Sources : Minefi, ACDEFI

 

Depuis, la balance commerciale française a malheureusement bien changé, puisqu'elle redevenue structurellement déficitaire.

 

A 60,6 milliards d'euros, le déficit commercial français retrouve un plus haut depuis octobre 2014.

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Sources : Minefi, ACDEFI

 

En juin 2017, une nouvelle étape a même été franchie, puisque le déficit commercial français sur douze mois est repassé au-dessus de la barre des 60 milliards d'euros, atteignant un plus haut depuis octobre 2014.

De plus, compte tenu de la récente appréciation de l'euro et du ralentissement à venir du premier partenaire commercial de la France (en l'occurrence la zone euro), une nouvelle dégradation est à attendre pour la fin 2017.

Mais attention ! La vigueur de l'euro et la faiblesse structurelle de la croissance eurolandaise ne sont pas des obstacles insurmontables. La preuve : malgré ces deux inconvénients, l'Allemagne ne cesse d'engranger des excédents commerciaux. En fait, son dernier déficit commercial remonte à 1951 !

Depuis, grâce une spécialisation géographique et sectorielle audacieuse, mais aussi grâce à une modernisation massive et permanente de son économie, l'Allemagne dégage des excédents commerciaux structurels impressionnants. A savoir, environ 20 milliards d'euros par mois et près de 250 milliards par an.

 

Excédents commerciaux allemands : 20 milliards d'euros par mois et 250 milliards par an. Qui dit mieux ?

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Sources : Destatis, ACDEFI

 

Souvent présentée comme le fruit d'une faiblesse chronique de la demande intérieure et donc des importations, cette réussite s'explique surtout par un dynamisme flamboyant des exportations allemandes. Ces dernières ont ainsi atteint un sommet de 1 206 milliards d'euros en 2016 et devrait avoisiner les 1 300 milliards en 2017.

A titre de comparaison, celles de la France ont atteint 453 milliards d'euros en 2016 et devraient se stabiliser à ce niveau en 2017. Soit un écart de 187 % avec l'Allemagne alors que l'écart de PIB n'est que de 34 %.

De quoi rappeler combien l'absence de réformes structurelles et de stratégies efficaces de spécialisation internationale coûte cher à l'économie française.

Et ce, pas seulement sur le front du commerce extérieur, puisqu'un tel écart de performances s'observe également en matière de comptes publics.

 

Comptes publics allemands : Excédents depuis quatre ans et baisse de la dette à 65 % du PIB.

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Sources : FMI, Prévisions ACDEFI

 

Ainsi, pour la quatrième année consécutive, l'Allemagne devrait dégager un excédent public. En 2017, il avoisinera même 1 % du PIB. Conséquence logique de ces efforts, le ratio « dette publique / PIB » est reparti à la baisse. Après avoir atteint les 80 % en 2009, celui-ci devrait tomber à 65 % en 2017… Les « twin deficits » ne sont donc pas des fatalités. Et si l'Allemagne est certes loin devant tout le monde en matière de rigueur budgétaire, la Chine continue de faire mieux que l'Allemagne sur le front commercial.

En Chine, le déficit et la dette publics augmentent mais seulement à respectivement 3,7 % et 50 % du PIB.

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Sources : FMI, Prévisions ACDEFI

 

Certes, depuis le sommet de juillet 2016 à 618 milliards de dollars, l'excédent commercial chinois s'est réduit. En juillet 2017, il a encore diminué à 463 milliards de dollars, un plus bas depuis janvier 2015.

 

L'excédent commercial annuel chinois recule encore mais devrait se stabiliser durablement autour des 500 milliards de dollars.

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Sources : NBSC, ACDEFI

 

Néanmoins, l'excédent mensuel est remonté à 46,7 milliards de dollars en juillet, un plus haut depuis janvier 2017. Et même si le ralentissement de la croissance mondiale pour la fin 2017 devrait limiter cette dynamique, les excédents commerciaux chinois demeureront élevés, notamment grâce à une montée en gamme permanente des exportations chinoises. Bien loin des Etats-Unis et a fortiori de la France, la Chine s'inspire bien plus de la rigueur et de la modernité de l'Allemagne. A juste titre ! Dommage que nous, les Français, n'en ayons pas fait autant…

 

Marc Touati

Les analyses hebdomadaires
L'année 2017 n'est pas encore terminée qu'il nous faut déjà penser à 2018. En effet, pour beaucoup de banques, d'entreprises et d'investisseurs au sens large, 2017 est presque du passé et tous les espoirs, mais aussi toutes les inquiétudes sont portés sur 2018. Certes, comme nous l'annoncions il y a un an et encore au début de cette année, 2017 a été une année « correcte ». Et pour cause : la Chine ne s'est pas effondrée, comme beaucoup le prévoyaient, les pays émergents ont retrouvé des couleurs, notamment en Amérique Latine, les Etats-Unis et la zone euro ont bien résisté. A tel point que la croissance mondiale a gagné quelques dixièmes de point. En effet, selon nos estimations, après avoir légèrement reculé à 3,2 % en 2016, cette dernière devrait atteindre 3,4 % cette année. Elle sera donc appréciable, mais encore inférieure à sa moyenne de long terme (en l’occurrence 3,5 %). Pour y parvenir, elle sera notamment aidée par les performances honorables mais toujours non-euphoriques des Etats-Unis et de la zone euro, à savoir 2,1 %, contre respectivement 1,5 % et 1,8 % en 2016. Quant à 2018, selon nos prévisions, la croissance mondiale atteindra 3,1 %, un plus bas depuis 2009. Des prévisions qui, soulignons-le encore, restent optimistes, dans la mesure où elles supposent que de nouveaux risques ne viendront pas les contrecarrer. Parmi ceux-ci, citons notamment un conflit avec la Corée du Nord, un krach boursier et obligataire mondial, une forte instabilité politique européenne, qui pourrait notamment être provoquée par une issue défavorable des élections législatives italiennes, mais aussi par un capharnaüm sociétal en Catalogne et par là même dans l’Espagne entière, sans oublier les risques de dérapages sociaux toujours présents dans l’Hexagone. Dans le même temps, une crise de la dette privée en Chine, de nouveaux dérapages liés au Brexit et bien sûr et malheureusement, des risques d'attentats et de crises géopolitiques demeurent des dangers majeurs qui pourraient affaiblir la croissance mondiale. En conclusion, n'en déplaise aux marchés boursiers qui continuent de se voiler la face, 2018 sera forcément bien plus difficile que 2017.
A suivre du 23 au 27 octobre :
- Lundi 23, 16h (heure de Paris) : légère baisse de la confiance des ménages dans la zone euro.
- Mardi 24, 1h30 (heure de Paris) : baisse sensible de l’indice Nikkei Markit des directeurs d’achat au Japon.
- Mardi 24, 8h45 : les indices INSEE du climat des affaires dans l’industrie et dans l’ensemble des secteurs régressent dans l’Hexagone.
- Mardi 24, de 9h à 10h : repli des indices Markit des directeurs d’achat en France, en Allemagne et dans la zone euro, tant dans l’industrie que dans les services.
- Mardi 24, 15h45 : légère baisse des indices Markit dans l’industrie manufacturière et dans les services aux Etats-Unis.
- Mardi 24, 18h : le chômage français augmente encore mais plus modérément.
- Mercredi 25, 10h : l’indice IFO du climat des affaires recule de nouveau légèrement outre-Rhin.
- Mercredi 25, 10h30 : la croissance britannique reste molle au troisième trimestre.
- Mercredi 25, 14h30 : recul correctif des commandes de biens durables en septembre.
- Jeudi 26, 8h : léger repli de l’indice GfK de confiance des consommateurs en Allemagne.
- Jeudi 26, 10h : le glissement annuel des prêts privés régresse légèrement dans la zone euro.
- Jeudi 26, 13h45 : la BCE maintient son taux refi à 0 % et prépare les esprits à la réduction du « quantitative easing ».
- Vendredi 27, 1h30 : l’inflation repart à la baisse au Japon.
- Vendredi 27, 8h45 : l’indice INSEE de confiance des ménages en France perd encore deux points.
- Vendredi 27, 14h30 : la croissance américaine ralentit vers les 2,5 % en rythme annualisé au troisième trimestre.
- Vendredi 27, 16h : révision baissière de l’indice Reuters/Université du Michigan de confiance des consommateurs.