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Croissance : la Chine résiste, l'Inde flanche, le Brésil peine, les Etats-Unis et la zone euro piétinent.
ACDEFI - 07 août 2017

Après quelques mois de répit, l'économie mondiale semble de nouveau menacée et ce, en particulier parce qu'une partie de plus en plus importante du monde émergent commence à faiblir.

Certes, comme nous le soulignions il y a deux semaines dans ces mêmes colonnes, l'économie chinoise continue de bien résister. Ainsi, en juillet, l'indice Caixin des directeurs d'achat a notablement rebondi dans l'industrie. En passant de 50,4 à 51,1 en un mois, il montre ainsi que l'industrie chinoise s'éloigne significativement de la baisse de l'activité.

 

L'économie chinoise continue de résister.

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Sources : Caixin, NBSC, ACDEFI

 

Parallèlement, la quasi-stabilisation de l'indice Caixin dans les services à 51,5 (contre 51,6 le mois précédent) confirme que la croissance chinoise devrait durablement se stabiliser autour des 7 %.

En revanche, bien loin de cette résistance (a priori) à toute épreuve, l'Inde est de nouveau entrée dans une zone de turbulences particulièrement dangereuses.

En effet, après la démonétisation des billets de 500 et 1 000 roupies en décembre 2016, qui avait provoqué une pénurie de nouveaux billets et un freinage brutal de l'activité, l'économie indienne doit supporter un nouveau choc : l'instauration d'une nouvelle taxe indirecte sur les produits et les services (GST : Good and Services Tax).

Censée harmoniser et clarifier le système complexe de taxes indirectes qui prévalait jusqu'alors en Inde, cette GST a eu exactement l'effet inverse. Faute d'informations claires et surtout de pédagogie, elle a effectivement suscité une véritable pagaille à l'échelle de la Nation. A tel point que l'Inde semble désormais menacée par la récession.

 

L'industrie indienne au plus bas depuis février 2009.

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Sources : Mospi, Nikkei, ACDEFI

 

Selon les enquêtes Nikkei des directeurs d'achat, une forte baisse de l'activité a effectivement eu lieu en juillet. Dans l'industrie, l'indice Nikkei est tombé à un niveau de 47,9, un plancher depuis février 2009. Rappelons tout de même qu'à l'époque et comme le montre le graphique ci-dessus, le glissement annuel du PIB indien était tombé en en territoire négatif à - 0,1 %, un plus bas depuis 1991.

Encore plus inquiétant, le même indice Nikkei PMI, mais dans les services s'est effondré, passant de 53,1 en juin à désormais 45,9.

 

La récession menace l'économie indienne dans son ensemble.

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Sources : Mospi, Nikkei, ACDEFI

 

Si, pour le moment, il ne faut pas paniquer outre-mesure, il faut reconnaître que ces évolutions sont particulièrement inquiétantes.

En fait, les indices des prochains mois seront déterminants pour savoir si l'Inde sera ou non le maillon faible de l'économie internationale des prochains trimestres.

Sa contribution à la croissance mondiale étant d'environ 0,5 point chaque année depuis une décennie, il faut donc la surveiller comme le lait sur le feu...

Pour ne rien arranger, les indices Markit des directeurs d'achat au Brésil ont également indiqué que l'économie brésilienne était toujours en danger. En effet, en juillet l'indice Markit dans l'industrie est retombé à 50 et celui relatif aux services a certes progressé de 1,4 point mais est resté sous la barre des 50, à 48,8 précisément.

 

Le Brésil toujours en danger.

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Sources : IBGE, Markit, ACDEFI

 

Plus globalement, il faut noter qu'actuellement onze pays émergents sont en situation de récession industrielle. A côté de l'Inde et du Brésil, on distingue deux Dragons et trois Tigres d'Asie, pourtant habitués à la croissance forte. Il s'agit de Singapour et de la Corée du Sud pour les premiers et de l'Indonésie, la Malaisie et la Thaïlande pour les seconds. Manquent donc pour le moment à l'appel Taïwan, Hong-Kong, et les Philippines.

Notons également que deux pays restent en stagnation industrielle, en l'occurrence l'Afrique du Sud et la Grèce.

Au total, si l'indice PMI « Monde » dans l'industrie a quasiment stagné en juillet (à 52,7), il n'y a pas de quoi pavoiser.

D'ailleurs, cette résistance s'explique principalement par la bonne tenue des indices PMI dans les pays développés, qui commencent néanmoins également à montrer des signes de ralentissement.

 

Onze pays émergents en récession industrielle.

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Sources : Markit, ACDEFI

 

D'ores et déjà, il faut reconnaître qu'en dépit d'un léger rebond, la croissance reste molle dans le monde développé. A commencer par celle des Etats-Unis. Ainsi, le glissement annuel du PIB américain n'a gagné que 0,1 point au deuxième trimestre, à 2,1 %.

 

La croissance américaine reste appréciable mais toujours pas euphorique.

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Sources : BEA, ACDEFI

 

Parallèlement, en dépit d'un léger rebond au deuxième trimestre, la consommation et l'investissement enregistrent des progressions annuelles relativement modérées. En l'occurrence 2,6 % et 4 %, contre respectivement 4 % au premier trimestre 2015 et 9,1 % au troisième trimestre 2014.

Plus problématique, après neuf mois d'euphorie, les indices ISM des directeurs d'achat ont nettement reculé en juillet, à 56,3 dans l'industrie et surtout 53,9 dans le secteur non-manufacturier. Dans ce dernier cas, il s'agit d'un plus bas depuis août 2016.

 

La croissance américaine devrait se stabiliser durablement autour des 2 %.

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Sources : BEA, ISM, ACDEFI

De quoi rappeler que Donald Trump aura du mal à réussir son pari du retour d'une croissance américaine de 3 % avant la fin 2017. En fait, comme le montre le graphique ci-dessus, celle-ci devrait plutôt se stabiliser autour des 2 %, un niveau similaire à celui de la zone euro.

 

Croissance au deuxième trimestre : Les Etats-Unis et la zone euro au coude-à-coude.

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Sources : BEA, Eurostat, ACDEFI

 

Seule grande différence entre les deux côtés de l'Atlantique, le taux de chômage eurolandais (qui a certes baissé à 9,1 % en juin) reste plus de deux fois supérieur à son homologue américain (4,3 % en juillet).

Comme cela s'observe depuis bientôt un an, la baisse du taux de chômage de la zone euro est malheureusement freinée par celui de la France, qui est l'un des très rares à ne pas avoir baissé en juin. Il reste ainsi à 9,6 % contre par exemple 9 % au Portugal et 3,8 % en Allemagne.

En conclusion, en dehors de la Chine qui restera sans difficulté la locomotive de la croissance mondiale, cette dernière risque de ralentir rapidement et nettement. Ce qui, pour le moment, n'est absolument pas anticipé par les marchés boursiers qui continuent, eux aussi, de rester aveuglés, en attendant de se réveiller avec fracas…

 

Marc Touati

Les analyses hebdomadaires
L'année 2017 n'est pas encore terminée qu'il nous faut déjà penser à 2018. En effet, pour beaucoup de banques, d'entreprises et d'investisseurs au sens large, 2017 est presque du passé et tous les espoirs, mais aussi toutes les inquiétudes sont portés sur 2018. Certes, comme nous l'annoncions il y a un an et encore au début de cette année, 2017 a été une année « correcte ». Et pour cause : la Chine ne s'est pas effondrée, comme beaucoup le prévoyaient, les pays émergents ont retrouvé des couleurs, notamment en Amérique Latine, les Etats-Unis et la zone euro ont bien résisté. A tel point que la croissance mondiale a gagné quelques dixièmes de point. En effet, selon nos estimations, après avoir légèrement reculé à 3,2 % en 2016, cette dernière devrait atteindre 3,4 % cette année. Elle sera donc appréciable, mais encore inférieure à sa moyenne de long terme (en l’occurrence 3,5 %). Pour y parvenir, elle sera notamment aidée par les performances honorables mais toujours non-euphoriques des Etats-Unis et de la zone euro, à savoir 2,1 %, contre respectivement 1,5 % et 1,8 % en 2016. Quant à 2018, selon nos prévisions, la croissance mondiale atteindra 3,1 %, un plus bas depuis 2009. Des prévisions qui, soulignons-le encore, restent optimistes, dans la mesure où elles supposent que de nouveaux risques ne viendront pas les contrecarrer. Parmi ceux-ci, citons notamment un conflit avec la Corée du Nord, un krach boursier et obligataire mondial, une forte instabilité politique européenne, qui pourrait notamment être provoquée par une issue défavorable des élections législatives italiennes, mais aussi par un capharnaüm sociétal en Catalogne et par là même dans l’Espagne entière, sans oublier les risques de dérapages sociaux toujours présents dans l’Hexagone. Dans le même temps, une crise de la dette privée en Chine, de nouveaux dérapages liés au Brexit et bien sûr et malheureusement, des risques d'attentats et de crises géopolitiques demeurent des dangers majeurs qui pourraient affaiblir la croissance mondiale. En conclusion, n'en déplaise aux marchés boursiers qui continuent de se voiler la face, 2018 sera forcément bien plus difficile que 2017.
A suivre du 23 au 27 octobre :
- Lundi 23, 16h (heure de Paris) : légère baisse de la confiance des ménages dans la zone euro.
- Mardi 24, 1h30 (heure de Paris) : baisse sensible de l’indice Nikkei Markit des directeurs d’achat au Japon.
- Mardi 24, 8h45 : les indices INSEE du climat des affaires dans l’industrie et dans l’ensemble des secteurs régressent dans l’Hexagone.
- Mardi 24, de 9h à 10h : repli des indices Markit des directeurs d’achat en France, en Allemagne et dans la zone euro, tant dans l’industrie que dans les services.
- Mardi 24, 15h45 : légère baisse des indices Markit dans l’industrie manufacturière et dans les services aux Etats-Unis.
- Mardi 24, 18h : le chômage français augmente encore mais plus modérément.
- Mercredi 25, 10h : l’indice IFO du climat des affaires recule de nouveau légèrement outre-Rhin.
- Mercredi 25, 10h30 : la croissance britannique reste molle au troisième trimestre.
- Mercredi 25, 14h30 : recul correctif des commandes de biens durables en septembre.
- Jeudi 26, 8h : léger repli de l’indice GfK de confiance des consommateurs en Allemagne.
- Jeudi 26, 10h : le glissement annuel des prêts privés régresse légèrement dans la zone euro.
- Jeudi 26, 13h45 : la BCE maintient son taux refi à 0 % et prépare les esprits à la réduction du « quantitative easing ».
- Vendredi 27, 1h30 : l’inflation repart à la baisse au Japon.
- Vendredi 27, 8h45 : l’indice INSEE de confiance des ménages en France perd encore deux points.
- Vendredi 27, 14h30 : la croissance américaine ralentit vers les 2,5 % en rythme annualisé au troisième trimestre.
- Vendredi 27, 16h : révision baissière de l’indice Reuters/Université du Michigan de confiance des consommateurs.