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La France de Macron : « Umbrella » ou « Diamonds » ?
ACDEFI - 28 juillet 2017

Au lendemain de l'élection d'Emmanuel Macron à la Présidence de la République française, un consensus s'était imposé : Oui, après trente ans d'immobilisme, la France allait enfin entrer dans l'ère du changement, voire de la révolution, retrouvant rapidement le chemin de la croissance forte et du plein-emploi. Confirmant cet engouement quasi-généralisé, les indices de cote de popularité du nouveau Président, mais aussi ceux relatifs au climat des affaires et à la confiance des ménages ont très vite flambé, atteignant parfois des sommets quasiment historiques.

Seulement voilà, comme nous l'expliquions en cachette à l'époque et comme nous n'avons cessé de le répéter sous les Présidences Chirac, Sarkozy et Hollande, le marketing ne fait pas tout. En effet, si la méthode Coué peut fonctionner à court terme, elle est très vite rattrapée par la réalité. Ainsi, en dépit de n'avoir cessé de répéter que « la crise était finie », que « la reprise était là » et que tout devait « aller mieux », les trois derniers Présidents n'ont pas réussi à sortir la croissance française de sa mollesse endémique et encore moins à inverser effectivement la courbe du chômage. Et pour cause : pour y parvenir, il aurait fallu engager de véritables réformes structurelles et non pas se contenter de réformettes agrémentées de marketing.

Dans le cas Macron, la situation pourrait malheureusement s'avérer encore plus périlleuse. Tout d'abord, parce que plus l'économie française s'engonce dans l'atonie, plus les réformes deviennent douloureuses et par là même difficiles à mettre en œuvre. En fait, la France ressemble de plus en plus à un toxicomane, devenu dépendant à tout type de drogue. Plus il en prend, plus il en veut, de plus en plus dures, et dans des proportions de plus en plus extravagantes. Et plus cette accoutumance est longue, plus sa cure de désintoxication sera difficile, en supposant que le drogué finira tout de même par prendre conscience de sa maladie et engagera des changements structurels pour sortir de son état léthargique. A l'inverse, s'il continue ses excès, il finira par mourir d'une overdose.

La drogue de la France s'appelle la dépense publique. Lorsque cette dernière ne représentait « que » 50 % du PIB, c'est-à-dire dans les années 1990, la guérison paraissait largement possible sans trop de difficultés. Aujourd'hui, avec un niveau d'environ 57 %, et surtout après plus de trente ans d'accoutumance et au moins quinze ans de retard dans le début de la thérapie, le malade devient de plus en plus désespéré, mais aussi fragile. A tel point que la perspective du moindre médicament le rend hystérique. Et ce d'autant que tous les médecins qui se sont occupés de lui depuis des années n'ont cessé de le tromper par de vains espoirs.

C'est en cela que la tâche de M. Macron est encore plus difficile que celle de ses prédécesseurs et ce d'autant que son programme de candidat a toujours été très flou et qu'il n'a pas bénéficié d'une adhésion de masse.

Ainsi, à peine trois mois après avoir été élu, le nouveau Président a vu sa cote de popularité s'effondrer de dix points en un seul mois. A ce stade du mandat, il se retrouve moins populaire que Nicolas Sarkozy et François Hollande.

Parallèlement, l'indice INSEE de confiance des ménages, qui avait nettement progressé lors des deux mois suivant l'élection présidentielle a perdu 4 points sur le seul mois de juillet, une de ses plus fortes baisses mensuelles, qui n'a été dépassée qu'à trois reprises depuis le printemps 2003 : en novembre 2007, en janvier 2008 et en mai 2013.

C'est en cela que M. Macron fait bien plus fort que ses prédécesseurs : sans avoir pris la moindre mesure de fond, sans subir la moindre crise extérieure, et en dépit d'un monde médiatique quasi-unanimement acquis, il commence déjà à faire naître le doute chez ses concitoyens.

De plus, la récente appréciation excessive de l'euro et aussi le ralentissement de la croissance mondiale ne vont pas tarder à alimenter ces doutes. Sans parler des tensions sociales qui s'annoncent particulièrement vives pour la rentrée de septembre.

Alors, comme disait le tube des années 1990 « qu'est-ce qu'on fait maintenant ? » « Manu » a deux solutions : soit, à l'image des précédents locataires de l'Elysée, il ronge son frein et se contente de réformettes, tout en multipliant les effets de manches et en demandant à Rihanna de sortir son « Umbrella* », tout comme Chirac avec Madonna. Soit, comme personne ne l'a jamais fait, il décide d'engager la France sur le chemin d'une vraie révolution structurelle, ce qui passera certainement par des mois difficiles, mais finira par permettre à l'économie nationale de retrouver enfin la voie de la croissance durablement forte, du chômage faible et in fine du bien-être.

Pour être francs, nous n'avons pas la réponse à cette question essentielle. Nous savons néanmoins que, vu les espoirs placés dans le nouveau Président français, tant dans l'Hexagone qu'en Europe et à travers le monde, mais aussi compte tenu du temps perdu et de la précarité sociale durable de trop nombreux Français, une forte déception aura certainement des conséquences dramatiques et plongera la France et la zone euro dans un chaos particulièrement dévastateur.

Espérons donc que M. Macron fera les bons choix et saura mettre à profit le tube d'une autre de ses « guest stars » de la semaine, en l'occurrence Bono, le chanteur de U2 : « With or without you », la France devra se réformer en profondeur. Mieux vaut simplement qu'elle le fasse dans la douceur plutôt que dans la douleur. Alors « Manu », comme Rihanna vous l'a peut-être dit « Don't Stop the Music* », merci de ne pas jouer à la « Russian Roulette* » et faites tout pour transformer l'économie française en « Diamonds* »…

Marc Touati

* Pour ceux qui ne le sauraient pas, il s'agit de quelques tubes de Rihanna. On s'amuse comme on peut quand on est économiste…
Les analyses hebdomadaires
Les derniers résultats publiés par la plupart des banques européennes et occidentales au sens large sont particulièrement bons. Pourtant, la récente faillite de Banco Popular en Espagne et son rachat par Santander pour 1 euro symbolique, mais aussi les difficultés aggravées de certaines banques italiennes, sans oublier les 200 milliards d’euros de créances douteuses qui affecteraient encore l’ensemble du système bancaire transalpin nous rappellent que le panorama bancaire européen est loin d’être parfait. En effet, à cause de conditions réglementaires de plus en plus contraignantes, mais aussi de taux d’intérêt obligataires beaucoup trop bas, les banques européennes demeurent fragiles. Pire, avec la concurrence des financements alternatifs, elles sont menacées jusqu’à leur existence même. A tel point que certains, et notamment au sein de la Commission européenne, n’hésitent plus à mettre en garde contre de multiples faillites bancaires au cours des trimestres à venir dans l’ensemble de l’Union. Certes, nous sommes encore loin du marasme qui a suivi la crise des subprimes de 2007 et qui a atteint son paroxysme avec la faillite de Lehman Brothers en 2008. Cependant, ce retour en force des vieux démons de la crise bancaire rappelle que le système bancaire et financier eurolandais reste menacé, notamment par une nouvelle phase d’aggravation des créances douteuses qui pourrait voir le jour dans les prochains trimestres. Après avoir dû constituer des provisions pour créances douteuses du secteur privé, les banques italiennes, françaises, européennes, et mondiales pourraient bien devoir rééditer l’opération, mais, cette fois-ci, pour des créances accordées au secteur public, qu’il s’agisse des obligations d’Etat ou des crédits accordés aux collectivités locales. Or, un tel scénario n’est pour l’instant pas vraiment intégré dans les « stress tests » de la BCE. Sans parler des risques sur les pays émergents et sur la situation géopolitique mondiale. Voilà pourquoi, et même si les banques européennes ont réduit leurs activités dangereuses (et notamment le « property trading », c’est-à-dire la spéculation avec leurs fonds propres) et bénéficient encore d’une politique monétaire extrêmement accommodante, elles restent toujours menacées par une croissance économique trop faible, une dette publique trop élevée et un risque de remontée massive des taux d’intérêt des obligations d’Etat. En conclusion, même si, pour l’instant, la situation apparaît sous contrôle, la probabilité d’une nouvelle crise bancaire demeure élevée. Ce qui signifie qu’après cinq belles années en termes de profits et de valorisation boursière, les banques européennes pourraient connaître quelques trimestres difficiles. En attendant des jours meilleurs… en 2019.