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France : remplaçons le « ni-ni » par le « et-et »...
ACDEFI - 21 juillet 2017

Errare humanum est, sed perseverare diabolicum est. Ce qui signifie en substance : l'erreur est humaine, mais persévérer (dans son erreur) est diabolique. Cette locution latine pourrait certainement constituer la devise des économistes, des politiques, voire de tout être humain qui se respecte. En effet, l'important n'est pas de se tromper, mais de tirer les leçons de ses erreurs passées pour essayer de ne pas les rééditer. Il arrive aussi parfois qu'à force d'être répétées et reprises par d'autres, certaines erreurs n'apparaissent plus comme telles et deviennent même des évidences, jamais remises en question. Jusqu'au jour où « une pomme vous tombe sur la tête » et vous fasse réaliser votre erreur en vous écriant « Bon sang : mais c'est bien sûr ! ».

Ainsi, depuis des années, dans notre humble objectif d'améliorer la situation de l'économie française, nous n'avons cessé de proposer des mesures économiques, que nous présentions comme n'étant ni de droite, ni de gauche, mais simplement de bon sens. Grande a évidemment été notre satisfaction lorsqu'un candidat aux élections présidentielles françaises, devenu depuis Président de la République, a repris cette thématique. Et ce même si nous sommes toujours restés très circonspects sur la véracité de ce discours. D'ailleurs, depuis son accession au pouvoir, force est de constater que la mise en pratique de ce « ni-ni » s'avère particulièrement difficile.

Et c'est précisément là que se trouve l'erreur de ce raisonnement. En effet, en voulant satisfaire tout le monde, à droite comme à gauche, on ne fait finalement rien de très significatif et on se retrouve dans le consensus mou. C'est ainsi que, depuis Lionel Jospin en 1998-2001 jusqu'à François Hollande, en passant par Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, la France s'est engouffrée dans un « ni-ni » destructeur, c'est-à-dire dans un immobilisme maladif qui a eu pour principale conséquence de coincer l'économie française dans la croissance molle et le chômage élevé. Et, malheureusement, alors qu'il avait suscité un fort espoir de renouvellement, voire de révolution, chez certains, Emmanuel Macron est très vite rentré dans le moule du « ni-ni » et surtout du surplace. Le problème est qu'à force de ne vouloir froisser personne on finit par déplaire à tout le monde.

Dans ce cadre, plutôt que de rester immobilisé dans le « ni-ni », il nous paraît beaucoup plus opportun de se lancer dans le « et-et », c'est-à-dire de prendre des mesures de droite et de gauche, c'est précisément le but de la « thérapie de choc bienveillante » que nous mettons en avant depuis quelques années. Nous avons simplement eu tort de la présenter sous l'angle du « ni-ni », qui revient finalement à ne rien faire. Elle doit, au contraire, être appréhendée dans la version plus courageuse du « et-et ». En effet, il n'y a désormais plus de théorie économique dominante. La seule théorie valable est celle de la croissance et de l'emploi. Ainsi, la bonne politique économique doit à la fois intégrer des préoccupations keynésiennes de demande, mais aussi des dimensions structurelles relatives à l'offre selon une logique libérale. Le tout n'ayant finalement qu'un seul but : l'efficacité économique et sociale.

C'est par exemple dans ce cadre que Bill Clinton le keynésien a su réduire la dépense publique et obtenir un excédent public de 1998 à 2000 et qu'à l'inverse, George W. Bush le libéral a engagé à deux reprises une relance keynésienne (en 2001-2002 et en 2008) pour permettre à l'économie américaine de redémarrer. À l'inverse, dans l'Hexagone, les années de croissance forte de 1998-2000 n'ont pas été utilisées pour obtenir un excédent public mais pour dilapider une « cagnotte » idéologique en transformant des recettes fiscales conjoncturelles en dépenses publiques structurelles. Et depuis, aucune véritable réforme structurelle majeure n'a été engagée.

Il ne nous reste donc plus qu'à souhaiter que très vite, les dirigeants politiques français, mais aussi les citoyens, comprennent qu'il est désormais possible, voire indispensable, d'être à la fois de droite et de gauche, donc libéral et keynésien, de faires des réformes structurelles sur l'offre tout en soutenant la demande et en imposant une règle d'or : l'efficacité et la rationalité économiques doivent toujours primer sur les dogmatismes théoriques et idéologiques. Tant qu'il n'en sera pas ainsi, nous resterons engoncés dans la mollesse économique et la faiblesse du pouvoir d'achat.

Certes, pour arriver à cette lucidité collective, le chemin est encore long, en particulier dans l'Hexagone où les manuels d'économie ressemblent souvent à des tracts idéologiques proches du marxisme et où la moindre réformette génère des grèves massives. En fait, la France se paie le luxe d'entretenir des dépenses publiques pharaoniques avec pour seuls résultats : une croissance molle, un chômage élevé, un accroissement des inégalités sociales et de la pauvreté. Certains diront alors que, justement, si ces dépenses n'étaient pas là, la situation serait encore plus dramatique. Et c'est précisément là que le bât blesse. Car, si pratiquer un laxisme budgétaire depuis trente ans sans résultats positifs peut, à la rigueur, se comprendre pour des raisons bassement politiciennes liées à la volonté des dirigeants politiques d'être élus ou réélus, vouloir encore augmenter la facture ou refuser de la baisser devient grotesque et surtout dangereux.

Or, encore aujourd'hui et malgré les évidences, trop peu de personnes en France osent demander la transformation de notre modèle étatiste hypertrophié en un système libéré avec moins de pressions fiscales, budgétaires et réglementaires. Pis, de trop nombreux Français souhaitent engager un mouvement inverse. De quoi rappeler que le « toujours plus d'Etat » a la vie longue dans l'Hexagone en dépit de son inefficacité criante depuis plus de trente ans.

Enfin, il faut également développer la culture de la réussite. En France, on a la réussite soupçonneuse ! Il va falloir changer car l'économie française en a besoin pour se redresser durablement ! Si nous voulons sortir par le haut de cette crise qui n'en finit plus et éviter que la France sombre dans une révolution sociale, nous savons ce qu'il nous reste à faire. Mais si nous continuons à refuser de voir la réalité en face et maintenons notre comportement dogmatique, tout en nous contentant de faire du marketing, alors la haine et la lutte des classes s'imposeront de plus en plus, ce qui finira par plonger la France dans un marasme sans nom. Nous voilà prévenus…

Marc Touati


Les analyses hebdomadaires
Les derniers résultats publiés par la plupart des banques européennes et occidentales au sens large sont particulièrement bons. Pourtant, la récente faillite de Banco Popular en Espagne et son rachat par Santander pour 1 euro symbolique, mais aussi les difficultés aggravées de certaines banques italiennes, sans oublier les 200 milliards d’euros de créances douteuses qui affecteraient encore l’ensemble du système bancaire transalpin nous rappellent que le panorama bancaire européen est loin d’être parfait. En effet, à cause de conditions réglementaires de plus en plus contraignantes, mais aussi de taux d’intérêt obligataires beaucoup trop bas, les banques européennes demeurent fragiles. Pire, avec la concurrence des financements alternatifs, elles sont menacées jusqu’à leur existence même. A tel point que certains, et notamment au sein de la Commission européenne, n’hésitent plus à mettre en garde contre de multiples faillites bancaires au cours des trimestres à venir dans l’ensemble de l’Union. Certes, nous sommes encore loin du marasme qui a suivi la crise des subprimes de 2007 et qui a atteint son paroxysme avec la faillite de Lehman Brothers en 2008. Cependant, ce retour en force des vieux démons de la crise bancaire rappelle que le système bancaire et financier eurolandais reste menacé, notamment par une nouvelle phase d’aggravation des créances douteuses qui pourrait voir le jour dans les prochains trimestres. Après avoir dû constituer des provisions pour créances douteuses du secteur privé, les banques italiennes, françaises, européennes, et mondiales pourraient bien devoir rééditer l’opération, mais, cette fois-ci, pour des créances accordées au secteur public, qu’il s’agisse des obligations d’Etat ou des crédits accordés aux collectivités locales. Or, un tel scénario n’est pour l’instant pas vraiment intégré dans les « stress tests » de la BCE. Sans parler des risques sur les pays émergents et sur la situation géopolitique mondiale. Voilà pourquoi, et même si les banques européennes ont réduit leurs activités dangereuses (et notamment le « property trading », c’est-à-dire la spéculation avec leurs fonds propres) et bénéficient encore d’une politique monétaire extrêmement accommodante, elles restent toujours menacées par une croissance économique trop faible, une dette publique trop élevée et un risque de remontée massive des taux d’intérêt des obligations d’Etat. En conclusion, même si, pour l’instant, la situation apparaît sous contrôle, la probabilité d’une nouvelle crise bancaire demeure élevée. Ce qui signifie qu’après cinq belles années en termes de profits et de valorisation boursière, les banques européennes pourraient connaître quelques trimestres difficiles. En attendant des jours meilleurs… en 2019.