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L'euro remonte : bonne nouvelle ou écueil ?
ACDEFI - 30 juin 2017

Et c'est reparti pour un tour : alors que l'économie eurolandaise commence à peine à sortir la tête de l'eau, retrouvant (enfin !) le chemin d'une croissance appréciable, l'euro se remet à flamber. Et oui, après avoir sauvé la zone euro, notamment en menant une politique monétaire extrêmement accommodante et en suscitant une nette dépréciation de l'euro, Mario Draghi s'est désormais engagé fermement sur le chemin inverse. Pour lui, la reflation (c'est-à-dire la nette augmentation de l'inflation) est de retour et la croissance forte est imminente. De la sorte, il laisse imaginer que le prochain mouvement de la BCE ira dans le sens d'un resserrement monétaire. A commencer par la fin de la « planche à billets ». Il n'en a évidemment pas fallu beaucoup plus pour relancer l'euro à la hausse. Certes, pour le moment, ce dernier n'atteint « que » 1,14 dollar. Nous sommes donc toujours très loin des 1,30 et a fortiori des 1,50 qui avaient plongé la zone euro dans une récession durable.

De plus, la remontée de l'euro peut apparaître bénéfique pour certains. Il s'agit, tout d'abord, des importateurs, qui bénéficient d'une réduction de la valeur des produits achetés en dehors de la zone euro, et notamment les matières premières et énergétiques. Plus globalement, la remontée de l'euro va réduire l'inflation importée et par là même soutenir le pouvoir d'achat des ménages. Parallèlement, les touristes eurolandais qui quittent les frontières de l'UEM vont également pouvoir bénéficier d'un regain de pouvoir d'achat. Enfin, il en sera de même des expatriés payés en euro et vivant dans un pays hors UEM.

Mais attention, ces petits avantages pourraient très vite s'avérer insignifiants au regard des inconvénients d'un euro trop fort, qui pourrait ainsi constituer une véritable punition pour les pays de l'UEM, à l'exception peut-être de l'Allemagne. Rappelons la réalité empirique : à chaque fois que l'euro s'apprécie de 10 % sur une année, il retire 0,5 point à la croissance eurolandaise. Pire, au-delà des 1,30 dollar, ce coût avoisine les 0,8 point.

Les vecteurs de transmission de cette appréciation excessive à l'économie réelle sont au nombre de trois. Primo, le renchérissement abusif des exportations réduit mécaniquement ces dernières et donc l'activité économique et les emplis qui vont avec. Secundo, la diminution du prix des produits importés amoindrit automatiquement la compétitivité des biens fabriqués dans la zone euro et notamment en France qui se retrouvent donc en concurrence déloyale par rapport aux importations. D'où moins d'activité, moins d'emplois, plus de chômage, mois de revenus et moins de consommation… Tertio, avec un euro trop fort, les acquisitions dans l'UEM deviennent plus chères pour des investisseurs étrangers. A l'inverse, les investissements à l'étranger deviennent plus intéressants, d'où une réduction globale des investissements en zone euro.

D'ailleurs, que ce soit en 2007-2009, puis en 2011-2012, les conséquences de cet euro trop fort ont été dramatiques, puisque la zone euro est entrée en récession dès le deuxième trimestre 2008, que cette récession a été plus forte qu'aux Etats-Unis et que, « grâce », une fois encore, au retour d'un euro trop fort au printemps-été 2009, la reprise eurolandaise a été l'une des plus faibles au monde. De même, en 2011-2013, l'UEM est la seule zone de la planète à être retombée en récession. Merci l'euro fort !

En dépit de ces réalités incontestables, les mêmes erreurs se répètent. Ainsi, alors que la zone euro commence enfin à retrouver le chemin d'une croissance supérieure à 1,5 %, l'euro s'apprécie de nouveau depuis quelques semaines et à un rythme dangereux depuis quelques jours.

Le raisonnement sous-jacent est toujours le même, c'est-à-dire consensuel mais erroné. Il s'appuie sur le fantasme selon lequel l'économie américaine irait beaucoup plus mal que celle de la zone euro. Et ce, en particulier depuis l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, qui, selon certains, pourrait casser la dynamique économique américaine. A l'inverse, grâce à l'élection de « Super Macron », la France et la zone euro seraient sur le point de retrouver une croissance durablement forte et, par là même, de damer le pion aux « méchants » Américains… Ah ! Démagogie, quand tu nous tiens…

Là où le bât blesse c'est que si l'euro continue de s'apprécier, la croissance forte de l'an prochain va vite devenir une douce illusion et laissera place au retour de la croissance molle, voire de la stagnation. Avec des conséquences évidemment dramatiques en termes d'emplois et de déficit public. D'où un retour en force des crises de la dette publique en Grèce, en Italie… et aussi en France.

Encore plus grave, les crises sociales qui se sont installées un peu partout dans la zone euro, et qui sont pour le moment endormies à coup de doses massives de morphine injectées par la BCE, reprendront du poil de la bête, engageant la plupart des pays eurolandais dans une situation politique de plus en plus difficile.

La réappréciation de l'euro est donc particulièrement dangereuse. Néanmoins, il ne sert à rien de se battre contre le vent. Et ce d'autant que les Etats-Unis ne veulent prendre aucun risque sur leur croissance et sont amplement satisfaits de pouvoir profiter encore d'un dollar relativement faible sur le dos des Européens. Le mouvement spéculatif sur l'euro/dollar a donc encore de beaux jours devant lui.

Dans ce cadre, l'euro devrait se stabiliser autour des 1,15 dollar, et même flamber vers les 1,20 dans les prochaines semaines. Il sera alors temps d'acheter du dollar, car, ensuite, compte tenu du rapide retour en arrière de la croissance eurolandaise, l'euro reviendra vers 1,05, voire 1,00 dollar.

Mais tant que les Eurolandais préféreront être les dindons de la farce, il faudra continuer à composer avec une forte volatilité de l'euro/dollar, qui n'arrangera malheureusement pas la situation économique et politique de la zone euro.

Marc Touati


Les analyses hebdomadaires
Depuis de nombreuses années, dans notre humble objectif d’améliorer la situation de l’économie française, nous n’avons cessé de proposer des mesures économiques, que nous présentions comme n’étant ni de droite, ni de gauche, mais simplement de bon sens. Grande a évidemment été notre satisfaction lorsqu’un candidat aux élections présidentielles françaises, devenu depuis Président de la République, a repris cette thématique. Et ce même si nous sommes toujours restés très circonspects sur la véracité de ce discours. D’ailleurs, depuis son accession au pouvoir, force est de constater que la mise en pratique de ce « ni-ni » s’avère particulièrement difficile. Et c’est précisément là que se trouve l’erreur de ce raisonnement. En effet, en voulant satisfaire tout le monde, à droite comme à gauche, on ne fait finalement rien de très significatif et on se retrouve dans le consensus mou. C’est ainsi que, depuis Lionel Jospin en 1998-2001 jusqu’à François Hollande, en passant par Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, la France s’est engouffrée dans un « ni-ni » destructeur, c’est-à-dire dans un immobilisme maladif qui a eu pour principale conséquence de coincer l’économie française dans la croissance molle et le chômage élevé. Et, malheureusement, alors qu’il avait suscité un fort espoir de renouvellement, voire de révolution, chez certains, Emmanuel Macron est très vite rentré dans le moule du « ni-ni » et surtout du surplace. Le problème est qu’à force de ne vouloir froisser personne on finit par déplaire à tout le monde. Dans ce cadre, plutôt que de rester immobilisé dans le « ni-ni », il nous paraît beaucoup plus opportun de se lancer dans le « et-et », c’est-à-dire de prendre des mesures de droite et de gauche, c’est précisément le but de la « thérapie de choc bienveillante » que nous mettons en avant depuis quelques années. Nous avons simplement eu tort de la présenter sous l’angle du « ni-ni », qui revient finalement à ne rien faire. Elle doit, au contraire, être appréhendée dans la version plus courageuse du « et-et ». Il ne nous reste donc plus qu'à souhaiter que très vite, les dirigeants politiques français, mais aussi les citoyens, comprennent qu'il est désormais possible, voire indispensable, d'être à la fois de droite et de gauche, donc libéral et keynésien, de faires des réformes structurelles sur l'offre tout en soutenant la demande et en imposant une règle d'or : l'efficacité et la rationalité économiques doivent toujours primer sur les dogmatismes théoriques et idéologiques...
A suivre du 24 au 28 juillet :
- Lundi 24, 2h30 (heure de Paris) : légère baisse de l’indice Nikkei Markit des directeurs d’achat au Japon.
- Lundi 24, de 9h à 10h : repli généralisé des indices Markit des directeurs d’achat en France, en Allemagne et dans la zone euro, tant dans l’industrie que dans les services.
- Lundi 24, 15h45 : les indices Markit dans l’industrie manufacturière et les services reculent également aux Etats-Unis.
- Mardi 25, 8h45 : les indices INSEE du climat des affaires dans l’industrie et dans l’ensemble des secteurs régressent légèrement dans l’Hexagone.
- Mardi 25, 10h : l’indice IFO du climat des affaires recule modérément outre-Rhin.
- Mardi 25, 16h : léger repli de l’indice du Conference Board de confiance des ménages américains.
- Mardi 25, 18h : petit recul correctif du chômage français.
- Mercredi 26, 8h45 : l’indice INSEE de confiance des ménages en France perd un point.
- Mercredi 26, 10h30 : à cause d’un effet de base défavorable, le glissement annuel du PIB britannique recule nettement au deuxième trimestre.
- Mercredi 26, 20h : la Fed maintient son taux objectif des federal funds à 1,25 %.
- Jeudi 27, 8h : léger repli de l’indice GfK de confiance des consommateurs en Allemagne.
- Jeudi 27, 14h30 : petit rebond des commandes de biens durables aux Etats-Unis.
- Jeudi 27, 14h30 : quasi-stabilisation du déficit de la balance des marchandises aux Etats-Unis.
- Vendredi 28, 1h30 : l’inflation recule légèrement au Japon.
- Vendredi 28, 1h30 : le taux de chômage japonais se stabilise à 3,1 %.
- Vendredi 28, 7h30 : la croissance française reste fragile au deuxième trimestre.
- Vendredi 28, 8h45 : la consommation des ménages français repart à la baisse.
- Vendredi 28, 8h45 : l’inflation se stabilise à 0,7 % en France.
- Vendredi 28, 11h : l’indice de sentiment économique dans la zone euro repart à la baisse.
- Vendredi 28, 14h : l’inflation allemande recule à 1,5 %.
- Vendredi 28, 14h30 : rebond appréciable de la croissance américaine au deuxième trimestre.
- Vendredi 28, 16h : confirmation de la baisse de l’indice Reuters/Université du Michigan de confiance des consommateurs.