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Réforme du marché du travail : Vas-y Manu !
ACDEFI - 08 juin 2017

A la lecture du « programme de travail pour rénover notre modèle social » diffusé le 6 juin par le gouvernement, une remarque s'impose : Emmanuel Macron est vraiment très fort. Et pour cause : il met sur la table une réforme historique du marché du travail français, tout en restant globalement flou, réussissant par là même à ne froisser personne, ce qui est évidemment de bon augure à quelques jours des élections législatives.

Soyons clairs : ce projet est très loin d'être parfait. Il comprend notamment deux mesures dangereuses. D'une part, la hausse de la CSG, qui, selon nous, pèsera négativement sur la confiance et la consommation des ménages. D'autre part, l'indemnisation-chômage pour tous, y compris les démissionnaires. Ce qui est certes alléchant mais n'est absolument pas financé. Autrement dit, l'application de cette mesure creusera les déficits publics et suscitera forcément une remontée des taux d'intérêt des obligations d'Etat, freinant mécaniquement le peu de croissance qui se dessine pour les trimestres à venir.

Pour autant, au-delà de ces deux bémols, certes conséquents, le mérite du nouveau Président français est d'oser enfin s'attaquer à l'un des grands handicaps de l'économie française, à savoir une rigidité et une complexité sans égal de son marché du travail. Pour l'illustrer, un simple fait vaut mieux que de longs discours : déjà épais de 2 600 pages en 2005, le code du travail français compte actuellement environ 3 500 pages, contre environ 100 pages en Suisse et 500 en Allemagne.

Évidemment, en lisant ces quelques lignes, certains ne manqueront pas de crier à la manipulation ou encore à la promotion de l'ultralibéralisme. Ils sont malheureusement, parfois bien malgré eux, le reflet des archaïsmes qui ont fait passer la France du statut de puissance de premier plan à celui de pays en déclin. Bien sûr, les salariés doivent être défendus. Il existe aussi des patrons voyous à la cupidité débordante. Il ne s'agit néanmoins que d'exceptions qui confirment la règle : la création d'emplois dans l'Hexagone est structurellement freinée par un marché du travail trop rigide qui exerce une pression réglementaire souvent insupportable, en particulier pour les PME. Pour elles, un contrôle Urssaf qui tourne mal ou un procès perdu aux prud'hommes est souvent synonyme de fermeture. À croire que les agents de l'inspection du travail préfèrent des salariés au chômage que des salariés qui travaillent dur, en toute légalité évidemment. À preuve du contraire et sauf accidents, le travail ne tue pas dans l'Hexagone.

Il est donc grand temps de mettre fin à la dictature d'un code du travail prohibitif et d'une inspection du même nom qui voit toutes les entreprises comme esclavagistes. Ne l'oublions jamais : ce sont les entreprises qui créent des emplois et pour qu'elles le fassent il faut instaurer des conditions favorables. J'insiste : beaucoup de PME sont contraintes de renoncer à l'embauche, tant elles craignent de ne pouvoir réduire la voilure en cas de retournement de conjoncture, sauf à subir les affres des prud'hommes et de procès dévastateurs. C'est triste à dire, mais les barrières au licenciement économique sont avant tout des freins à l'embauche.

Bien sûr, certains n'hésiteront pas à rappeler que les profits des entreprises du Cac 40 ne cessent de croître tandis que le nombre de chômeurs reste sur des sommets. Face à ce contraste douloureux entre des marchés boursiers heureux et des chômeurs français trop nombreux, la tentation pourrait être grande de mettre en cause les dérives du capitalisme et de souligner que si les entreprises du Cac 40 se portent bien c'est justement parce que le chômage est élevé. En d'autres termes, la lutte des classes doit s'intensifier, tous à la Bastille !

Si ce raccourci est évidemment facile, il est surtout erroné. Et pour cause : si les profits des entreprises du Cac 40 augmentent c'est parce que près de 80 % d'entre eux sont réalisés à l'étranger. À l'inverse, la grande majorité des PME franco-françaises voient leurs profits stagner et souvent régresser. Sans parler de celles qui mettent la clé sous la porte. Autrement dit, il n'y a pas de spoliation des Français par les entreprises, mais simplement un accroissement de leur activité hors de l'Hexagone. Pourquoi ? Tout simplement, parce que la pression fiscale, le coût du travail et les rigidités du marché de l'emploi y sont trop élevés, mais aussi parce que la croissance et la confiance y sont trop faibles.

Il est donc urgent d'engager une vraie réforme structurelle du marché du travail, qui, dans un monde idéal devrait, selon nous, passer par les mesures suivantes : 1. Simplifier drastiquement le code du travail. 2. Réduire les contraintes à l'embauche et au licenciement. 3. Limiter la période d'indemnisation du chômage à un an. 4. Permettre à chaque salarié de choisir son type d'assurance chômage et les cotisations qui pèsent sur le salaire en conséquence. 5. Créer un contrat de travail unique. 6. Améliorer les correspondances entre les formations scolaires et universitaires et les besoins des entreprises. 7. Développer les formations tout au long de la vie professionnelle. 8. Favoriser la mobilité géographique et sectorielle. 9. Supprimer le caractère obligatoire des 35 heures. 10. Permettre aux salariés de choisir leur temps de travail et d'être payés en conséquence. 11. Libérer les heures et les jours d'ouverture des magasins, y compris le dimanche, avec compensations salariales. 12. Donner le choix aux fonctionnaires entre « sécurité de l'emploi et moindre salaire » versus « fin de l'emploi à vie et salaire augmenté ». 13. Réduire de 15 % les charges qui pèsent sur les salaires. 14. Augmenter d'autant le salaire net. 15. Transférer une partie des charges qui pèsent sur les salaires vers la TVA mais sans augmenter le taux de cette dernière. 16. Supprimer le Smic. 17. Créer une meilleure correspondance entre le travail effectué et la rémunération. 18. Accroître la part variable du salaire.

Ambitieux ? Irréalistes ? Impraticables en France ? Peut-être. Le projet de l'actuel gouvernement en est d'ailleurs encore très loin. Mais rien n'est impossible. Alors, s'il vous plaît, Mesdames et Messieurs les nouveaux dirigeants du pays, cessez de faire comme vos prédécesseurs, en vous contentant de colmater les brèches et de faire du marketing. Ayez enfin le courage d'engager la France sur le chemin des réformes structurelles et de la modernité économique.

Marc Touati


Les analyses hebdomadaires
Un vent d’euphorie semble souffler sur la zone euro et sur la France depuis quelques semaines. Selon certains prévisionnistes, notamment ceux des organes officiels que sont la Commission européenne et l’INSEE, l’UEM et la France auraient d’ores et déjà retrouvé le chemin de la croissance forte, qui pourrait même avoisiner les 2,5 % dès 2018. A l’évidence, la réalisation d’une telle conjecture ne pourrait que nous faire plaisir. Seulement voilà : en économie, la magie n’existe pas. Autrement dit, pour pouvoir atteindre une croissance durable de 2,5 %, il faut un certain nombre d’ingrédients dont la France et la zone euro ne disposent pas pour le moment. Certes, la faiblesse des cours du pétrole et des matières premières au sens large, le caractère extrêmement accommodant de la politique de la BCE ou encore le maintien des taux d’intérêt obligataires sur des niveaux exagérément bas ont aidé et aideront encore la croissance économique. Pour autant, il s’agit là de conditions nécessaires mais pas suffisantes pour permettre à cette dernière d’atteindre 2,5 %. D’ailleurs, d’autres éléments conjoncturels agissent déjà à la baisse sur la dynamique économique : le ralentissement dans la plupart des pays émergents, Chine et Inde en tête, la remontée de l’euro, notamment face au dollar, ou encore les incertitudes géopolitiques internationales. Mais au-delà de ces évolutions conjoncturelles, certes non négligeables, le vrai handicap de la zone euro et plus particulièrement de la France, réside dans la faiblesse de leur croissance structurelle. Aussi, pour parvenir à ce niveau de 2,5 %, il faut engager de profondes réformes structurelles sur la fiscalité, le marché du travail ou encore le financement de l’économie, qui n’ont toujours pas été menées, en particulier en France. Autrement dit, ce ne sont pas quelques évolutions conjoncturelles favorables qui permettront de masquer les faiblesses structurelles de l’économie française. Dans ce cadre, nous sommes contraints de confirmer notre prévision d’une croissance française d’environ 1,3 % tant en 2017 qu’en 2018. Quant à l’atteinte durable des 2,5 %, elle ne sera possible qu’après la modernisation de l’économie française et donc, dans le meilleur des cas, pas avant 2020. Certes, mieux vaut tard que jamais. La question reste néanmoins de savoir si la population et les entreprises françaises auront la force d’attendre…
A suivre du 26 au 30 juin :
- Lundi 26, 10h (heure de Paris) : léger recul de l’indice IFO du climat des affaires en Allemagne.
- Lundi 26, 14h30 : rebond correctif et limité des commandes de biens durables aux Etats-Unis.
- Lundi 26, 18h : le chômage repart à la hausse en France.
- Mardi 27, 16h : l’indice du Conference Board de confiance des ménages américains recule légèrement.
- Mercredi 28 8h45 : stabilisation de l’indice INSEE de confiance des ménages dans l’Hexagone.
- Mercredi 28, 14h30 : le déficit de la balance des marchandises recule modestement aux Etats-Unis.
- Jeudi 29, 8h : baisse modérée de l’indice GfK de confiance des ménages allemands.
- Jeudi 29, 11h : quasi-stabilisation de l’indice de sentiment économique dans la zone euro.
- Jeudi 29, 14h : l’inflation allemande se stabilise à 1,4 %.
- Jeudi 29, 14h30 : la faiblesse de la croissance américaine au premier trimestre est entérinée.
- Vendredi 30, 1h30 : stabilisation du taux de chômage japonais à 2,8 %.
- Vendredi 30, 8h45 : la consommation des ménages repart à la baisse en France.
- Vendredi 30, 8h45 : l’inflation française stagne à 0,8 %.
- Vendredi 30, 8h45 : en France, la dette publique atteint 96,5 % du PIB au premier trimestre.
- Vendredi 30, 9h55 : le taux de chômage se stabilise à 5,7 % en Allemagne.
- Vendredi 30, 10h30 : nouvelle confirmation de la croissance britannique à 2 % au premier trimestre.
- Vendredi 30, 11h : stabilisation de l’inflation eurolandaise à 1,4 %.
- Vendredi 30, 14h30 : progression modérée des revenus et de la consommation des ménages aux Etats-Unis.
- Vendredi 30, 16h : confirmation de la nette baisse de l’indice Reuters/Université du Michigan de confiance des consommateurs américains.