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Conjoncture eurolandaise : chaud et froid.
ACDEFI - 05 juin 2017

En attendant d'être définitivement sauvée, la zone euro semble enfin bénéficier d'une conjoncture économique favorable.

En effet, après déjà deux ans de nette baisse et en dépit d'une stagnation de la croissance annuelle du PIB au premier trimestre 2017, le taux de chômage eurolandais a encore reculé de 0,1 point en avril, sachant que le résultat de mars a également été révisé à la baisse de 0,1 point. Avec un niveau de 9,3 %, il atteint désormais un plus bas depuis mars 2009.

 

Le taux de chômage eurolandais au plus bas depuis mars 2009.

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Sources : Eurostat, ACDEFI

 

S'il s'agit évidemment d'une bonne nouvelle, il ne faudrait cependant pas en exagérer la signification.

Tout d'abord, parce que l'essentiel de la baisse du taux de chômage de mars et avril est dû à un ajustement statistique opéré dans certains pays et en particulier en France. Dans cette dernière, le taux de chômage de mars est ainsi « miraculeusement » passé de 10,1 % selon la précédente estimation à désormais 9,5 % ! Ah, magie de la statistique quand tu nous tiens !

Notons cependant que cette diminution « miraculeuse » n'empêche pas le taux de chômage français de rester le plus élevé de la zone euro hors pays du Sud et toujours très loin de ses homologues allemands et britanniques à respectivement 3,9 % et 4,4 %.

De plus, alors que le taux de chômage français a été constamment inférieur à celui de la zone euro d'avril 2008 à juin 2016, il est depuis constamment supérieur. Il n'y a donc pas de quoi pavoiser.

D'autant que les artifices comptables et les déplacements de chômeurs des catégories A à B-C-D ont été pléthore dans l'Hexagone, signifiant par là même que l'écart réel est encore bien plus important.

 

En dépit d'une baisse miraculeuse, le taux de chômage français reste le plus élevé d'Europe hors pays du Sud.

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Sources : Eurostat, Markit, ACDEFI

 

De plus, autre argument de relativisation, malgré la baisse d'avril, le taux de chômage eurolandais reste encore loin de ses plus bas de la fin 2007 et début 2008, en l'occurrence 7,3 %, soit deux points d'écart avec la situation actuelle.

Ces deux points supplémentaires s'expliquent notamment par les contre-performances de certains pays, tels que la Grèce, l'Italie, la France, mais aussi l'Espagne et le Portugal, qui, malgré une nette baisse depuis les plus hauts de 2013, affichent encore des taux de chômage très élevés : 23,2 % en Grèce, 17,8 % en Espagne, 11,1 % en Italie et 9,8 % au Portugal, qui apparaît comme le pays du Sud le plus méritant.

 

Malgré une nette diminution, les taux de chômage restent élevés dans les pays du Sud.

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Sources : Eurostat, ACDEFI

 

Mais, à côté de ces deux arguments de relativisation, il y a deux autres points encore plus problématiques. D'une part, en dépit de la débauche de moyens déployés (notamment par la BCE) pour relancer la croissance et faire baisser le chômage dans la zone euro, le taux de chômage eurolandais reste le plus élevé du monde développé.

Il faut notamment le comparer aux performances de ses principaux compétiteurs : 4,3 % aux Etats-Unis (en mai), 4,4 % au Royaume-Uni, 2,8 % au Japon, ou encore 6,5 % au Canada.

 

Taux de chômage : la zone euro loin devant tous ses « concurrents ».

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Sources : Eurostat, ACDEFI

 

D'autre part, le recul du taux de chômage eurolandais devrait progressivement marquer le pas. Certes, compte tenu de la bonne tenue des derniers indicateurs des directeurs d'achat, il devrait encore baisser pendant quelques mois puisqu'il est une variable retardée de l'activité.

 

La croissance eurolandaise devrait s'essouffler d'ici l'automne 2017.

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Sources : Eurostat, ACDEFI

 

En revanche, la diminution de l'indice de sentiment économique de la zone euro en mai indique que la croissance pourrait vraiment s'essouffler d'ici l'automne 2017, marquant la fin de la baisse du chômage.

Et ce d'autant que le repli de l'indice de sentiment économique de mai est principalement dû à une nette réduction de l'indice du climat des affaires.

Corroborant le décalage entre les moyens utilisés pour relancer l'activité économique et leurs faibles impacts concrets, l'inflation eurolandaise est déjà repartie à la baisse.

En mai, le glissement annuel des prix à la consommation est ainsi retombé à 1,4 % dans la zone euro, 1,5 % en Allemagne et 0,8 % en France, contre des niveaux respectifs de 1,9 %, 2,0 % et 1,2 % le mois précédent.

 

L'inflation repart déjà à la baisse dans la zone euro, en Allemagne et en France.

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Sources : Eurostat, INSEE, ACDEFI

 

En conclusion, si l'amélioration de la conjoncture eurolandaise est une réalité, cette dernière demeure particulièrement fragile et ne pourrait pas résister à une contrariété quelconque, telle que la récente remontée de l'euro qui ne manquera pas d'affaiblir la croissance d'ici l'automne prochain au plus tard.

 

Marc Touati

Les analyses hebdomadaires
Les derniers résultats publiés par la plupart des banques européennes et occidentales au sens large sont particulièrement bons. Pourtant, la récente faillite de Banco Popular en Espagne et son rachat par Santander pour 1 euro symbolique, mais aussi les difficultés aggravées de certaines banques italiennes, sans oublier les 200 milliards d’euros de créances douteuses qui affecteraient encore l’ensemble du système bancaire transalpin nous rappellent que le panorama bancaire européen est loin d’être parfait. En effet, à cause de conditions réglementaires de plus en plus contraignantes, mais aussi de taux d’intérêt obligataires beaucoup trop bas, les banques européennes demeurent fragiles. Pire, avec la concurrence des financements alternatifs, elles sont menacées jusqu’à leur existence même. A tel point que certains, et notamment au sein de la Commission européenne, n’hésitent plus à mettre en garde contre de multiples faillites bancaires au cours des trimestres à venir dans l’ensemble de l’Union. Certes, nous sommes encore loin du marasme qui a suivi la crise des subprimes de 2007 et qui a atteint son paroxysme avec la faillite de Lehman Brothers en 2008. Cependant, ce retour en force des vieux démons de la crise bancaire rappelle que le système bancaire et financier eurolandais reste menacé, notamment par une nouvelle phase d’aggravation des créances douteuses qui pourrait voir le jour dans les prochains trimestres. Après avoir dû constituer des provisions pour créances douteuses du secteur privé, les banques italiennes, françaises, européennes, et mondiales pourraient bien devoir rééditer l’opération, mais, cette fois-ci, pour des créances accordées au secteur public, qu’il s’agisse des obligations d’Etat ou des crédits accordés aux collectivités locales. Or, un tel scénario n’est pour l’instant pas vraiment intégré dans les « stress tests » de la BCE. Sans parler des risques sur les pays émergents et sur la situation géopolitique mondiale. Voilà pourquoi, et même si les banques européennes ont réduit leurs activités dangereuses (et notamment le « property trading », c’est-à-dire la spéculation avec leurs fonds propres) et bénéficient encore d’une politique monétaire extrêmement accommodante, elles restent toujours menacées par une croissance économique trop faible, une dette publique trop élevée et un risque de remontée massive des taux d’intérêt des obligations d’Etat. En conclusion, même si, pour l’instant, la situation apparaît sous contrôle, la probabilité d’une nouvelle crise bancaire demeure élevée. Ce qui signifie qu’après cinq belles années en termes de profits et de valorisation boursière, les banques européennes pourraient connaître quelques trimestres difficiles. En attendant des jours meilleurs… en 2019.
A suivre du 21 au 25 août :
- Mardi 22, 11h (heure de Paris) : les indices ZEW de sentiment économique baissent nettement en Allemagne et dans la zone euro.
- Mercredi 23, 2h30 : l’indice Nikkei PMI des directeurs d'achat dans l'industrie manufacturière japonaise régresse notablement.
- Mercredi 23, 9h : les indices Markit PMI dans l'industrie manufacturière et dans les services reculent nettement dans l’Hexagone.
- Mercredi 23, 9h30 : les indices Markit PMI dans l'industrie manufacturière et dans les services baissent également en Allemagne.
- Mercredi 23, 10h : même punition pour les indices Markit PMI dans l'industrie manufacturière et dans les services dans l’ensemble de la zone euro.
- Mercredi 23, 15h45 : idem pour les indices Markit PMI des directeurs d'achat dans l'industrie manufacturière et dans les services aux Etats-Unis.
- Mercredi 23, 16h : la confiance des ménages dans la zone euro repart à la baisse.
- Jeudi 24, 8h45 : l’indice INSEE du climat des affaires perd deux points.
- Jeudi 24, 10h30 : confirmation de la petite croissance du PIB britannique au deuxième trimestre.
- Jeudi 24, 18h : le chômage repart à la hausse en France.
- Vendredi 25, 1h30 : l’inflation japonaise se stabilise à 0,4 %.
- Vendredi 25, 8h : confirmation de la croissance allemande de 0,6 % au deuxième trimestre.
- Vendredi 25 : nouveau recul de l’indice INSEE de confiance des ménages français.
- Vendredi 25, 10h : l’indice IFO du climat des affaires outre-Rhin retrouve le chemin de la baisse.
- Vendredi 25, 14h30 : forte baisse corrective des commandes de biens durables aux Etats-Unis.