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Comment vraiment sauver la zone euro ?
ACDEFI - 02 juin 2017

Enfin ! Plus de 25 ans après sa création, après avoir traversé de nombreuses crises financières et avoir même frôlé l'éclatement, la zone euro fait enfin l'objet de toutes les attentions de la Commission européenne, qui se dit prête à tout faire pour la sauver et relancer sa dynamique. C'est dans ce but qu'elle vient de présenter une petite liste de propositions destinées à faire oublier le gâchis de ces 25 dernières années.

Car, ne l'oublions pas : l'Union Economique et Monétaire (UEM) et l'euro ont été créés pour concurrencer respectivement les Etats-Unis et le dollar. A la base, l'UEM devait ainsi devenir la zone de croissance la plus forte du monde développé et imposer l'euro comme monnaie internationale de réserves et de transactions. Or, vingt-cinq ans plus tard, force est de constater que c'est exactement le contraire qui s'est produit : sur le front des performances de croissance, la zone euro a effectivement été la lanterne rouge de la planète avec le Japon. Quant au dollar, en dépit d'une volatilité importante, son rôle de benchmark international est resté prédominant, avec pour nouveau challenger potentiel, non pas l'euro, mais le yuan.

Cette absence d'efficacité économique rappelle un problème fondamental : la zone euro n'est pas terminée. En effet, cette dernière ne sera aboutie et donc crédible uniquement lorsqu'elle sera devenue ce que l'on appelle une zone monétaire optimale (ZMO), c'est-à-dire parfaitement unifiée à tous points de vue, comme par exemple les Etats-Unis d'Amérique, les Etats-Unis du Brésil ou encore l'Etat fédéral allemand. C'est d'ailleurs ce qui était prévu dans le traité de Maastricht, mais a été complètement oublié.

Pour comprendre cette erreur de construction, il faut remonter à la genèse de l'UEM et notamment à la relance Mitterrand de 1981. Un an plus tard, l'échec est cuisant : les déficits commerciaux et budgétaires se creusent dangereusement, le franc est constamment attaqué, la croissance reste faible et le chômage continue d'augmenter. Le Président français est alors devant un choix crucial : soit il continue sa politique et il doit alors sortir du Système Monétaire Européen, voire de l'Union européenne, soit s'il veut ancrer la France dans la construction européenne et doit donc pratiquer une politique de rigueur. Après une période d'hésitation, sur les conseils insistants de Jacques Delors et certainement parce qu'il ne veut pas remettre en cause l'amitié franco-allemande, François Mitterrand opte finalement pour la seconde solution.

Le Chancelier allemand Helmut Kohl lui souffle alors une idée simple (et qui apparaît d'ailleurs particulièrement pertinente aujourd'hui) : cette fois-ci la France a fait le bon choix, mais en sera-t-il de même dans l'avenir ? Pour éviter de prendre le risque d'explosion de la construction européenne, il faut donc un acte fort qui scellera à jamais cette dernière. Ce lien indéfectible ne peut être que la monnaie.

Petit problème : l'Union européenne n'est pas une zone monétaire optimale. Or, on ne peut faire d'union monétaire (c'est-à-dire fixer à jamais les parités de changes entre les différents Etats composant l'Union) qu'entre pays économiquement proches. D'où l'idée de conditionner l'entrée dans l'UEM à des critères de convergence (déficit public inférieur à 3 % du PIB, dette publique inférieure à 60 % du PIB, inflation limitée, taux d'intérêt à long terme convergents et participation au SME depuis au moins deux ans).

Evidemment, tout le monde est conscient que ces critères ne sont que nominaux et sont donc insuffisants pour garantir l'avènement d'une ZMO. Mais qu'importe, l'enjeu politique est tellement fort que l'on décide de créer une monnaie unique qui, ensuite, du moins c'est ce que l'on espère à l'époque, permettra de créer une vraie ZMO, c'est-à-dire une zone dans laquelle la mobilité des facteurs de production (et en particulier la main-d'œuvre) sera parfaite. De la sorte, elle évitera la survenance de chocs asymétriques. En d'autres termes, si un des États membres connaît une crise spécifique (que l'on appelle un choc asymétrique), le budget fédéral pourra y remédier directement, annihilant ainsi les risques de contagion à l'ensemble de la zone.

Pour parvenir à cet objectif, la création de la zone euro devait être suivie de décisions majeures parmi lesquelles l'harmonisation fiscale et réglementaire, celle des marchés du travail, mais aussi la création d'une véritable politique budgétaire européenne. Mais tout ceci n'a pas été réalisé, rendant de facto la zone euro bancale entre une monnaie et une BCE uniques mais plusieurs politiques budgétaires, des conditions fiscales et réglementaires différentes… La zone euro est donc restée des plus disparates et n'a jamais disposé de moyens budgétaires pour réduire ces divergences. A titre de comparaison, on peut par exemple noter que le budget fédéral des États-Unis, qui alloue des dépenses en fonction des besoins des Etats, représente 20 % du PIB américain, tandis qu'il ne représente que 1 % du PIB dans la zone euro.

Il faut donc arrêter de tourner autour du pot : l'UEM ne pourra sortir de la crise de la dette, et plus globalement de sa crise existentielle tant qu'elle ne sera pas une ZMO. C'est ce vers quoi tendent les récentes propositions de Bruxelles, qui demeurent néanmoins trop timides. Pour sauver la zone euro, voici donc les conditions indispensables : parfaite mobilité des capitaux, des entreprises, mais aussi des travailleurs au sein de l'UEM, harmonisation des conditions fiscales, budgétaires et réglementaires, marché du travail unique, sans oublier l'instauration d'un budget fédéral conséquent.

Ne l'oublions pas, la création de l'euro n'était qu'une étape visant à donner naissance à une union politique et fédérale. On peut être favorable ou opposé à cette dernière mais si on la refuse, il faut d'ores et déjà savoir que l'UEM finira par exploser, sortant donc de la crise de la dette par le bas, replongeant l'Europe dans un jeu non-coopératif et forcément destructeur. Après les récents dangers qui ont failli détruire la zone euro, il est donc urgent de ne plus se tromper.

Marc Touati


Les analyses hebdomadaires
Un vent d’euphorie semble souffler sur la zone euro et sur la France depuis quelques semaines. Selon certains prévisionnistes, notamment ceux des organes officiels que sont la Commission européenne et l’INSEE, l’UEM et la France auraient d’ores et déjà retrouvé le chemin de la croissance forte, qui pourrait même avoisiner les 2,5 % dès 2018. A l’évidence, la réalisation d’une telle conjecture ne pourrait que nous faire plaisir. Seulement voilà : en économie, la magie n’existe pas. Autrement dit, pour pouvoir atteindre une croissance durable de 2,5 %, il faut un certain nombre d’ingrédients dont la France et la zone euro ne disposent pas pour le moment. Certes, la faiblesse des cours du pétrole et des matières premières au sens large, le caractère extrêmement accommodant de la politique de la BCE ou encore le maintien des taux d’intérêt obligataires sur des niveaux exagérément bas ont aidé et aideront encore la croissance économique. Pour autant, il s’agit là de conditions nécessaires mais pas suffisantes pour permettre à cette dernière d’atteindre 2,5 %. D’ailleurs, d’autres éléments conjoncturels agissent déjà à la baisse sur la dynamique économique : le ralentissement dans la plupart des pays émergents, Chine et Inde en tête, la remontée de l’euro, notamment face au dollar, ou encore les incertitudes géopolitiques internationales. Mais au-delà de ces évolutions conjoncturelles, certes non négligeables, le vrai handicap de la zone euro et plus particulièrement de la France, réside dans la faiblesse de leur croissance structurelle. Aussi, pour parvenir à ce niveau de 2,5 %, il faut engager de profondes réformes structurelles sur la fiscalité, le marché du travail ou encore le financement de l’économie, qui n’ont toujours pas été menées, en particulier en France. Autrement dit, ce ne sont pas quelques évolutions conjoncturelles favorables qui permettront de masquer les faiblesses structurelles de l’économie française. Dans ce cadre, nous sommes contraints de confirmer notre prévision d’une croissance française d’environ 1,3 % tant en 2017 qu’en 2018. Quant à l’atteinte durable des 2,5 %, elle ne sera possible qu’après la modernisation de l’économie française et donc, dans le meilleur des cas, pas avant 2020. Certes, mieux vaut tard que jamais. La question reste néanmoins de savoir si la population et les entreprises françaises auront la force d’attendre…
A suivre du 26 au 30 juin :
- Lundi 26, 10h (heure de Paris) : léger recul de l’indice IFO du climat des affaires en Allemagne.
- Lundi 26, 14h30 : rebond correctif et limité des commandes de biens durables aux Etats-Unis.
- Lundi 26, 18h : le chômage repart à la hausse en France.
- Mardi 27, 16h : l’indice du Conference Board de confiance des ménages américains recule légèrement.
- Mercredi 28 8h45 : stabilisation de l’indice INSEE de confiance des ménages dans l’Hexagone.
- Mercredi 28, 14h30 : le déficit de la balance des marchandises recule modestement aux Etats-Unis.
- Jeudi 29, 8h : baisse modérée de l’indice GfK de confiance des ménages allemands.
- Jeudi 29, 11h : quasi-stabilisation de l’indice de sentiment économique dans la zone euro.
- Jeudi 29, 14h : l’inflation allemande se stabilise à 1,4 %.
- Jeudi 29, 14h30 : la faiblesse de la croissance américaine au premier trimestre est entérinée.
- Vendredi 30, 1h30 : stabilisation du taux de chômage japonais à 2,8 %.
- Vendredi 30, 8h45 : la consommation des ménages repart à la baisse en France.
- Vendredi 30, 8h45 : l’inflation française stagne à 0,8 %.
- Vendredi 30, 8h45 : en France, la dette publique atteint 96,5 % du PIB au premier trimestre.
- Vendredi 30, 9h55 : le taux de chômage se stabilise à 5,7 % en Allemagne.
- Vendredi 30, 10h30 : nouvelle confirmation de la croissance britannique à 2 % au premier trimestre.
- Vendredi 30, 11h : stabilisation de l’inflation eurolandaise à 1,4 %.
- Vendredi 30, 14h30 : progression modérée des revenus et de la consommation des ménages aux Etats-Unis.
- Vendredi 30, 16h : confirmation de la nette baisse de l’indice Reuters/Université du Michigan de confiance des consommateurs américains.