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Grèce, France et Italie : les trois lanternes rouges de la zone euro.
ACDEFI - 22 mai 2017

Comme nous l'évoquions il y a quelques semaines, cela reste un des grands mystères de la conjoncture récente : En dépit de la bonne santé des indicateurs avancés (tels que les indices des directeurs d'achat ou ceux du climat des affaires), la croissance est restée molle dans le monde développé.

Eurostat vient ainsi de confirmer que le PIB de la zone euro a progressé de 0,5 % au premier trimestre 2017, entraînant une baisse de 0,1 point de son glissement annuel à 1,7 %.

C'est certes correct, mais loin des 2,5 % que laissaient anticiper les indicateurs avancés.

 

La zone euro reste structurellement moins dynamique que les Etats-Unis.

Pour visualiser le graphique, merci de consulter le fichier pdf

Sources : BEA, Eurostat, ACDEFI

 

De plus, comme le montre le graphique ci-dessus et en dépit des annonces tonitruantes de certains dirigeants européens, la croissance eurolandaise ne parvient toujours pas à dépasser durablement celle des Etats-Unis. Et pourtant, cette dernière a également été décevante, puisque le glissement annuel du PIB américain est passé de 2 % au quatrième trimestre 2016 à 1,9 % au premier trimestre 2017.

Nous sommes, là aussi, face à un vrai décalage avec les indices des directeurs d'achat qui laissaient anticiper une croissance proche de 3 %.

Toujours est-il que l'écart de croissance Zone euro – Etats-Unis rappelle simplement qu'il existe une différence de croissance structurelle d'au moins 1,5 point au détriment de l'UEM.

Le pire est qu'au cours du premier trimestre 2017, même les locomotives habituelles n'ont pas réussi à accélérer. Ainsi, le glissement annuel du PIB néerlandais a stagné à 2,8 % et ceux des PIB autrichiens et allemands ont baissé à respectivement 1,9 % et 1,7 %.

 

Même le « bloc germanique » commence déjà à ralentir.

 

Sources : Eurostat, ACDEFI

 

C'est évidemment toujours mieux que le petit 0,8 % de la France, qui accuse ainsi une diminution de 0,4 point sur un trimestre. Ce qui constitue la plus forte baisse au sein de la zone euro. Pour un pays où tout va mieux, cela est un peu problématique.

 

La France décroche encore vis-à-vis de l'Allemagne et de la zone euro.

Pour visualiser le graphique, merci de consulter le fichier pdf

Sources : Eurostat, ACDEFI

 

Même en Italie, où un décrochage similaire s'est observé, le glissement annuel du PIB n'a perdu « que » 0,2 point à 0,85 % précisément.

Ce résultat tranche néanmoins avec les belles performances de l'Espagne et surtout du Portugal.

En Espagne, le glissement annuel du PIB s'est stabilisé à 3 % au premier trimestre, contre encore 3,4 % au deuxième trimestre 2016. Cela montre notamment que la croissance espagnole ne parvient plus à accélérer.

 

L'Italie s'éloigne encore de l'Espagne et du Portugal.

Pour visualiser le graphique, merci de consulter le fichier pdf

Sources : Eurostat, ACDEFI

 

En revanche, la bonne surprise du premier trimestre 2017 est venue du Portugal. Après déjà deux trimestres consécutifs de forte progression (+ 0,9 % et + 0,7 %), le PIB portugais a effectivement augmenté de 1 % sur les trois premiers mois de l'année. Son glissement annuel atteint désormais 2,8 %, un plus haut depuis le quatrième trimestre 2007.

 

Le PIB d'avant-crise est encore loin pour l'Italie et surtout pour la Grèce...

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Sources : Eurostat, Calculs ACDEFI

 

Il faut cependant noter qu'en dépit de ces belles performances, le niveau actuel du PIB portugais est toujours 4 % inférieur à celui d'avant-crise, c'est-à-dire du premier trimestre 2008.

Celui de l'Espagne n'est plus qu'à 0,3 %, mais celui de l'ltalie affiche encore un retard de 7,1 %. Que dire alors de celui de la Grèce, avec un « manque à gagner » de 27,7 % ?!

Un drame qui s'est d'ailleurs aggravé au premier trimestre 2017, puisqu'après avoir déjà baissé de 1,2 % au trimestre précédent, le PIB grec a encore reculé de 0,1 % lors des trois premiers mois de 2017. Malheureusement sans surprise, la Grèce est donc retombée en récession, confirmant que les perfusions permanentes de la zone euro ont été incapables de sortir la Grèce de l'ornière.

Pour ceux qui croient que la crise grecque est terminée, ils feraient mieux de méditer cette triste réalité, qui risque d'ailleurs de se détériorer davantage avec la récente remontée de l'euro.

Une détérioration qui ne manquera pas de toucher les autres pays de l'UEM et notamment la France qui, juste après la Grèce, est le pays qui affiche le plus mauvais résultat de la zone euro au premier trimestre.

 

Croissance : La France réalise le deuxième plus mauvais résultat de la zone euro, après la Grèce.

Pour visualiser le tableau, merci de consulter le fichier pdf

Sources : Eurostat, Calculs ACDEFI

 

Mais chut ! Puisqu'on vous dit que tout va bien et que tout va aller de mieux en mieux...

 

Marc Touati

Les analyses hebdomadaires
Les derniers résultats publiés par la plupart des banques européennes et occidentales au sens large sont particulièrement bons. Pourtant, la récente faillite de Banco Popular en Espagne et son rachat par Santander pour 1 euro symbolique, mais aussi les difficultés aggravées de certaines banques italiennes, sans oublier les 200 milliards d’euros de créances douteuses qui affecteraient encore l’ensemble du système bancaire transalpin nous rappellent que le panorama bancaire européen est loin d’être parfait. En effet, à cause de conditions réglementaires de plus en plus contraignantes, mais aussi de taux d’intérêt obligataires beaucoup trop bas, les banques européennes demeurent fragiles. Pire, avec la concurrence des financements alternatifs, elles sont menacées jusqu’à leur existence même. A tel point que certains, et notamment au sein de la Commission européenne, n’hésitent plus à mettre en garde contre de multiples faillites bancaires au cours des trimestres à venir dans l’ensemble de l’Union. Certes, nous sommes encore loin du marasme qui a suivi la crise des subprimes de 2007 et qui a atteint son paroxysme avec la faillite de Lehman Brothers en 2008. Cependant, ce retour en force des vieux démons de la crise bancaire rappelle que le système bancaire et financier eurolandais reste menacé, notamment par une nouvelle phase d’aggravation des créances douteuses qui pourrait voir le jour dans les prochains trimestres. Après avoir dû constituer des provisions pour créances douteuses du secteur privé, les banques italiennes, françaises, européennes, et mondiales pourraient bien devoir rééditer l’opération, mais, cette fois-ci, pour des créances accordées au secteur public, qu’il s’agisse des obligations d’Etat ou des crédits accordés aux collectivités locales. Or, un tel scénario n’est pour l’instant pas vraiment intégré dans les « stress tests » de la BCE. Sans parler des risques sur les pays émergents et sur la situation géopolitique mondiale. Voilà pourquoi, et même si les banques européennes ont réduit leurs activités dangereuses (et notamment le « property trading », c’est-à-dire la spéculation avec leurs fonds propres) et bénéficient encore d’une politique monétaire extrêmement accommodante, elles restent toujours menacées par une croissance économique trop faible, une dette publique trop élevée et un risque de remontée massive des taux d’intérêt des obligations d’Etat. En conclusion, même si, pour l’instant, la situation apparaît sous contrôle, la probabilité d’une nouvelle crise bancaire demeure élevée. Ce qui signifie qu’après cinq belles années en termes de profits et de valorisation boursière, les banques européennes pourraient connaître quelques trimestres difficiles. En attendant des jours meilleurs… en 2019.
A suivre du 21 au 25 août :
- Mardi 22, 11h (heure de Paris) : les indices ZEW de sentiment économique baissent nettement en Allemagne et dans la zone euro.
- Mercredi 23, 2h30 : l’indice Nikkei PMI des directeurs d'achat dans l'industrie manufacturière japonaise régresse notablement.
- Mercredi 23, 9h : les indices Markit PMI dans l'industrie manufacturière et dans les services reculent nettement dans l’Hexagone.
- Mercredi 23, 9h30 : les indices Markit PMI dans l'industrie manufacturière et dans les services baissent également en Allemagne.
- Mercredi 23, 10h : même punition pour les indices Markit PMI dans l'industrie manufacturière et dans les services dans l’ensemble de la zone euro.
- Mercredi 23, 15h45 : idem pour les indices Markit PMI des directeurs d'achat dans l'industrie manufacturière et dans les services aux Etats-Unis.
- Mercredi 23, 16h : la confiance des ménages dans la zone euro repart à la baisse.
- Jeudi 24, 8h45 : l’indice INSEE du climat des affaires perd deux points.
- Jeudi 24, 10h30 : confirmation de la petite croissance du PIB britannique au deuxième trimestre.
- Jeudi 24, 18h : le chômage repart à la hausse en France.
- Vendredi 25, 1h30 : l’inflation japonaise se stabilise à 0,4 %.
- Vendredi 25, 8h : confirmation de la croissance allemande de 0,6 % au deuxième trimestre.
- Vendredi 25 : nouveau recul de l’indice INSEE de confiance des ménages français.
- Vendredi 25, 10h : l’indice IFO du climat des affaires outre-Rhin retrouve le chemin de la baisse.
- Vendredi 25, 14h30 : forte baisse corrective des commandes de biens durables aux Etats-Unis.