Accueil > L'humeur de la semaine > « Manu » Président : la fin d'un monde continue…
« Manu » Président : la fin d'un monde continue…
ACDEFI - 12 mai 2017

Ouf ! En dépit d'un vote à 50 % pour des partis extrémistes au premier tour des présidentielles, les Français se sont finalement bien rattrapés au second tour en élisant Emmanuel Macron avec plus de 66 % des voix. Ce n'est certes pas les 82 % de Jacques Chirac de 2002, mais c'est néanmoins suffisant pour éloigner le spectre de la fin de l'euro pendant au moins cinq ans.

Si cette victoire sans difficulté était attendue (nous l'annoncions d'ailleurs la semaine dernière dans ces mêmes colonnes), le vrai coup de tonnerre réside dans l'élection à la tête de la sixième puissance économique mondiale et qui dispose notamment de la force de dissuasion nucléaire, d'un jeune homme de 39 ans, qui n'avait jamais gagné d'élection jusqu'alors (il ne s'était d'ailleurs jamais présenté) et qui était complétement inconnu il y a environ trois ans.

Certes, comme le dit Don Rodrigue dans « Le Cid » de Corneille : « la valeur n'attend pas le nombre des années ». Pour votre serviteur qui a été chef économiste d'une grande banque à l'âge de 27 ans, cette tirade est une véritable devise. Elle l'est également, et à juste titre, pour toute une partie de la jeunesse française et du monde qui est prête à se retrousser les manches pour réussir et à faire de notre planète un monde meilleur.

Dans ce cadre, l'arrivée d'Emmanuel Macron à l'Elysée constituera certainement un catalyseur de motivation et ne manquera sûrement pas de redorer le blason de la France à travers le globe. Dire qu'il y a environ an, certaines personnes (dont je tairai le nom pour des raisons évidentes de confidentialité) m'avaient annoncé que M. Macron serait le futur Président de la République française ! Je ne les ai évidemment pas crues, mais tout s'est déroulé « comme prévu »…

Manipulations ? Complots ? Connivence des médias ? Pure chance ? Les quatre à la fois ? Nous ne le serons peut-être jamais. Toujours est-il qu'après le vote en faveur du Brexit outre-Manche, puis la victoire de Donald Trump aux Etats-Unis, le succès de « Manu » dans l'Hexagone nous confirme, une fois encore, que nous assistons bien à « la fin d'un monde ».

Seulement voilà, suffit-il de renverser la table pour obtenir un monde meilleur ? Rien n'est moins sûr. Et même si la jeunesse n'est pas forcément synonyme de naïveté et d'erreur (« de jeunesse » justement), il ne faut pas oublier que l'expérience est généralement un gage de sérieux et de sagesse. Les premiers couacs autour de la liste des investitures aux législatives viennent déjà de nous en apporter la preuve.

Il faut donc espérer que lorsqu'il se trouvera face à Donald Trump, Vladimir Poutine, Xi Jinping et même Angela Merkel, qui ne manqueront certainement pas de le bousculer, notre nouveau Président saura être à la hauteur, en particulier en cas de conflits diplomatiques, économiques, financiers et a fortiori militaires…

D'ores et déjà et sans attendre ces situations conflictuelles (qui font tout de même un peu froid dans le dos), il faut aussi reconnaître que, pour la première fois dans la Vème République, un Président est élu sans programme clair et précis. Et ce, notamment sur le front économique.

Certes, nous savons que Manu, oh pardon M. Macron, veut développer la « loi travail », augmenter le taux de CSG pour financer la baisse des charges sur les salaires, mais aussi créer de nombreux postes de fonctionnaire, sans oublier une assurance chômage pour tous. Ainsi, tous les Français pourront désormais bénéficier d'indemnités-chômage, même s'ils n'ont pas cotisé et même s'ils sont démissionnaires.

Magnifique ! Le seul problème est que rien n'est dit sur le financement précis de ces mesures. Et ce ne sont pas les 60 milliards d'euros d'économies sur la dépense publique à l'horizon 2022 qui feront l'affaire. De plus, que se passera-t-il si la croissance n'est pas au rendez-vous et/ou si une crise géopolitique, financière ou sociale se produit au cours des prochains trimestres ? La réponse est simple : le déficit flambera, la dette publique en fera autant, les taux d'intérêt des obligations d'Etat augmenteront, ce qui cassera encore la croissance et l'emploi, nous replongeant ainsi dans le cercle pernicieux que nous connaissons depuis environ trente ans, et qui s'est intensifié depuis 2008.

Bien entendu, il serait louable de laisser sa chance à M. Macron, à compter que ce dernier parvienne d'ailleurs à obtenir une majorité à l'Assemblée Nationale. Pour autant, comme je n'ai cessé de le faire depuis vingt ans, il est aussi de notre devoir de dire la vérité et de mettre en garde contre les erreurs stratégiques auxquelles nos dirigeants politiques n'ont cessé d'être abonnés depuis trois décennies.

Alors, Manu, oui, je veux bien vous croire et même vous aider, mais, par pitié, ne nous faites pas du « Hollande bis », musclez votre programme économique, n'écoutez pas trop vos conseillers économiques qui étaient déjà à l'Elysée quand vous étiez en CP et qui ne pensent qu'à une seule chose : tirer profit de la puissance publique. Refusez toute démagogie et arrangements entre amis. Faites preuve de bon sens.

Sachez-le : c'est certainement la dernière chance qui est donnée à la France de retrouver le chemin du dynamisme économique, de la croissance soutenue et de l'emploi vigoureux. Car, si, jusqu'à présent et notamment en 2017, nous avons évité le pire, ce dernier risque de devenir inévitable en 2022 si l'économie française n'a pas été modernisée et si son taux de chômage reste toujours aussi élevé, en particulier pour les jeunes, qui, d'ores et déjà et malheureusement, votent massivement pour des partis extrémistes. Plus que jamais, il est donc urgent de sauver la France.

Marc Touati


Les analyses hebdomadaires
On m'accuse parfois d'excès de pessimisme. Dernièrement, un investisseur m’a même qualifié de « cygne noir ». Même si je suis aguerri face aux critiques, je dois avouer que je ne suis pas insensible à ce type de jugement, pour la simple raison que je suis tout sauf pessimiste. En fait, bien loin de ce vrai défaut, je suis un optimiste acharné. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle, en dépit des déboires de l'économie française et du manque de courage des dirigeants hexagonaux depuis des années, je continue de préconiser, notamment dans mes deux derniers livres « Guérir la France La thérapie de choc » et « La fin d'un monde », des recettes pour sortir notre « douce France » de l'ornière économique et sociétale. Pour autant, si je refuse de céder au pessimisme maladif et au « déclinisme », je me dois et nous nous devons collectivement d'être réalistes. C'est dans ce cadre que je m'impose de dire la vérité et d'analyser les chiffres de l'économie française et l’évolution des marchés financiers avec honnêteté et impartialité. Autrement dit, j’ai toujours refusé de devenir un pessimiste invétéré et d’être considéré comme tel. En revanche, quelles que soient les pressions, je continue et continuerai de dire la vérité. Ainsi, en dépit de l’euphorie ambiante qui voudrait que la France va très vite retrouver la croissance forte et que les marchés boursiers vont encore flamber, je dois vous mettre en garde contre la forte probabilité de déceptions face à ces espoirs. Et ce d'autant que les risques extra-économiques sont nombreux : dangers géopolitiques et militaires, notamment en Corée du Nord et au Moyen-Orient, menace de destitution du Président Trump, risques d'attentats et de désordres sociaux un peu partout en Europe, sans oublier les sempiternelles crises grecques, mais aussi les risques bancaires en Chine et à travers le monde, qui sont, pour l’instant enfouis dans l’inconscient collectif mais qui demeurent incandescents. Dans ce cadre, je maintiens ma prévision d’une baisse d’au moins 15 % des grands indices boursiers dans les six prochains mois, avec une croissance économique d’au mieux 3,3 % pour la planète et d’environ 1 % pour la France. Croyez-moi, j'aimerais vraiment annoncer de meilleures nouvelles pour l'économie française et pour l’avenir des marchés financiers, mais je ne suis pas magicien. Je me contente simplement de dire la vérité et d'établir mes prévisions sur la base de la réalité économique...