Accueil > L'humeur de la semaine > Présidentielles et marchés : le pire n'est jamais certain...
Présidentielles et marchés : le pire n'est jamais certain...
ACDEFI - 20 avril 2017

Dans quel état serons-nous lundi matin prochain ? En pleine panique, avec un second tour « Le Pen - Mélenchon », dans le doute avec « Macron ou Fillon - Le Pen » ou alors rassurés avec « Macron - Fillon » ?

Dans le premier cas, la France devra choisir entre la peste et le choléra, c'est-à-dire entre la fin de la zone euro et le collectivisme. Dans les deux cas, cela signifiera la fermeture des frontières économiques et financières, le contrôle des changes et une crise économico-sociétale sans précédent depuis la seconde guerre mondiale.

Compte tenu de ces piètres perspectives, il est clair que les marchés vont sur-réagir. Dès lors, il faudra se préparer à un effondrement d'environ 15 % du Cac 40 sur la seule journée du 24 avril, avec, inévitablement une onde de choc colossal en Europe, mais aussi à travers la planète.

Du côté des marchés obligataires, les secousses seront également massives. Nous risquons notamment d'assister à une remontée très rapide et massive des taux d'intérêt à dix ans des obligations de l'Etat français. La barre des 2,5 % pourrait être dépassée en quelques heures, avec un objectif de 8 % au cours des jours suivants. La récession fera son grand retour et le taux de chômage flambera vers les 12 % assez rapidement. Bref, tous aux abris, du moins pour ceux qui réussiront à en trouver.

Dans le second cas de figure « Macron ou Fillon - Le Pen », les marchés boursiers et obligataires devraient également baisser, compte tenu de la percée des partis extrémistes et de la présence pour la deuxième fois en quinze ans du Front national au second tour des présidentielles. Cependant, leur repli sera certainement d'une ampleur modérée, compte tenu du probable sursaut républicain du second tour.

Enfin, dans le troisième et heureux cas où les Français auront su tourner le dos aux extrémismes de gauche et de droite, une belle progression du Cac 40 et des bourses mondiales devrait rapidement s'observer. Quant aux taux longs, ils resteraient contenus, sans pour autant baisser fortement, compte tenu de la faible probabilité d'une nette baisse du déficit public français à court terme.

Cependant, il n'y aura pas de quoi bouder notre plaisir, dans la mesure où les Français pourront bénéficier d'un véritable débat présidentiel, avec notamment une meilleure explicitation des mesures économiques des deux candidats en lice :

Comment parvenir à restaurer la croissance structurelle du PIB français ?

Comment moderniser notre économie, qui est devenue l'une des plus rigides et archaïques du monde développé ?

Comment améliorer le fonctionnement du marché du travail ? Comment réduire le déficit public en optimisant les dépenses publiques ?

Comment relancer le projet européen ?

Comment faire de la zone euro une véritable zone monétaire optimale ?

Voilà quelles seraient les vraies questions économiques d'un débat de second tour d'une grande puissance telle que la France, qui est certes sur la pente déclinante, mais peut encore sortir du gouffre, dans lequel elle n'a cessé de s'enfoncer depuis trente ans d'immobilisme et de déni de réalité.

Dans ce cadre, nous pourrons dire que les électeurs français ne s'exprimeront pas en fonction de l'âge du candidat, de sa vie privée, de la couleur de sa cravate, de ses « bons mots » ou de la façon de se tenir sur un plateau de télévision.

Pour cela, il est vrai qu'il faudrait que la culture économique des Français soit multipliée par dix en quelques jours. Car c'est bien là que le bât blesse. A force d'avoir entretenu les faux-semblants et les mensonges économiques, dans les lycées, les universités et dans la plupart des médias pendant des années, on ne peut pas s'étonner que les connaissances économiques de nos concitoyens soient si faibles et surtout si erronées.

A tel point qu'ils sont à 52 % (si l'on en croit les sondages) tentés par des partis extrémistes et/ou fantaisistes, qui ne feront qu'aggraver la situation, en particulier des moins favorisés. Sans parler de l'image internationale de la France. Car il faut être clair : la présence d'un parti extrémiste au second tour des élections présidentielles (redisons-le, pour la deuxième fois en quinze ans) nuira définitivement à la crédibilité économique et politique de la France, qui n'est déjà pas bien forte.

Il faut donc simplement espérer qu'en quelques jours, les Français ne vont certes pas rattraper trente ans de retard, mais au moins reprendre leurs esprits et éviter par la même que la France soit la risée du monde.

Avouons que cela fait du bien de rêver un peu.

Mais finalement pourquoi pas ? N'oublions pas que le pire n'est jamais certain, ni en politique, ni en économie et encore moins sur les marchés financiers…

 

Marc Touati


Les analyses hebdomadaires
Comme nous l’espérions la semaine dernière dans ces mêmes colonnes, le pire a bien été évité lors des élections présidentielles françaises. En effet, le duel « Le Pen - Mélenchon », un temps craint pour le deuxième tour n’aura pas lieu. Ouf ! Certes, le scénario idéal « Macron - Fillon », qui aurait pu déboucher sur un vrai débat d’idées, digne de la sixième puissance économique mondiale, ne se produira pas non plus. Nous aurons donc droit à un duel « Macron - Le Pen », qui, compte tenu de la nette avance de l’ancien ministre de l’économie sur la patronne du Front national lors du premier tour, a rassuré les marchés. Pariant également sur le traditionnel front républicain pour éviter toute mauvaise surprise, ces derniers ont même flambé dans un premier temps. Sur la seule journée du lundi 24 avril, le Cac 40 a ainsi progressé de 4,1 %. Pour autant, comme cela était également très prévisible, le soufflé est très vite retombé. Et pour cause : les exemples du Brexit et de la victoire de Donald Trump nous ont montré qu’il ne fallait surtout pas aller trop vite en besogne. D’ores et déjà les résultats du premier tour des présidentielles françaises sont loin d’être aussi euphoriques qu’ils pourraient apparaître. Tout d’abord, parce qu’environ 50 % des votes se sont portés sur des partis anti-européens, voire pro-Frexit. Encore plus inquiétant, bien loin de la mobilisation qui avait suivi le choc du 21 avril 2002 et finalement consacré une nette victoire de Jacques Chirac sur Jean-Marie Le Pen au second tour, la fille de ce dernier semble faire jeu égal avec le fils spirituel de François Hollande. Pourtant, pour tout esprit normalement constitué, il ne devrait pas y avoir d’équivoque : mieux vaut « Hollande-bis » que le « trou noir » ! Et attention, si Marine Le Pen réussit à passer la barre des 40 %, l’image internationale de la France risque d’en prendre un sacré coup et pour longtemps. Pour éviter d’en arriver là, il serait donc grand temps que les dirigeants politiques français se mobilisent et aussi qu’Emmanuel Macron muscle son discours et son programme...
A suivre du 24 au 28 avril :
- Lundi 24, 10h (heure de Paris) : l’indice IFO du climat des affaires baisse légèrement outre-Rhin, tout en restant à un niveau élevé.
- Mardi 25, 8h45 : les indices INSEE du climat des affaires dans l’industrie et dans l’ensemble des secteurs régressent nettement dans l’Hexagone.
- Mardi 25, 16h : repli modéré de l’indice du Conference Board de confiance des ménages américains, qui se maintient à un niveau très élevé.
- Mercredi 26, 8h45 : l’indice INSEE de confiance des ménages en France perd un point.
- Mercredi 26, 18h : le chômage français augmente légèrement.
- Jeudi 27, 4h : la Banque du Japon maintient son taux de base à - 0,1 %.
- Jeudi 27, 8h : léger repli de l’indice GfK de confiance des consommateurs en Allemagne.
- Jeudi 27, 11h : petite baisse de l’indice de sentiment économique dans la zone euro.
- Jeudi 27, 13h45 : la BCE maintient son taux refi à 0,0 %.
- Jeudi 27, 14h : l’inflation allemande remonte à 1,9 %.
- Jeudi 27, 14h30 : baisse corrective des commandes de biens durables aux Etats-Unis.
- Jeudi 27, 14h30 : quasi-stabilisation du déficit de la balance des marchandises aux Etats-Unis.
- Vendredi 28, 1h30 : l’inflation stagne à 0,3 % au Japon.
- Vendredi 28, 1h30 : le taux de chômage japonais se stabilise à 2,8 %.
- Vendredi 28, 7h30 : le glissement annuel du PIB français retombe à 0,7 % au premier trimestre 2017.
- Vendredi 28, 8h45 : rebond correctif de la consommation des ménages, qui reste très fragile.
- Vendredi 28, 8h45 : l’inflation recule à 1,1 % en France.
- Vendredi 28, 10h30 : la croissance britannique se stabilise à 1,9 % au premier trimestre 2017.
- Vendredi 28, 11h : l’inflation se maintient à 1,5 % dans la zone euro.
- Vendredi 28, 14h30 : la croissance américaine avoisine les 2,5 % au premier trimestre 2017, soit 2,3 % en glissement annuel.
- Vendredi 28, 16h : confirmation de la nette augmentation de l’indice Reuters/Université du Michigan de confiance des consommateurs.