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Faut-il de nouveau s'inquiéter pour la Chine et les émergents ?
ACDEFI - 13 mars 2017

L'information est presque passée inaperçue sur les marchés, mais elle vaut le détour : le Premier ministre chinois Li Keqiang a annoncé une révision à la baisse de l'objectif de croissance de la Chine en 2017. Ses termes sont on ne peut plus clairs : « nous attendons une croissance d'environ 6,5%, même si nous nous efforcerons de faire mieux ».

Ce sera donc 0,2 point de moins qu'en 2016 (qui était déjà un plus bas depuis 26 ans) et nettement moins que les 7 % annoncés jusqu'à présent.

Confirmant ce nouveau ralentissement, la balance commerciale chinoise de février a également réservé une mauvaise surprise.

Et pour cause : après avoir dégagé un excédent de 51,53 milliards de dollars en janvier, la Chine a enregistré un déficit de 9,15 milliards de dollars le mois suivant.

 

Commerce extérieur chinois : déficit mensuel et plongeon de l'excédent annuel.

Pour visualiser le graphique, merci de consulter le fichier pdf

Sources : NBSC, ACDEFI

 

Certes, les contre-performances du commerce extérieur chinois sont habituelles en février. En effet, compte tenu de la fermeture des usines pendant les festivités du nouvel an, les exportations ont tendance à chuter, tandis que les importations flambent eu égard à l'augmentation traditionnelle de la consommation.

Pour autant, il s'agit du premier déficit commercial depuis février 2014. De plus, après un mois de janvier de répit, le glissement annuel des exportations est reparti à la baisse (en l'occurrence -1,3 %), tandis que celui des importations a flambé à 38,1 %, un plus haut depuis février 2012.

Conséquence logique de ces évolutions, l'excédent commercial sur douze mois a continué de s'effondrer. Il atteint désormais 496,55 milliards de dollars, soit 41,8 milliards de moins que le mois précédent et 120,2 milliards de moins que le sommet d'avril 2016.

Pour retrouver un niveau inférieur, il faut remonter à mars 2015. De quoi confirmer que la dépréciation récente du yuan a pour l'instant jouer négativement sur la valorisation des échanges extérieurs, à la baisse sur les exportations et à la hausse sur les importations. C'est ce que l'on appelle la courbe J. Il faudra donc encore attendre pour bénéficier de la fin du « J », c'est-à-dire la remontée des exportations rendues moins chères par la dépréciation du yuan et l'affaiblissement des importations.

 

La dépréciation du yuan n'a pas encore agi positivement sur le commerce extérieur.

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Sources : NBSC, ACDEFI

 

De telles évolutions rappellent néanmoins que les Chinois ne sont pas près d'arrêter et a fortiori d'inverser la dépréciation du yuan, comme le demandent les Occidentaux.

 

Les indicateurs avancés restent bons.

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Sources : NBSC, Caixin, ACDEFI

 

Pour autant, en dépit de ce petit « tour d'air », les indicateurs avancés de la croissance chinoises demeurent bien orientés. Les indices Caixin des directeurs d'achat de février (51,7 dans l'industrie et 52,6 dans les services) indiquent même que la croissance chinoise pourrait revenir assez rapidement vers les 7 %.

D'où une interrogation : les Chinois ne seraient-ils pas en train de noircir excessivement le tableau juste pour permettre de maintenir le yuan à un niveau exagérément bas ? Cela semble fort probable et confirme que la Chine continue d'utiliser la meilleure arme protectionniste : la sous-évaluation de sa devise.

Autrement dit, malgré les annonces du gouvernement chinois, nous continuons d'anticiper que la croissance de l'Empire du milieu restera soutenue et avoisinera les 7 % sur l'ensemble de l'année 2017.

Même son de cloche pour l'économie indienne. En effet, après avoir pâti fin 2016 de la démonétisation des billets de 500 et 1000 roupies, celle-ci est déjà en train de redémarrer.

 

L'économie indienne reprend de belles couleurs.

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Sources : Nikkei, ACDEFI

 

Il faut d'ailleurs noter que malgré ce « couac technique », le glissement annuel du PIB indien a certes reculé au quatrième trimestre 2016 à un plus bas depuis le premier trimestre 2015, mais a tout de même atteint 7 %.

Encore mieux, les indices Nikkei des directeurs d'achat ont continué de progresser en février. Dans les services, après un plongeon spectaculaire à 46,7 en novembre 2016, l'indice PMI a rebondi à 50,3 en février. Dans l'industrie, il est passé d'un plus bas de 49,6 en décembre à désormais 50,7.

Si l'économie indienne reste convalescente, elle confirme néanmoins que ses structures sont solides et que sa croissance devrait se stabiliser autour des 7 % sur l'ensemble de l'année 2017.

Après la résistance de la Chine, le rebond de l'Inde, il ne manque donc plus que le retour de la croissance au Brésil. Et là aussi, la rédemption est proche. Certes, les indices Markit des directeurs d'achat demeurent sous la barre des 50. Mais en quelques mois, ils ont gagné 5 points dans l'industrie et quasiment 10 points dans les services. Dès lors, si la récession est toujours là, elle devrait bien disparaître d'ici la fin 2017.

 

Le Brésil entrevoie enfin le bout du tunnel.

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Sources : IBGE, Markit, ACDEFI

A l'échelle planétaire, l'amélioration est aussi au rendez-vous. En effet, si une dizaine de pays restent encore dans la récession industrielle (contre plus d'une vingtaine il y a six mois), celle-ci s'estompe progressivement un peu partout.

 

L'indice « Monde » au plus haut depuis 69 mois.

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Sources : Markit, ACDEFI

 

En février, l'indice « Monde » des directeurs d'achat a d'ailleurs encore progressé à 52,9, un plus haut depuis 69 mois.

En conclusion, nous confirmons notre prévision d'une croissance mondiale de 3,3 % en 2017. Ce qui restera inférieur de 0,2 point à sa moyenne depuis 1980, mais néanmoins toujours très appréciable.

Marc Touati

Les analyses hebdomadaires
Un vent d’euphorie semble souffler sur la zone euro et sur la France depuis quelques semaines. Selon certains prévisionnistes, notamment ceux des organes officiels que sont la Commission européenne et l’INSEE, l’UEM et la France auraient d’ores et déjà retrouvé le chemin de la croissance forte, qui pourrait même avoisiner les 2,5 % dès 2018. A l’évidence, la réalisation d’une telle conjecture ne pourrait que nous faire plaisir. Seulement voilà : en économie, la magie n’existe pas. Autrement dit, pour pouvoir atteindre une croissance durable de 2,5 %, il faut un certain nombre d’ingrédients dont la France et la zone euro ne disposent pas pour le moment. Certes, la faiblesse des cours du pétrole et des matières premières au sens large, le caractère extrêmement accommodant de la politique de la BCE ou encore le maintien des taux d’intérêt obligataires sur des niveaux exagérément bas ont aidé et aideront encore la croissance économique. Pour autant, il s’agit là de conditions nécessaires mais pas suffisantes pour permettre à cette dernière d’atteindre 2,5 %. D’ailleurs, d’autres éléments conjoncturels agissent déjà à la baisse sur la dynamique économique : le ralentissement dans la plupart des pays émergents, Chine et Inde en tête, la remontée de l’euro, notamment face au dollar, ou encore les incertitudes géopolitiques internationales. Mais au-delà de ces évolutions conjoncturelles, certes non négligeables, le vrai handicap de la zone euro et plus particulièrement de la France, réside dans la faiblesse de leur croissance structurelle. Aussi, pour parvenir à ce niveau de 2,5 %, il faut engager de profondes réformes structurelles sur la fiscalité, le marché du travail ou encore le financement de l’économie, qui n’ont toujours pas été menées, en particulier en France. Autrement dit, ce ne sont pas quelques évolutions conjoncturelles favorables qui permettront de masquer les faiblesses structurelles de l’économie française. Dans ce cadre, nous sommes contraints de confirmer notre prévision d’une croissance française d’environ 1,3 % tant en 2017 qu’en 2018. Quant à l’atteinte durable des 2,5 %, elle ne sera possible qu’après la modernisation de l’économie française et donc, dans le meilleur des cas, pas avant 2020. Certes, mieux vaut tard que jamais. La question reste néanmoins de savoir si la population et les entreprises françaises auront la force d’attendre…
A suivre du 26 au 30 juin :
- Lundi 26, 10h (heure de Paris) : léger recul de l’indice IFO du climat des affaires en Allemagne.
- Lundi 26, 14h30 : rebond correctif et limité des commandes de biens durables aux Etats-Unis.
- Lundi 26, 18h : le chômage repart à la hausse en France.
- Mardi 27, 16h : l’indice du Conference Board de confiance des ménages américains recule légèrement.
- Mercredi 28 8h45 : stabilisation de l’indice INSEE de confiance des ménages dans l’Hexagone.
- Mercredi 28, 14h30 : le déficit de la balance des marchandises recule modestement aux Etats-Unis.
- Jeudi 29, 8h : baisse modérée de l’indice GfK de confiance des ménages allemands.
- Jeudi 29, 11h : quasi-stabilisation de l’indice de sentiment économique dans la zone euro.
- Jeudi 29, 14h : l’inflation allemande se stabilise à 1,4 %.
- Jeudi 29, 14h30 : la faiblesse de la croissance américaine au premier trimestre est entérinée.
- Vendredi 30, 1h30 : stabilisation du taux de chômage japonais à 2,8 %.
- Vendredi 30, 8h45 : la consommation des ménages repart à la baisse en France.
- Vendredi 30, 8h45 : l’inflation française stagne à 0,8 %.
- Vendredi 30, 8h45 : en France, la dette publique atteint 96,5 % du PIB au premier trimestre.
- Vendredi 30, 9h55 : le taux de chômage se stabilise à 5,7 % en Allemagne.
- Vendredi 30, 10h30 : nouvelle confirmation de la croissance britannique à 2 % au premier trimestre.
- Vendredi 30, 11h : stabilisation de l’inflation eurolandaise à 1,4 %.
- Vendredi 30, 14h30 : progression modérée des revenus et de la consommation des ménages aux Etats-Unis.
- Vendredi 30, 16h : confirmation de la nette baisse de l’indice Reuters/Université du Michigan de confiance des consommateurs américains.