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Chaud aux Etats-Unis, tiède en Europe, froid en France.
ACDEFI - 06 mars 2017

Tandis que la campagne présidentielle française se transforme en vaudeville en attendant de tourner au vinaigre, l'économie américaine continue de surprendre par son dynamisme, lui-même alimenté par un optimisme impressionnant.

Ainsi, en décembre 2016, lorsque l'indice du Conference Board de confiance des ménages américains faisait un bon de 4,3 points sur un mois et atteignait un plus haut depuis août 2001, il était alors possible de s'interroger sur la véracité et la durabilité de cet optimisme. Des doutes renforcés en janvier 2017, lorsque ce même indice reculait de 1,9 point. Pourtant, balayant ces interrogations, cet indice a encore progressé de 3 points en février. Avec un niveau de 114,8, il atteint désormais un sommet depuis juillet 2001.

 

La confiance des ménages américains au plus haut depuis juillet 2001.

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Sources : BEA, Conference Board, ACDEFI

 

Même son de cloche du côté des entreprises et de leurs directeurs d'achat, dont l'optimisme ne se dément pas.

 

Bientôt 3 % de croissance aux Etats-Unis ?

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Sources : BEA, ISM, ACDEFI

 

Ainsi, après avoir déjà progressé de 6,6 points depuis août dernier, l'indice ISM des directeurs d'achat dans l'industrie en a encore gagné 1,7 en février.

Avec un niveau de 57,7, il atteint désormais un plus haut depuis novembre 2014, préfigurant une croissance économique supérieure à 3 %.

Fort heureusement, la zone euro profite également de cette embellie américaine. Ainsi, en février l'indice Markit des directeurs d'achat a atteint un niveau de 55,4 dans l'industrie et de 55,5 dans les services. Des plus hauts depuis respectivement avril et mai 2011.

 

Activité industrielle dans la zone euro : la France avant-dernière devant la Grèce.

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Sources : Markit, ACDEFI

 

Une fois encore, la France est malheureusement restée en retrait de ce mouvement, puisqu'avec un niveau de 52,2 dans l'industrie, elle réalise la moins bonne performance des principaux pays de la zone euro. Elle n'est en fait « dépassée » que par la Grèce qui demeure en récession en février.

 

Le taux de chômage stagne dans la zone euro et en France, mais baisse en Allemagne et au Royaume-Uni.

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Sources : Eurostat, ACDEFI

 

L'évolution du taux de chômage est tout aussi triste pour notre « douce France ». En effet, les révisions statistiques d'Eurostat ont entraîné une nette hausse du taux de chômage français, qui a atteint 10 % en décembre et janvier (contre 9,6 % annoncé précédemment).

Ce niveau doit évidemment être comparé aux 9,6 % de la zone euro, aux 4,7 % du Royaume-Uni et aux 3,8 % de l'Allemagne.

Mais attention, la comparaison n'est pas seulement douloureuse avec les deux premières économies européennes. Le taux de chômage français est désormais quasiment équivalent à celui du Portugal (10,2 %) et très largement supérieur à celui de l'Irlande (6,6 %).

 

Le taux de chômage français rejoint son homologue portugais et reste loin derrière celui de l'Irlande.

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Sources : Eurostat, ACDEFI

 

Des écarts qui sont d'autant plus douloureux lorsqu'on se souvient qu'au début 2014, le taux de chômage irlandais était légèrement supérieur à celui de la France et que celui du Portugal était 2,5 points au-dessus de celui de l'Hexagone.

Mais il y a pire : en dépit des efforts pour réduire statistiquement le chômage des jeunes en France, le taux de chômage des moins de vingt-cinq ans reste proche des 24 %, contre, 20 % dans la zone euro, 10 % outre-Manche et 6,5 % outre-Rhin.

 

Taux de chômage des jeunes : la France loin devant tout le monde...

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Sources : Eurostat, ACDEFI

 

A l'évidence, il est grand temps que la France engage de vraies réformes pour pouvoir enfin revenir dans le concert des grandes nations. Malheureusement, au regard des programmes des candidats susceptibles de gagner la prochaine présidentielle, nous en sommes encore loin.

Marc Touati

Les analyses hebdomadaires
Oui, pour le moment, tout va bien ! Tout va même de mieux en mieux, à en croire certains. Et pour cause : la croissance dans la zone euro et en France n’a jamais été aussi forte depuis 2011 et les créations d’emploi commencent à se multiplier. A tel point que de nombreux instituts de conjoncture annoncent de belles performances économiques pour les trimestres, voire les années, à venir. Magnifique ! Seulement voilà, comme l’expérience nous l’a souvent montré et comme nous n’avons d’ailleurs cessé de l’écrire depuis des années, le consensus a très souvent tort. Autrement dit, c’est lorsque tout le monde pense la même chose qu’il faut commencer à s’inquiéter. Et ce, en particulier lorsque les prévisions du FMI, de la BCE et de la Commission européenne convergent. Il serait par exemple utile de rappeler qu’en 2007 et jusqu’au début 2008, ces trois institutions soulignaient que l’économie eurolandaise se portait à merveilles et lui prévoyaient une croissance soutenue pour 2008-2009. C’est d’ailleurs en partie à cause de ce dynamisme annoncé que la BCE a augmenté ses taux directeurs fin 2007 et jusqu’en juillet 2008. Mieux, dans la plupart de ses rapports de 2006 à 2008, la Commission européenne et le FMI ne cessaient d’encenser la réussite économique de l’Espagne, du Portugal et de la Grèce ! A l’évidence, il aurait été difficile de faire pire. N’ayons pas peur d’aller jusqu’au bout du raisonnement : les prévisions relativement favorables de ces institutions ou encore les affirmations des dirigeants politiques et monétaires européens selon lesquelles il n’y aurait absolument pas de bulle obligataire ni boursière constituent d’excellents indicateurs avancés de ce qui va se produire, mais en sens inverse. Dès lors, si, comme le craignons, la réalité s’avère loin de ces prévisions idylliques, les marchés financiers pourraient sur-réagir et connaître de multiples tempêtes, préfigurant un krach éminemment dangereux. Au-delà de dégonfler les bulles obligataires et boursières qui se sont formées ces dernières années, ce krach clôturerait la fin d’un monde déjà engagée depuis la crise de 2008-2009. Ce nouveau krach pourrait ainsi constituer le « big one » tant redouté sur les marchés. Car si un krach se produit cette année ou en 2018, la croissance mondiale s’effondrera. Or, les autorités monétaires et budgétaires internationales ont déjà utilisé toutes leurs cartouches pour tenter de relancer la machine. D’où une question simple : que se passera-t-il le jour d’après ?