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Croissance molle et reflation des deux côtés de l'Atlantique.
ACDEFI - 20 février 2017

Sans surprise, la croissance économique de la zone euro est restée molle au quatrième trimestre 2016. En effet, le PIB eurolandais n'a augmenté que de 0,4 %, contre 0,5 % tant au troisième trimestre 2016 qu'au quatrième de 2015. Conséquence logique de ces évolutions, son glissement annuel est passé de 1,8 % au troisième trimestre 2016 à désormais 1,7 %. Un résultat qui est d'ailleurs le même pour la croissance annuelle moyenne de 2016, soit 0,2 point de moins qu'en 2015.

 

La croissance eurolandaise ralentit encore.

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Sources : Eurostat, ACDEFI

 

En dépit du fameux « alignement des planètes », l'économie eurolandaise a donc bien décéléré l'an passé. Et, comme l'indique la baisse de l'indice ZEW en février, ce ralentissement se poursuivra en 2017. Dès lors, après avoir atteint 9,6 % en décembre 2016, le taux de chômage devrait au mieux stagner cette année.

 

Le Royaume-Uni se maintient bien devant la zone euro, l'Allemagne et la France.

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Sources : Eurostat, ACDEFI

 

Parallèlement, en dépit du vote en faveur du Brexit, la croissance britannique est restée nettement devant celle de la zone euro, avec une performance de 0,6 % sur le quatrième trimestre et de 2,2 % sur un an.

Même l'Allemagne ne fait pas mieux, avec un niveau de 1,8 %. Que dire alors de la France, qui ferme la marche, avec une croissance de 1,1 %.

 

La croissance des Pays-Bas remonte à 2,5 %, celle de la Belgique retombe à 1,1 %.

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Sources : Eurostat, ACDEFI

 

C'est certes le même résultat que la Belgique, mais 0,7 point en-deçà de l'Autriche et 1,4 de moins que les Pays-Bas.

Quant aux pays du Sud de l'UEM, les performances laissent aussi à désirer.

 

L'Espagne reste leader, mais continue de ralentir, tandis que l'Italie fait du surplace.

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Sources : Eurostat, ACDEFI

 

Certes, avec une croissance de 0,7 % au quatrième trimestre, l'Espagne confirme qu'elle est bien en train de sortir de la crise. Néanmoins, le glissement annuel de son PIB continue de reculer à 3 %, contre encore 3,4 % il y a deux trimestres et 3,6 % fin 2015.

C'est évidemment toujours mieux que le 1,9 % du Portugal, qui gagne néanmoins 0,3 point en un trimestre.

Quant à l'Italie, sa croissance continue de décevoir : 0,2 % sur le quatrième trimestre et 1,1 % en glissement annuel.

Mais il y a pire, puisqu'après seulement deux trimestres consécutifs de progression, le PIB grec est déjà reparti à la baisse, reculant de 0,4 % au quatrième trimestre. Son glissement annuel est ainsi tombé de 1,8 % à 0,15 %.

 

La Grèce repart vers la récession.

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Sources : Eurostat, ACDEFI

 

De quoi rappeler que la crise grecque est toujours loin d'être terminée. Il faut donc se préparer à de nouvelles secousses sur les marchés obligataires eurolandais, ainsi que sur l'évolution de la monnaie unique, qui va progressivement atteindre la parité de 1 pour 1 avec le dollar.

 

Production industrielle américaine : retour surprise vers la croissance zéro.

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Sources : BEA, Federal Reserve, ACDEFI

 

Certes, l'économie américaine n'est pas flamboyante, comme en témoigne la baisse surprise de 0,3 % de la production industrielle en janvier. Après avoir rebondi à 0,7 % en décembre, son glissement annuel est retombé à 0 % en janvier.

Autrement dit, à l'instar de ce qui s'observe dans la zone euro, il existe un décalage entre la bonne orientation des données d'enquêtes et la réalité du terrain.

Dès lors, il est à craindre qu'en 2017 la croissance américaine reste proche des 2 % sans pouvoir dépasser les 2,5 %.

Le problème est qu'en dépit de cette croissance relativement molle, l'inflation continue d'augmenter.

Ainsi, en janvier, le glissement annuel des prix à la consommation a atteint 2,5 % aux Etats-Unis, un plus haut depuis mars 2012.

 

L'inflation se tend encore outre-Atlantique et complique la tâche de la Fed.

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Sources : BLS, ACDEFI

 

Parallèlement, le glissement annuel du core CPI, c'est-à-dire l'inflation hors énergie et produits alimentaires, a retrouvé la barre des 2,3 %, qui avait déjà été atteinte en février et août derniers, et dont le précédent dépassement remonte à avril-mai 2012.

Dans la mesure où l'objectif de la Fed est de 2,5 %, on comprend combien la tâche de cette dernière est délicate, entre une croissance économique fragile et une inflation de plus en plus forte.

La Fed va donc faire preuve de « fine tuning » pour limiter l'inflation et éviter une rechute de la croissance. Selon nous, elle devrait augmenter son taux objectif des federal funds à deux reprises d'ici juin prochain, de manière à le porter à 1,25 %. De quoi permettre de renforcer davantage le dollar et limiter l'inflation, sans casser l'activité économique.

 

Marc Touati

Les analyses hebdomadaires
Oui, pour le moment, tout va bien ! Tout va même de mieux en mieux, à en croire certains. Et pour cause : la croissance dans la zone euro et en France n’a jamais été aussi forte depuis 2011 et les créations d’emploi commencent à se multiplier. A tel point que de nombreux instituts de conjoncture annoncent de belles performances économiques pour les trimestres, voire les années, à venir. Magnifique ! Seulement voilà, comme l’expérience nous l’a souvent montré et comme nous n’avons d’ailleurs cessé de l’écrire depuis des années, le consensus a très souvent tort. Autrement dit, c’est lorsque tout le monde pense la même chose qu’il faut commencer à s’inquiéter. Et ce, en particulier lorsque les prévisions du FMI, de la BCE et de la Commission européenne convergent. Il serait par exemple utile de rappeler qu’en 2007 et jusqu’au début 2008, ces trois institutions soulignaient que l’économie eurolandaise se portait à merveilles et lui prévoyaient une croissance soutenue pour 2008-2009. C’est d’ailleurs en partie à cause de ce dynamisme annoncé que la BCE a augmenté ses taux directeurs fin 2007 et jusqu’en juillet 2008. Mieux, dans la plupart de ses rapports de 2006 à 2008, la Commission européenne et le FMI ne cessaient d’encenser la réussite économique de l’Espagne, du Portugal et de la Grèce ! A l’évidence, il aurait été difficile de faire pire. N’ayons pas peur d’aller jusqu’au bout du raisonnement : les prévisions relativement favorables de ces institutions ou encore les affirmations des dirigeants politiques et monétaires européens selon lesquelles il n’y aurait absolument pas de bulle obligataire ni boursière constituent d’excellents indicateurs avancés de ce qui va se produire, mais en sens inverse. Dès lors, si, comme le craignons, la réalité s’avère loin de ces prévisions idylliques, les marchés financiers pourraient sur-réagir et connaître de multiples tempêtes, préfigurant un krach éminemment dangereux. Au-delà de dégonfler les bulles obligataires et boursières qui se sont formées ces dernières années, ce krach clôturerait la fin d’un monde déjà engagée depuis la crise de 2008-2009. Ce nouveau krach pourrait ainsi constituer le « big one » tant redouté sur les marchés. Car si un krach se produit cette année ou en 2018, la croissance mondiale s’effondrera. Or, les autorités monétaires et budgétaires internationales ont déjà utilisé toutes leurs cartouches pour tenter de relancer la machine. D’où une question simple : que se passera-t-il le jour d’après ?