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La France et la zone euro proches du krach obligataire.
ACDEFI - 13 février 2017

Comme nous l'annonçons depuis plusieurs mois, la volatilité s'est non seulement installée sur les marchés financiers, mais ne cesse de s'intensifier.

Ainsi, au gré des déclarations de Donald Trump, des sondages sur l'issue des élections présidentielles françaises, ou encore des annonces du FMI sur l'état de l'économie grecque, les marchés passent de l'euphorie à la déprime et réciproquement.

Une fois encore, il est donc indispensable de garder la tête froide et de faire ses prévisions sur la base des fondamentaux économiques.

Ainsi, au regard de ces derniers, il ne fait aucun doute que les marchés boursiers et obligataires sont surévalués et que des ajustements baissiers sur les cours des actions et haussiers sur les taux des obligations d'Etat vont se produire dans les prochains mois. Et ce d'autant que l'instabilité politique va rester forte.

D'ores et déjà, les taux des obligations des Etats eurolandais ont fortement augmenté au cours des derniers mois, une tension qui s'intensifie depuis quelques semaines.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes : de 1,18 % fin septembre 2016, le taux à dix ans des obligations de l'Etat italien a atteint 2,37 % le 26 février, un plus haut depuis le 6 juillet 2015.

Au Portugal, la note est encore plus salée, puisque le taux dix ans s'est hissé à 4,24 %, un sommet depuis mars 2014.

 

Taux d'intérêt des obligations d'Etat à 10 ans : le Portugal et l'Italie de nouveau dans la tourmente.

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Source : ACDEFI

 

Quant à l'Espagne, si la tension des taux longs demeure moins marquée qu'au Portugal et en Italie, le taux dix ans a tout de même atteint 1,8 %. C'est certes le même niveau qu'en février 2016, mais 0,9 point de plus qu'en septembre dernier.

Le plus troublant est que l'augmentation des taux longs espagnols depuis le plus bas de septembre est inférieure à celle de la France.

L'augmentation du taux dix ans français au cours des cinq derniers mois est effectivement de 1,04 point, ce qui place la France en deuxième position de la plus forte tension obligataire dans la zone euro, juste derrière l'Italie. Il n'y a assurément pas de quoi pavoiser.

 

La France et l'Italie championne d'Europe du « krach obligataire ».

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Source : ACDEFI

 

Avec un niveau du taux d'intérêt de l'OAT à dix ans de 1,14 %, il n'y a certes pas encore péril en la demeure, mais de quoi rappeler que la crédibilité de l'Etat français reste faible et à peine supérieure à celle de l'Etat espagnol.

 

L'Etat français, de moins en moins crédible, commence à inquiéter les investisseurs.

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Source : ACDEFI

 

L'évolution la plus inquiétante réside d'ailleurs dans l'augmentation du différentiel de taux à dix ans entre la France et l'Allemagne.

Alors qu'il était inférieur à 0,25 point à l'automne dernier, ce spread a ainsi dépassé les 0,77 le 6 février, un plus haut depuis le 9 novembre 2012.

 

Le spread France-Allemagne au sommet depuis novembre 2012.

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Source : ACDEFI

 

Là aussi, il n'y a pas, pour le moment de quoi paniquer. Cependant, compte tenu de l'instabilité politique qui s'installe dans l'Hexagone et du risque de forte remontée du déficit public français en 2017, ce spread devrait encore fortement augmenter au cours des prochains mois.

Et pour ceux qui pensent qu'une politique europhobe et/ou de dérapages budgétaire n'aurait que peu d'impact sur les taux longs français, rappelons simplement que lorsque la Grèce était au bord de la sortie de la zone euro, le taux dix ans grec a flambé à près de 40 %. Début 2015, après la victoire de Tsipras, il a également frôlé les 20 %.

 

La Grèce nous rappelle constamment ce qui nous attend en cas de dérapage politique...

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Source : ACDEFI

 

Et d'ailleurs, avec le récent avertissement du FMI sur l'état dramatique de l'économie grecque, le taux dix ans grec est reparti à la hausse, se rapprochant dangereusement des 8 %.

De quoi souligner ce qui pourrait arriver aux pays tentés par des chimères extrémistes et refusant de moderniser leurs structures économiques. A commencer par notre douce France.

Il n'y a donc plus de doute : le krach obligataire a bien commencé dans la zone euro et ne manquera pas de s'intensifier au cours des prochains mois.

Avec un premier test majeur : les élections législatives néerlandaises du 15 mars. Si l'extrême droite l'emporte et a fortiori si elle peut former un gouvernement (ce qui n'est pour le moment pas envisagé), les marchés obligataires mais aussi boursiers devraient connaître de fortes secousses.

 

Marc Touati

 

Les analyses hebdomadaires
Comme nous l’espérions la semaine dernière dans ces mêmes colonnes, le pire a bien été évité lors des élections présidentielles françaises. En effet, le duel « Le Pen - Mélenchon », un temps craint pour le deuxième tour n’aura pas lieu. Ouf ! Certes, le scénario idéal « Macron - Fillon », qui aurait pu déboucher sur un vrai débat d’idées, digne de la sixième puissance économique mondiale, ne se produira pas non plus. Nous aurons donc droit à un duel « Macron - Le Pen », qui, compte tenu de la nette avance de l’ancien ministre de l’économie sur la patronne du Front national lors du premier tour, a rassuré les marchés. Pariant également sur le traditionnel front républicain pour éviter toute mauvaise surprise, ces derniers ont même flambé dans un premier temps. Sur la seule journée du lundi 24 avril, le Cac 40 a ainsi progressé de 4,1 %. Pour autant, comme cela était également très prévisible, le soufflé est très vite retombé. Et pour cause : les exemples du Brexit et de la victoire de Donald Trump nous ont montré qu’il ne fallait surtout pas aller trop vite en besogne. D’ores et déjà les résultats du premier tour des présidentielles françaises sont loin d’être aussi euphoriques qu’ils pourraient apparaître. Tout d’abord, parce qu’environ 50 % des votes se sont portés sur des partis anti-européens, voire pro-Frexit. Encore plus inquiétant, bien loin de la mobilisation qui avait suivi le choc du 21 avril 2002 et finalement consacré une nette victoire de Jacques Chirac sur Jean-Marie Le Pen au second tour, la fille de ce dernier semble faire jeu égal avec le fils spirituel de François Hollande. Pourtant, pour tout esprit normalement constitué, il ne devrait pas y avoir d’équivoque : mieux vaut « Hollande-bis » que le « trou noir » ! Et attention, si Marine Le Pen réussit à passer la barre des 40 %, l’image internationale de la France risque d’en prendre un sacré coup et pour longtemps. Pour éviter d’en arriver là, il serait donc grand temps que les dirigeants politiques français se mobilisent et aussi qu’Emmanuel Macron muscle son discours et son programme...
A suivre du 24 au 28 avril :
- Lundi 24, 10h (heure de Paris) : l’indice IFO du climat des affaires baisse légèrement outre-Rhin, tout en restant à un niveau élevé.
- Mardi 25, 8h45 : les indices INSEE du climat des affaires dans l’industrie et dans l’ensemble des secteurs régressent nettement dans l’Hexagone.
- Mardi 25, 16h : repli modéré de l’indice du Conference Board de confiance des ménages américains, qui se maintient à un niveau très élevé.
- Mercredi 26, 8h45 : l’indice INSEE de confiance des ménages en France perd un point.
- Mercredi 26, 18h : le chômage français augmente légèrement.
- Jeudi 27, 4h : la Banque du Japon maintient son taux de base à - 0,1 %.
- Jeudi 27, 8h : léger repli de l’indice GfK de confiance des consommateurs en Allemagne.
- Jeudi 27, 11h : petite baisse de l’indice de sentiment économique dans la zone euro.
- Jeudi 27, 13h45 : la BCE maintient son taux refi à 0,0 %.
- Jeudi 27, 14h : l’inflation allemande remonte à 1,9 %.
- Jeudi 27, 14h30 : baisse corrective des commandes de biens durables aux Etats-Unis.
- Jeudi 27, 14h30 : quasi-stabilisation du déficit de la balance des marchandises aux Etats-Unis.
- Vendredi 28, 1h30 : l’inflation stagne à 0,3 % au Japon.
- Vendredi 28, 1h30 : le taux de chômage japonais se stabilise à 2,8 %.
- Vendredi 28, 7h30 : le glissement annuel du PIB français retombe à 0,7 % au premier trimestre 2017.
- Vendredi 28, 8h45 : rebond correctif de la consommation des ménages, qui reste très fragile.
- Vendredi 28, 8h45 : l’inflation recule à 1,1 % en France.
- Vendredi 28, 10h30 : la croissance britannique se stabilise à 1,9 % au premier trimestre 2017.
- Vendredi 28, 11h : l’inflation se maintient à 1,5 % dans la zone euro.
- Vendredi 28, 14h30 : la croissance américaine avoisine les 2,5 % au premier trimestre 2017, soit 2,3 % en glissement annuel.
- Vendredi 28, 16h : confirmation de la nette augmentation de l’indice Reuters/Université du Michigan de confiance des consommateurs.