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En 2017, la croissance sera là, mais la volatilité s'intensifiera.
ACDEFI - 09 janvier 2017

Comme nous l'avons annoncé dans notre « humeur », l'année 2017 commence plutôt bien, notamment sous l'angle des enquêtes des directeurs d'achat, qui montrent que la croissance mondiale devrait continuer de s'améliorer au cours des prochains trimestres.

Ainsi, en décembre, l'indice PMI « Monde » a atteint un niveau de 52,7, un plus haut depuis 34 mois !

Certes, deux grandes déceptions ont entaché les enquêtes de décembre. La première concerne l'économie indienne. En effet, la panique qui a suivi la démonétisation des billets de 500 et 1000 roupies a continué de peser à la baisse sur l'activité. Dans l'industrie, l'indice PMI a ainsi plongé de 2,7 points sur un mois, à 49,6. Dans les services, il est resté sous la barre des 50 pour le deuxième mois consécutif, à 46,8.

 

Vent de panique temporaire en Inde.

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Sources : ISI, Markit, ACDEFI

 

S'il n'y a pas encore péril en la demeure, il faut simplement souhaiter que les autorités indiennes vont rapidement régler les problèmes « d'intendance » pour permettre à la croissance de retrouver au plus vite la barre des 7 %, qui reste d'ailleurs notre prévision pour l'année 2017.

Deuxième déception : le Brésil. En effet, en dépit d'une légère amélioration depuis l'automne dernier, les indices des directeurs d'achat sont restés nettement sous la barre des 50, à précisément 45,2 dans l'industrie et 45,1 dans les services.

Néanmoins, compte tenu d'un effet de rattrapage de la faiblesse passée, du niveau favorable du real et de l'amélioration du fonctionnement de l'économie brésilienne, cette dernière devrait progressivement sortir de la récession et enregistrer une croissance annuelle moyenne d'environ 0,5 % en 2017.

 

Le Brésil ne sortira que très lentement de la récession.

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Sources : IBGE, Markit, ACDEFI

 

Bien loin de cette atonie, la Chine a encore surpris par la bonne tenue de ses indices Caixin PMI : + 1 point dans l'industrie, à 51,9 un sommet depuis janvier 2013 et + 0,4 point dans les services, à 53,4 un plus haut depuis juillet 2015. Comme le montre le graphique ci-dessous, la croissance devrait donc bien retrouver puis dépasser assez facilement les 7 %, ce qui, selon nos estimations, se traduira par une croissance annuelle de 7,1 % en 2017.

 

La Chine en route pour au moins 7,1 % de croissance en 2017.

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Sources : NBSC, Caixin, ACDEFI

 

Encore plus incroyable, et aux antipodes des prévisions alarmistes qui ont suivi la victoire de Donald Trump, les indices des directeurs d'achat continuent d'annoncer une croissance américaine de plus en plus forte pour les prochains trimestres. En décembre, les indices ISM ont ainsi atteint 54,7 dans l'industrie manufacturière et 57,2 dans le secteur non-manufacturier. Des niveaux impressionnants qui montrent que la croissance américaine pourrait rapidement dépasser les 2 %.

 

L'année 2017 se présente très bien pour la croissance américaine.

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Sources : BEA, FMI, ACDEFI

 

Dans le sillage de ces deux locomotives, les enquêtes des directeurs d'achat à travers la planète ne cessent de s'améliorer, à quelques exceptions près. Si l'on dénombrait près de 20 pays en récession industrielle il y a moins de six mois, il n'y en a plus que 11 aujourd'hui.

 

De moins en moins de pays en situation de récession industrielle.

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Sources : Markit, ACDEFI

 

Cerise sur le gâteau, la zone euro n'est, pour une fois, pas restée en marge de cette amélioration conjoncturelle. Ainsi, les indices Markit ont atteint des niveaux de 54,9 dans l'industrie et 53,7 dans les services. Avec un niveau de 54,4, l'indice composite atteint désormais un plus haut depuis mai 2011.

Il ne faut cependant pas rêver, puisque, comme le montre le graphique ci-après, cet indicateur avancé de la croissance eurolandaise montre que cette dernière devrait tout juste se stabiliser autour de 1,4 %.

 

Même la zone euro va mieux, mais ne devrait toujours pas faire de miracle en 2017.

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Sources : Eurostat, Markit, ACDEFI

 

Notons simplement que certains pays de l'UEM réaliseront une croissance nettement supérieure, à savoir l'Irlande (3 %), l'Espagne (2,5 %), les Pays-Bas (2,3 %), l'Autriche (1,9 %) et l'Allemagne (1,6 %).

 

A l'exception de la Grèce, tous les principaux pays de la zone euro sont en croissance soutenue.

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Sources : Eurostat, ACDEFI

 

Et comme d'habitude, ce seront la France (avec une croissance d'environ 1 %), l'Italie (0,9 %) et la Grèce (0,2 %) qui tireront la zone euro vers le bas.

Bien différemment, le Royaume-Uni, qui entamera sa procédure de Brexit cette année, continue de narguer ses partenaires européens, en faisant preuve d'une vigueur économique à toute épreuve. Ainsi, outre-Manche, les indices PMI ont encore nettement progressé en décembre : + 1 point dans l'industrie et + 2,5 points dans les services.

Depuis le point bas de juillet dernier, leur progression atteint respectivement 8,8 et 7,9 points ! Leurs niveaux actuels montrent que la croissance britannique pourrait atteindre 2,5 % cette année. Par prudence, nous anticipons néanmoins 2 %.

 

La croissance britannique passe outre le Brexit et pourrait même atteindre 2,5 %.

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Sources : ONS, Markit, ACDEFI

Plus globalement, à l'image de la situation britannique, la prudence doit rester de mise pour l'ensemble de nos prévisions. Et pour cause : de très nombreux risques pèsent sur la stabilité économique et financière internationale et leur matérialisation pourrait affecter l'état de la croissance mondiale.

 

2017 restera une année dangereuse.

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Source : ACDEFI

 

Voilà pourquoi, nous anticipons que la progression de la richesse mondiale (évidemment hors inflation) ne sera « que » 3,3 % en 2017.

 

Le PIB progresse partout, mais la prudence reste de mise.

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Sources : FMI, Prévisions ACDEFI

 

Ce qui ne sera certes pas si mal, mais encore largement insuffisant pour justifier l'envolée récente des bourses et notamment du Dow Jones.

 

Même avec une croissance mondiale de 3,3 %, le Dow Jones reste largement surévalué.

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Sources : FMI, ACDEFI

 

Le graphique ci-dessus confirme bien que depuis trois ans, les performances du Dow Jones sont déconnectées de la réalité économique mondiale. Cet écart s'explique évidemment par le caractère excessivement accommodant des politiques monétaires occidentales, mais aussi tout simplement par la formation d'une bulle.

Et, selon nous, celle-ci finira forcément par se dégonfler en 2017, sans pour autant éclater et générer une récession mondiale. Ouf !

Marc Touati

Les analyses hebdomadaires
Les derniers résultats publiés par la plupart des banques européennes et occidentales au sens large sont particulièrement bons. Pourtant, la récente faillite de Banco Popular en Espagne et son rachat par Santander pour 1 euro symbolique, mais aussi les difficultés aggravées de certaines banques italiennes, sans oublier les 200 milliards d’euros de créances douteuses qui affecteraient encore l’ensemble du système bancaire transalpin nous rappellent que le panorama bancaire européen est loin d’être parfait. En effet, à cause de conditions réglementaires de plus en plus contraignantes, mais aussi de taux d’intérêt obligataires beaucoup trop bas, les banques européennes demeurent fragiles. Pire, avec la concurrence des financements alternatifs, elles sont menacées jusqu’à leur existence même. A tel point que certains, et notamment au sein de la Commission européenne, n’hésitent plus à mettre en garde contre de multiples faillites bancaires au cours des trimestres à venir dans l’ensemble de l’Union. Certes, nous sommes encore loin du marasme qui a suivi la crise des subprimes de 2007 et qui a atteint son paroxysme avec la faillite de Lehman Brothers en 2008. Cependant, ce retour en force des vieux démons de la crise bancaire rappelle que le système bancaire et financier eurolandais reste menacé, notamment par une nouvelle phase d’aggravation des créances douteuses qui pourrait voir le jour dans les prochains trimestres. Après avoir dû constituer des provisions pour créances douteuses du secteur privé, les banques italiennes, françaises, européennes, et mondiales pourraient bien devoir rééditer l’opération, mais, cette fois-ci, pour des créances accordées au secteur public, qu’il s’agisse des obligations d’Etat ou des crédits accordés aux collectivités locales. Or, un tel scénario n’est pour l’instant pas vraiment intégré dans les « stress tests » de la BCE. Sans parler des risques sur les pays émergents et sur la situation géopolitique mondiale. Voilà pourquoi, et même si les banques européennes ont réduit leurs activités dangereuses (et notamment le « property trading », c’est-à-dire la spéculation avec leurs fonds propres) et bénéficient encore d’une politique monétaire extrêmement accommodante, elles restent toujours menacées par une croissance économique trop faible, une dette publique trop élevée et un risque de remontée massive des taux d’intérêt des obligations d’Etat. En conclusion, même si, pour l’instant, la situation apparaît sous contrôle, la probabilité d’une nouvelle crise bancaire demeure élevée. Ce qui signifie qu’après cinq belles années en termes de profits et de valorisation boursière, les banques européennes pourraient connaître quelques trimestres difficiles. En attendant des jours meilleurs… en 2019.