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Dette publique et taux obligataires : attention aux lendemains qui déchantent.
ACDEFI - 26 décembre 2016

Encore un nouveau cadeau de Noël pour l'économie française : après la baisse de l'euro, la croissance miraculeuse de 0,2 % au troisième trimestre, la baisse (certes artificielle) du chômage, le rebond des indicateurs du climat des affaires, sans oublier le soutien permanent la « planche à billets » de la BCE, c'est au tour de la dette publique de créer la bonne surprise.

Ainsi, au troisième trimestre 2016, son poids dans le PIB a atteint 97,6 %, contre 98,5 % au cours du trimestre précédent.

Il ne faudrait cependant pas crier victoire trop vite. D'abord parce que cette réduction s'explique principalement par un effet calendaire et une bonne gestion de la dette par l'Agence France Trésor.

Ensuite, le niveau du deuxième trimestre a été révisée à la hausse, de 0,1 point à 98,5 %.

Ainsi, sur l'ensemble des trois trimestres de l'année 2016, la dette publique représente 97,9 % du PIB, soit 0,9 point de plus qu'en 2015.

Sur l'ensemble de l'année 2016, elle devrait atteindre 98 % du PIB, un nouveau record historique, qui ne permet évidemment pas de pavoiser.

 

Nouveau record historique pour la dette publique française en 2016.

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Sources : INSEE, ACDEFI

 

Parallèlement, il faut noter que l'évolution de la dette publique hexagonale au cours des vingt dernières années a été particulièrement catastrophique.

Et pour cause : elle n'était que de 55,8 % du PIB en 1995, et encore de 67,1 % dix ans plus tard, avec même un léger repli à 64,3 % en 2007, avant le début de la crise des subprimes.

En terme de positionnement au sein de l'Union européenne, la France est ainsi passée de la onzième place en 1995 à la septième en 2005, place qu'elle occupe encore aujourd'hui.

Mais le plus problématique réside dans le fait que sur cette même période, l'Allemagne est passée de la treizième place en 1995 à la huitième en 2005 et à la quatorzième aujourd'hui. Avec des ratios dette publique sur PIB de respectivement : 54,7 %, 67 % et 70,1 %.

En d'autres termes, si la crise a évidemment suscité une augmentation de la dette publique allemande (comme partout d'ailleurs), l'Allemagne a su prendre le taureau par les cornes et maîtriser ses dépenses publiques, tout en générant une croissance plus forte qu'en France.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes : depuis le début 2009 (c'est-à-dire le creux de la crise), le PIB a augmenté de 15,3 % en Allemagne et de 8,5 %. Sur la même période, le ratio dette publique / PIB a baissé de 72,6 % à 70 % outre-Rhin, mais a augmenté de 78,9 % à 98 % en France.

Il y a donc quasiment 30 points de PIB dette publique supplémentaires en France qu'en Allemagne pour presque moitié moins de croissance ! Cherchez l'erreur…

 

Dette publique : la France loin devant l'Allemagne, mais aussi la zone euro.

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Sources : Eurostat, ACDEFI

 

Et il y a malheureusement encore pire. En effet, alors que le ratio dette publique / PIB était inférieur à celui de la zone euro jusqu'en 2012, il est depuis constamment au-dessus, avec un écart qui atteint cette année 7 points de PIB.

On comprend dès lors l'ampleur des dégâts et le décalage de plus en plus flagrant et inquiétant entre une dette publique française dramatique et des taux d'intérêt des obligations d'Etat qui ont certes augmenté ces dernières semaines mais qui restent toujours beaucoup trop bas.

Un rapide regard dans le rétroviseur rappelle d'ailleurs combien les taux obligataires étaient particulièrement anormaux il y a encore trois mois.

 

En septembre 2016, les taux longs étaient complètement fous...

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Source : ACDEFI

 

Et même si une tension logique s'observe depuis quelques semaines, ils demeurent encore toujours anormalement bas. D'autant qu'une légère baisse a été enregistrée ces deux dernières semaines.

 

… Ils le sont moins aujourd'hui, mais restent encore anormalement bas.

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Source : ACDEFI

 

En conclusion, compte tenu d'une dette publique encore beaucoup trop élevée (à l'exception de certains pays tels que l'Allemagne ou les Pays-Bas), et malgré la « morphine » dilapidée par la BCE, les taux des obligations d'Etat vont continuer de se tendre en 2017, en particulier en France.

Les élections législatives aux Pays-Bas en mars, les élections présidentielles françaises en avril-mai et les législatives allemandes à l'automne agiront comme autant de coups de semonce, sans oublier les risques politiques et bancaires italiens et grecs.

Autrement dit : tôt ou tard, il faudra payer la facture. En attendant, passez d'excellentes fêtes de fin d'année. Et Carpe Diem : ce qui est pris n'est plus à prendre…

Marc Touati

Les analyses hebdomadaires
Les derniers résultats publiés par la plupart des banques européennes et occidentales au sens large sont particulièrement bons. Pourtant, la récente faillite de Banco Popular en Espagne et son rachat par Santander pour 1 euro symbolique, mais aussi les difficultés aggravées de certaines banques italiennes, sans oublier les 200 milliards d’euros de créances douteuses qui affecteraient encore l’ensemble du système bancaire transalpin nous rappellent que le panorama bancaire européen est loin d’être parfait. En effet, à cause de conditions réglementaires de plus en plus contraignantes, mais aussi de taux d’intérêt obligataires beaucoup trop bas, les banques européennes demeurent fragiles. Pire, avec la concurrence des financements alternatifs, elles sont menacées jusqu’à leur existence même. A tel point que certains, et notamment au sein de la Commission européenne, n’hésitent plus à mettre en garde contre de multiples faillites bancaires au cours des trimestres à venir dans l’ensemble de l’Union. Certes, nous sommes encore loin du marasme qui a suivi la crise des subprimes de 2007 et qui a atteint son paroxysme avec la faillite de Lehman Brothers en 2008. Cependant, ce retour en force des vieux démons de la crise bancaire rappelle que le système bancaire et financier eurolandais reste menacé, notamment par une nouvelle phase d’aggravation des créances douteuses qui pourrait voir le jour dans les prochains trimestres. Après avoir dû constituer des provisions pour créances douteuses du secteur privé, les banques italiennes, françaises, européennes, et mondiales pourraient bien devoir rééditer l’opération, mais, cette fois-ci, pour des créances accordées au secteur public, qu’il s’agisse des obligations d’Etat ou des crédits accordés aux collectivités locales. Or, un tel scénario n’est pour l’instant pas vraiment intégré dans les « stress tests » de la BCE. Sans parler des risques sur les pays émergents et sur la situation géopolitique mondiale. Voilà pourquoi, et même si les banques européennes ont réduit leurs activités dangereuses (et notamment le « property trading », c’est-à-dire la spéculation avec leurs fonds propres) et bénéficient encore d’une politique monétaire extrêmement accommodante, elles restent toujours menacées par une croissance économique trop faible, une dette publique trop élevée et un risque de remontée massive des taux d’intérêt des obligations d’Etat. En conclusion, même si, pour l’instant, la situation apparaît sous contrôle, la probabilité d’une nouvelle crise bancaire demeure élevée. Ce qui signifie qu’après cinq belles années en termes de profits et de valorisation boursière, les banques européennes pourraient connaître quelques trimestres difficiles. En attendant des jours meilleurs… en 2019.