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L'Oncle Sam et le dollar resteront forts, mais...
ACDEFI - 12 décembre 2016

Dès son élection à la présidence des Etats-Unis, nous avons souligné que Donald Trump pourrait bien devenir le nouveau Ronald Reagan, dont l'Amérique a tant besoin pour retrouver le chemin de la confiance et de la croissance forte.

Même si le contexte international est complètement différent (nous sommes effectivement loin de la guerre froide, du choc pétrolier et du poids économique insignifiant de la Chine qui prévalaient au début des années 1980), les similitudes entre les deux Présidences sont troublantes. Pour faire simple : en 1980, comme en 2016, l'économie américaine était présentée comme déclinante et le Président Reagan, ancien acteur de série B, était généralement perçu comme incompétent, dangereux et symptomatique du déclin de l'Oncle Sam.

Et, pourtant, Reagan réussit l'impensable : sauver les Etats-Unis, notamment en modernisant son économie et en redonnant confiance au peuple américain. Si Donald Trump n'en est évidemment pas encore là, force est de constater que les conjectures catastrophistes avancées lors de sa victoire n'ont pas eu lieu.

Bien au contraire. En effet, la confiance des ménages américains a flambé en novembre et les indices de moral des chefs d'entreprise en ont fait de même.

 

Croissance américaine : retour prochain vers 3 %.

Pour visualiser le graphique, merci de consulter le fichier pdf

Sources : BEA, ISM, ACDEFI

 

Ainsi, sur le seul mois de novembre, les indices ISM des directeurs d'achat ont gagné 1,3 point dans l'industrie et 2,4 points dans le secteur non-manufacturier. Ils atteignent des sommets depuis respectivement juin 2015 et octobre 2015.

Comme le montre le graphique ci-dessus, l'évolution de ces indicateurs avancés de la croissance américaine montre que cette dernière pourrait rapidement retrouver la barre des 3 %.

Cerise sur le gâteau et sans attendre de revenir vers cette performance de croissance, le taux de chômage américain est déjà à son niveau de plein-emploi. En novembre, il a même encore baissé à 4,6 %, un plus bas depuis août 2007, c'est-à-dire avant le début de la crise des subprimes.

Il s'agit d'ailleurs ici de l'une des grandes différences entre l'ère Reagan et l'ère Trump. Et pour cause : en janvier 1980, le taux de chômage était de 6,3 % et il allait même monter à 10,8 % fin 1982. C'est d'ailleurs à ce moment-là que Reagan engagea les réformes les plus courageuses pour l'économie américaine.

 

Le plein-emploi, un atout de poids pour l'économie américaine.

Pour visualiser le graphique, merci de consulter le fichier pdf

Sources : BEA, BLS, ACDEFI

 

Aujourd'hui, la situation est donc très différente, puisque le plein-emploi prévaut, donnant une bonne chance de réussite à la politique de Trump. Le comparatif avec le taux de chômage de la zone euro montre d'ailleurs combien la situation est bien plus compliquée chez nous...

 

Le taux de chômage américain toujours très loin de son homologue eurolandais.

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Sources : BLS, Eurostat, ACDEFI

 

Perspectives de croissance plus soutenues, taux de chômage bien plus faible, confiance bien plus forte. Il n'y a donc pas photo entre l'économie américaine et celle de la zone euro.

Dès lors, les écarts de taux monétaires sont bien partis pour continuer d'augmenter, avec une BCE qui n'a d'autres choix que de maintenir le statu quo et une Réserve fédérale qui va resserrer progressivement son étreinte monétaire.

Autrement dit, tous les ingrédients sont bien présents pour renforcer le dollar, notamment face à l'euro.

 

La dépréciation de l'euro face au dollar est logique et devrait s'aggraver dans les prochains mois.

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Source : ACDEFI

 

Et ce d'autant que le spread de taux obligataires entre les Etats-Unis et l'Allemagne n'a jamais été aussi élevé depuis les années 1990.

 

Un spread de taux longs au plus haut entre les Etats-Unis et l'Allemagne.

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Source : ACDEFI

 

Au-delà de soutenir le dollar, ce spread historique de taux longs montre également qu'une remontée plus nette des taux obligataires eurolandais pourrait se produire.

Celle-ci a d'ailleurs déjà commencé dans les pays du Sud et notamment en Italie, qui est entrée dans une nouvelle crise politique majeure.

 

Le taux à dix ans italien à 2 %, contre 1,5 % en Espagne.

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Source : ACDEFI

 

Autrement dit, si pour le moment, tout semble allait pour le mieux sur les marchés financiers, notamment grâce à la bonne tenue de l'économie américaine, la fragilité de la zone euro pourrait malheureusement réserver de biens mauvaises surprises au cours des prochaines semaines. Attachez vos ceintures…

 

Marc Touati

Les analyses hebdomadaires
Les derniers résultats publiés par la plupart des banques européennes et occidentales au sens large sont particulièrement bons. Pourtant, la récente faillite de Banco Popular en Espagne et son rachat par Santander pour 1 euro symbolique, mais aussi les difficultés aggravées de certaines banques italiennes, sans oublier les 200 milliards d’euros de créances douteuses qui affecteraient encore l’ensemble du système bancaire transalpin nous rappellent que le panorama bancaire européen est loin d’être parfait. En effet, à cause de conditions réglementaires de plus en plus contraignantes, mais aussi de taux d’intérêt obligataires beaucoup trop bas, les banques européennes demeurent fragiles. Pire, avec la concurrence des financements alternatifs, elles sont menacées jusqu’à leur existence même. A tel point que certains, et notamment au sein de la Commission européenne, n’hésitent plus à mettre en garde contre de multiples faillites bancaires au cours des trimestres à venir dans l’ensemble de l’Union. Certes, nous sommes encore loin du marasme qui a suivi la crise des subprimes de 2007 et qui a atteint son paroxysme avec la faillite de Lehman Brothers en 2008. Cependant, ce retour en force des vieux démons de la crise bancaire rappelle que le système bancaire et financier eurolandais reste menacé, notamment par une nouvelle phase d’aggravation des créances douteuses qui pourrait voir le jour dans les prochains trimestres. Après avoir dû constituer des provisions pour créances douteuses du secteur privé, les banques italiennes, françaises, européennes, et mondiales pourraient bien devoir rééditer l’opération, mais, cette fois-ci, pour des créances accordées au secteur public, qu’il s’agisse des obligations d’Etat ou des crédits accordés aux collectivités locales. Or, un tel scénario n’est pour l’instant pas vraiment intégré dans les « stress tests » de la BCE. Sans parler des risques sur les pays émergents et sur la situation géopolitique mondiale. Voilà pourquoi, et même si les banques européennes ont réduit leurs activités dangereuses (et notamment le « property trading », c’est-à-dire la spéculation avec leurs fonds propres) et bénéficient encore d’une politique monétaire extrêmement accommodante, elles restent toujours menacées par une croissance économique trop faible, une dette publique trop élevée et un risque de remontée massive des taux d’intérêt des obligations d’Etat. En conclusion, même si, pour l’instant, la situation apparaît sous contrôle, la probabilité d’une nouvelle crise bancaire demeure élevée. Ce qui signifie qu’après cinq belles années en termes de profits et de valorisation boursière, les banques européennes pourraient connaître quelques trimestres difficiles. En attendant des jours meilleurs… en 2019.