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Les Etats-Unis et la zone euro vont mieux mais la France reste à la traîne.
ACDEFI - 05 décembre 2016

Comme nous le soulignons depuis environ trois mois, de plus en plus de statistiques économiques à travers le monde semble indiquer que la croissance mondiale se porte mieux.

Et ce, souvent contre toute attente. Ainsi, aux Etats-Unis, alors que de nombreux observateurs, qui n'avaient évidemment pas prévu la victoire de Donald Trump et qui, ce faisant, pensaient qu'une forte baisse de la confiance des entreprises et des ménages devraient s'ensuivre, c'est exactement le contraire qui s'est produit.

En effet, non seulement les indices des directeurs d'achat se redressent, et, en plus, les indices de confiance des ménages progressent fortement.

Ainsi, après la nette remontée de l'indice Reuters/Université du Michigan de confiance des ménages en novembre, c'est au tour de l'indice du Conference Board du moral des consommateurs de flamber de 8,5 points sur le seul mois de novembre. Avec un niveau de 107,1, il atteint un plus haut depuis juillet 2007.

Comme le montre le graphique ci-dessous, une telle évolution laisse imaginer une belle progression de la consommation à venir, dont le glissement annuel pourrait rapidement dépasser les 3 %.

 

Les ménages américains saluent la victoire de Donald Trump.

Pour visualiser le graphique, merci de consulter le fichier pdf

Sources : BEA, Conference Board, ACDEFI

 

Même son de cloche du côté des directeurs d'achat. Les indices Markit sont ainsi restés très bien orientés en novembre à 54,1 dans l'industrie et 54,9 dans les services.

Quant à l'indice ISM dans l'industrie manufacturière, il a progressé de 1,3 point en novembre à 53,2, un plus haut depuis juin 2015.

Enfin, l'indice PMI de Chicago a fait un bond de 7 points sur le seul mois de novembre, atteignant un sommet depuis janvier 2015.

 

La croissance américaine pourrait repartir nettement et rapidement.

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Sources : BEA, ISM, ACDEFI

 

Ces évolutions sont évidemment de bon augure, notamment parce que la réussite du programme économique ambitieux de Trump repose principalement sur une adhésion rapide des entreprises et des ménages, qui permettra de relancer la croissance et de financer plus facilement la relance budgétaire.

Même si elle est encore loin du dynamisme économique américain, la zone euro commence aussi à afficher des statistiques favorables.

Ainsi, les indices Markit des directeurs d'achat et ceux de la commission européenne confirment que la croissance eurolandaise va mieux. Elle ne sera certes pas formidable, mais devrait se stabiliser entre 1,5 % et 2 %.

 

La croissance eurolandaise ne fera pas de miracle mais restera proche de 1,7 %.

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Sources : Eurostat, Commission européenne, ACDEFI

 

Pour y parvenir, elle bénéficie d'ailleurs d'un mouvement de légère reflation. Le glissement annuel des prix à la consommation a ainsi atteint 0,6 % en novembre, un plus haut depuis avril 2014. La « planche à billets » de la BCE semble donc enfin porter ses fruits. Mieux vaut tard que jamais…

 

L'inflation eurolandaise au plus haut depuis avril 2014.

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Sources : Eurostat, ACDEFI

 

Parallèlement, le marché du travail de la zone euro est bien en train de connaître une embellie appréciable. En effet, le taux de chômage de la zone euro a encore baissé en octobre, atteignant 9,8 %, un plus bas depuis juillet 2009.

Evidemment, le niveau d'avant-crise (en l'occurrence 7,1 % à l'automne 2008) n'est pas encore retrouvé, mais la décrue est tout de même bien engagée, le taux de chômage ayant baissé de 2,3 points depuis le sommet de 12,1 % de mai 2013.

 

Le chômage eurolandais au plus bas depuis juillet 2009.

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Sources : Eurostat, ACDEFI

 

Encore mieux, soulignons qu'à l'exception de Malte, de Chypre et de la Grèce (dans ce dernier cas, les chiffres d'octobre ne sont pas encore connus), le taux de chômage a baissé dans tous les pays de la zone euro en octobre.

Et, une fois n'est pas coutume, la France est l'un des pays où la baisse du taux de chômage est la plus forte. De 10,2 % en août, ce dernier est ainsi tombé à 9,9 % en septembre et 9,7 % en octobre. De quoi rappeler que les postes de formation pour les jeunes, les radiations et les mesures de « traitement social » du chômage visant à faire passer les chômeurs de la catégorie A (celle prise en compte par Eurostat) vers les autres catégories fonctionnent à merveille.

Sauf malheureusement pour les personnes concernées, qui ne sont certes plus dans les statistiques de l'INSEE et d'Eurostat, mais dont la situation reste très précaire.

 

Le taux de chômage baisse à 9,7 % en France. Un exploit très relatif…

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Sources :Eurostat, ACDEFI

 

D'ailleurs, en dépit de tous les moyens utilisés pour faire baisser le chômage des jeunes, ce dernier reste très élevé en France.

Il remonte même à 25,8 % en octobre, contre 20,7 % en moyenne dans la zone euro et 6,9 % en Allemagne.

 

Toujours près de 26 % de taux de chômage des jeunes en France, loin devant la zone euro et l'Allemagne.

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Sources :Eurostat, ACDEFI

 

Une fois encore, à l'heure où les indicateurs s'améliorent un peu partout dans le monde et dans la zone euro, la France se démarque par la fragilité de sa croissance et de son marché du travail. Vivement que cela change…

 

Marc Touati

Les analyses hebdomadaires
Les derniers résultats publiés par la plupart des banques européennes et occidentales au sens large sont particulièrement bons. Pourtant, la récente faillite de Banco Popular en Espagne et son rachat par Santander pour 1 euro symbolique, mais aussi les difficultés aggravées de certaines banques italiennes, sans oublier les 200 milliards d’euros de créances douteuses qui affecteraient encore l’ensemble du système bancaire transalpin nous rappellent que le panorama bancaire européen est loin d’être parfait. En effet, à cause de conditions réglementaires de plus en plus contraignantes, mais aussi de taux d’intérêt obligataires beaucoup trop bas, les banques européennes demeurent fragiles. Pire, avec la concurrence des financements alternatifs, elles sont menacées jusqu’à leur existence même. A tel point que certains, et notamment au sein de la Commission européenne, n’hésitent plus à mettre en garde contre de multiples faillites bancaires au cours des trimestres à venir dans l’ensemble de l’Union. Certes, nous sommes encore loin du marasme qui a suivi la crise des subprimes de 2007 et qui a atteint son paroxysme avec la faillite de Lehman Brothers en 2008. Cependant, ce retour en force des vieux démons de la crise bancaire rappelle que le système bancaire et financier eurolandais reste menacé, notamment par une nouvelle phase d’aggravation des créances douteuses qui pourrait voir le jour dans les prochains trimestres. Après avoir dû constituer des provisions pour créances douteuses du secteur privé, les banques italiennes, françaises, européennes, et mondiales pourraient bien devoir rééditer l’opération, mais, cette fois-ci, pour des créances accordées au secteur public, qu’il s’agisse des obligations d’Etat ou des crédits accordés aux collectivités locales. Or, un tel scénario n’est pour l’instant pas vraiment intégré dans les « stress tests » de la BCE. Sans parler des risques sur les pays émergents et sur la situation géopolitique mondiale. Voilà pourquoi, et même si les banques européennes ont réduit leurs activités dangereuses (et notamment le « property trading », c’est-à-dire la spéculation avec leurs fonds propres) et bénéficient encore d’une politique monétaire extrêmement accommodante, elles restent toujours menacées par une croissance économique trop faible, une dette publique trop élevée et un risque de remontée massive des taux d’intérêt des obligations d’Etat. En conclusion, même si, pour l’instant, la situation apparaît sous contrôle, la probabilité d’une nouvelle crise bancaire demeure élevée. Ce qui signifie qu’après cinq belles années en termes de profits et de valorisation boursière, les banques européennes pourraient connaître quelques trimestres difficiles. En attendant des jours meilleurs… en 2019.