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Enfin un peu d'espoir, mais...
ACDEFI - 28 novembre 2016

Faites le test : dans une salle plongée dans le noir, la moindre petite étincelle de lumière semble pouvoir illuminer l'ensemble de la pièce.

Ainsi, aujourd'hui, dans un monde occidental en proie au doute, menacé par le terrorisme et a priori condamné à la croissance molle, en particulier en Europe, les rares bonnes nouvelles doivent être mises en exergue.

Ainsi, en novembre, un peu contre toute attente, les indices Markit des directeurs d'achat sont restés très positifs des deux côtés de l'Atlantique.

Dans la zone euro, l'indice PMI dans l'industrie a ainsi gagné 0,6 point en novembre, atteignant un niveau de 54,1, qui constitue un point haut depuis mai 2011.

Parallèlement, l'indice correspondant dans les services a augmenté de 1,3 point en novembre, atteignant également un niveau de 54,1.

 

Les directeurs d'achat de la zone euro retrouvent le sourire.

Pour visualiser le graphique, merci de consulter le fichier pdf

Sources : Eurostat, Markit, ACDEFI

 

Certes, comme le montre le graphique ci-dessus, les niveaux atteints par ces indicateurs avancés de la conjoncture ne laissent pas augurer d'une forte accélération de la croissance économique.

Cependant, ils montrent que cette dernière devrait se stabiliser autour de 1,5 %, voire retrouver prochainement la barre des 2 %. Et ce, d'autant que la récente baisse de l'euro devrait permettre d'améliorer davantage la situation de l'économie eurolandaise.

Il s'agit là de l'un des nombreux effets inattendus de la victoire de Donald Trump. En effet, alors que ce dernier laissait entendre qu'il était favorable à une baisse du dollar, son discours vigoureux en faveur de la croissance américaine a montré que cette dernière pourrait finalement sortir grandie de certaines mesures de la politique du nouveau futur Président américain.

Dès lors, pourtant prête à maintenir durablement le statu quo monétaire, la Fed commence à indiquer qu'elle pourrait assez rapidement remonter son taux objectif des federal funds, alimentant par là même l'appréciation du dollar et la baisse de l'euro.

Sans attendre les effets positifs de cette dépréciation, les indices PMI des principaux pays de la zone euro sont restés bien orientés. Et ce notamment dans les services : 55,0 en Allemagne et 52,6 en France.

Autrement dit, et comme d'habitude depuis 2011, la France est restée en retrait de ses homologues.

 

La situation dans les services s'améliore partout, mais la France reste en retrait.

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Sources : Markit, ACDEFI

 

Du côté de l'industrie, les indices PMI ont légèrement reculé, tout en restant favorables, notamment outre-Rhin. Et là aussi, malheureusement, la France est restée à la traîne : 51,5 contre 54,4. Il n'y vraiment pas photo.

 

L'industrie française reste à la traîne.

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Sources : Markit, ACDEFI

 

Ces écarts se retrouvent également sur le front des enquêtes IFO et INSEE.

En effet, en Allemagne, après avoir gagné 4,3 points en deux mois, l'indice IFO du climat des affaires en a seulement perdu 0,1 en novembre. Avec un niveau de 110,4, il reste ainsi proche de ses sommets de 2014 et 2011, indiquant qu'après la déception du troisième trimestre, la croissance allemande devrait se redresser nettement d'ici le début 2017.

 

L'indice IFO du climat des affaires reste très élevé outre-Rhin.

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Sources : IFO, Destatis, ACDEFI

 

Bien différemment, l'indice INSEE du climat des affaires tous secteurs confondus a stagné en novembre, à un niveau très moyen, en l'occurrence 102, soit seulement 2 point au-dessus de sa moyenne de long terme.

Comme le montre le graphique ci-après, cette évolution confirme que la croissance française devrait rester molle et osciller autour de 1,2 % dans le meilleur des cas.

 

1,2 %, un sommet pour la croissance française, tant en 2016 qu'en 2017.

Pour visualiser le graphique, merci de consulter le fichier pdf

Sources : INSEE, ACDEFI

 

La prévision du gouvernement d'une croissance de 1,4 % en 2016 (donc révisée à la baisse de 0,1 point par rapport à sa version précédente) paraît ainsi hors d'atteinte. Et ce d'autant qu'au sortir du troisième trimestre, l'acquis de croissance du PIB français n'est que de 1,1 %.

Dès lors pour atteindre le fameux 1,4 %, il faudrait que le PIB français augmente de 0,9 % au quatrième trimestre. Une performance qui n'a été atteinte ou dépassée qu'à trois reprises depuis 2000 : au premier trimestre 2000, au premier trimestre 2004 et au premier trimestre 2011.

Pour notre part, nous continuons de tabler sur une progression du PIB de 0,2 % au quatrième trimestre, ce qui se traduira par une croissance annuelle de 1,2 % sur l'ensemble de l'année 2016, soit 0,4 point de moins que dans la zone euro et 0,5 point en-deçà du niveau allemand.

Si l'espoir est donc bien de retour dans la zone euro, la situation de l'économie française ne permet malheureusement pas de « s'envoler »…

 

Marc Touati

Les analyses hebdomadaires
Les derniers résultats publiés par la plupart des banques européennes et occidentales au sens large sont particulièrement bons. Pourtant, la récente faillite de Banco Popular en Espagne et son rachat par Santander pour 1 euro symbolique, mais aussi les difficultés aggravées de certaines banques italiennes, sans oublier les 200 milliards d’euros de créances douteuses qui affecteraient encore l’ensemble du système bancaire transalpin nous rappellent que le panorama bancaire européen est loin d’être parfait. En effet, à cause de conditions réglementaires de plus en plus contraignantes, mais aussi de taux d’intérêt obligataires beaucoup trop bas, les banques européennes demeurent fragiles. Pire, avec la concurrence des financements alternatifs, elles sont menacées jusqu’à leur existence même. A tel point que certains, et notamment au sein de la Commission européenne, n’hésitent plus à mettre en garde contre de multiples faillites bancaires au cours des trimestres à venir dans l’ensemble de l’Union. Certes, nous sommes encore loin du marasme qui a suivi la crise des subprimes de 2007 et qui a atteint son paroxysme avec la faillite de Lehman Brothers en 2008. Cependant, ce retour en force des vieux démons de la crise bancaire rappelle que le système bancaire et financier eurolandais reste menacé, notamment par une nouvelle phase d’aggravation des créances douteuses qui pourrait voir le jour dans les prochains trimestres. Après avoir dû constituer des provisions pour créances douteuses du secteur privé, les banques italiennes, françaises, européennes, et mondiales pourraient bien devoir rééditer l’opération, mais, cette fois-ci, pour des créances accordées au secteur public, qu’il s’agisse des obligations d’Etat ou des crédits accordés aux collectivités locales. Or, un tel scénario n’est pour l’instant pas vraiment intégré dans les « stress tests » de la BCE. Sans parler des risques sur les pays émergents et sur la situation géopolitique mondiale. Voilà pourquoi, et même si les banques européennes ont réduit leurs activités dangereuses (et notamment le « property trading », c’est-à-dire la spéculation avec leurs fonds propres) et bénéficient encore d’une politique monétaire extrêmement accommodante, elles restent toujours menacées par une croissance économique trop faible, une dette publique trop élevée et un risque de remontée massive des taux d’intérêt des obligations d’Etat. En conclusion, même si, pour l’instant, la situation apparaît sous contrôle, la probabilité d’une nouvelle crise bancaire demeure élevée. Ce qui signifie qu’après cinq belles années en termes de profits et de valorisation boursière, les banques européennes pourraient connaître quelques trimestres difficiles. En attendant des jours meilleurs… en 2019.