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Etats-Unis et marchés financiers : Risky business…
ACDEFI - 14 novembre 2016

Pour le moment, tout va bien. Comme nous l'avons explicité dans notre « Humeur », Trump déjoue tous les pronostics : il a été élu Président alors que 99 % des sondages le donnaient perdant jusqu'au jour de l'élection, il n'a pas généré de panique boursière, comme on pouvait logiquement s'y attendre et il semble susciter l'adhésion des principaux dirigeants politiques de la planète, à l'exception de celui de la France.

Pour couronner le tout, il paraît prêt à adoucir ses mesures protectionnistes et miser surtout sur la baisse des impôts et le lancement de grands travaux pour relancer la croissance américaine, ce qui finira forcément par rejaillir sur l'ensemble de l'économie mondiale.

Le seul problème est que si Trump est très fort, il n'est pas pour autant magicien. Autrement dit, il va devoir composer avec les fondamentaux économiques des Etats-Unis qui ne sont pas formidables...

Tout d'abord, il ne faut pas oublier que le cycle de croissance américain est à bout de souffle. En effet, depuis la dernière récession, 35 trimestres se sont écoulés. Or, dans l'histoire économique contemporaine des Etats-Unis, le record de longévité d'un cycle est de 42 trimestres (du premier trimestre 1980 au deuxième de 1990, la fameuse « ère Reagan »).

En d'autres termes, la prochaine récession américaine aura vraisemblablement lieu avant deux ans.

 

Le cycle de croissance des Etats-Unis est déjà à bout de souffle.

Pour visualiser le graphique, merci de consulter le fichier pdf

Sources : BEA, Calculs ACDEFI

 

D'ores et déjà, en dépit d'une légère amélioration au troisième trimestre 2016, la croissance américaine montre des signes de fragilité, notamment sur le front de l'investissement des entreprises. Le glissement annuel de ce dernier a même atteint - 1,2 % au troisième trimestre 2016, un plus bas depuis le premier trimestre 2010.

Or, si l'investissement des entreprises flanche, l'emploi ne tarde pas à régresser, entraînant les revenus et la consommation des ménages dans son sillage.

 

La croissance américaine apparaît fragile.

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Sources : BEA, ACDEFI

 

Ensuite, il est important de rappeler que les comptes publics de l'Oncle Sam sont loin d'être euphoriques. Et pour cause : le déficit public avoisine les 4 % du PIB et la dette publique les 106 %.

Cela signifie que la marge de manœuvre de relance budgétaire est particulièrement mince.

 

L'état des comptes publics ne permet pas d'engager une forte relance budgétaire.

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Sources : US Bureau of Public Debt, ACDEFI

 

Dès lors, si la croissance forte ne revient pas très vite, les relances fiscales et budgétaires de Trump risquent de générer une flambée du déficit et de la dette. Dans ce cadre, les investisseurs pourraient délaisser quelque peu les obligations d'Etat, dont les taux d'intérêt finiraient alors par nettement augmenter.

Cette tension ne manquera évidemment pas de peser à la baisse sur l'investissement et la consommation, donc d'affaiblir la croissance et l'emploi.

Certes, la Fed pourra agir pour éviter le pire. Mais là aussi, les marges de manœuvre sont exsangues. En effet, le taux objectif des federal funds n'est que de 0,5 %, et ce n'est pas en le ramenant à 0 % que la croissance pourra fortement remonter.

De même, si la Fed pourra certainement actionner de nouveau la « planche à billets », son impact économique risque de s'avérer limiter, comme l'a montré le faible soutien qu'à produit la dernière phase de « quantitative easing ».

 

La marge de manœuvre de la Fed reste particulièrement faible.

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Sources : BEA, ACDEFI

 

En fait, pour réussir son coup, Trump doit rapidement parvenir à redonner confiance aux Américains. Ce faisant, la baisse des impôts sur les entreprises et les ménages pourra très vite se transformer en croissance, alimentant les caisses de l'Etat et permettant de limiter le déficit public, rendant par là même plus aisé l'engagement de la politique de grands travaux.

La réussite de la relance de Trump est donc possible mais demeure difficile.

De plus, si le nouveau Président a pour le moment mis de côté ses velléités protectionnistes, rien ne dit qu'il ne reviendra pas rapidement sur ce chemin glissant.

En conclusion, dans la mesure où de nombreux risques menacent l'avenir de l'économie américaine et de la planète, il faut se préparer à une forte volatilité des marchés boursiers et obligataires.

 

Finalement, les marchés aiment Trump…

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Source : ACDEFI

 

De plus, dans le sillage de la relance Trump et du probable soutien de la Fed, le dollar risque de se déprécier, engendrant mécaniquement une appréciation excessive de l'euro. Cela ne manquera évidemment pas de freiner la croissance de la zone euro qui est déjà particulièrement fragile.

En d'autres termes et comme d'habitude, la zone euro risque de devenir le dindon de la farce... Et pas seulement pour Thanksgiving…

 

Marc Touati

Les analyses hebdomadaires
Les derniers résultats publiés par la plupart des banques européennes et occidentales au sens large sont particulièrement bons. Pourtant, la récente faillite de Banco Popular en Espagne et son rachat par Santander pour 1 euro symbolique, mais aussi les difficultés aggravées de certaines banques italiennes, sans oublier les 200 milliards d’euros de créances douteuses qui affecteraient encore l’ensemble du système bancaire transalpin nous rappellent que le panorama bancaire européen est loin d’être parfait. En effet, à cause de conditions réglementaires de plus en plus contraignantes, mais aussi de taux d’intérêt obligataires beaucoup trop bas, les banques européennes demeurent fragiles. Pire, avec la concurrence des financements alternatifs, elles sont menacées jusqu’à leur existence même. A tel point que certains, et notamment au sein de la Commission européenne, n’hésitent plus à mettre en garde contre de multiples faillites bancaires au cours des trimestres à venir dans l’ensemble de l’Union. Certes, nous sommes encore loin du marasme qui a suivi la crise des subprimes de 2007 et qui a atteint son paroxysme avec la faillite de Lehman Brothers en 2008. Cependant, ce retour en force des vieux démons de la crise bancaire rappelle que le système bancaire et financier eurolandais reste menacé, notamment par une nouvelle phase d’aggravation des créances douteuses qui pourrait voir le jour dans les prochains trimestres. Après avoir dû constituer des provisions pour créances douteuses du secteur privé, les banques italiennes, françaises, européennes, et mondiales pourraient bien devoir rééditer l’opération, mais, cette fois-ci, pour des créances accordées au secteur public, qu’il s’agisse des obligations d’Etat ou des crédits accordés aux collectivités locales. Or, un tel scénario n’est pour l’instant pas vraiment intégré dans les « stress tests » de la BCE. Sans parler des risques sur les pays émergents et sur la situation géopolitique mondiale. Voilà pourquoi, et même si les banques européennes ont réduit leurs activités dangereuses (et notamment le « property trading », c’est-à-dire la spéculation avec leurs fonds propres) et bénéficient encore d’une politique monétaire extrêmement accommodante, elles restent toujours menacées par une croissance économique trop faible, une dette publique trop élevée et un risque de remontée massive des taux d’intérêt des obligations d’Etat. En conclusion, même si, pour l’instant, la situation apparaît sous contrôle, la probabilité d’une nouvelle crise bancaire demeure élevée. Ce qui signifie qu’après cinq belles années en termes de profits et de valorisation boursière, les banques européennes pourraient connaître quelques trimestres difficiles. En attendant des jours meilleurs… en 2019.