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Le « monde émergent » émergé, les « pays développés » immergés.
ACDEFI - 17 octobre 2016

Un des changements les plus marquants de ces dernières années est aussi la pierre angulaire de la fin d'un monde : depuis 2008, les pays dits « développés » représentent moins de 50 % de la richesse annuelle mondiale. Jusqu'au début des années 1990, leur poids dans le PIB planétaire était encore d'environ 64 %. Il est tombé à 46,3 % en 2010 puis à 42 % en 2015-2016, et pourrait atteindre 39 % à partir de 2020 selon les projections du FMI (en données harmonisées et mesurées en parités de pouvoir d'achat).

 

Les pays développés représenteront bientôt moins de 40 % du PIB mondial.

Pour visualiser le tableau, merci de consulter le fichier pdf

Sources : FMI, ACDEFI

 

Comme le montre le tableau ci-dessus, la zone développée qui a connu la plus grosse baisse de son poids dans le PIB mondial est malheureusement la zone euro. En 1990, cette dernière représentait ainsi 21 % du PIB planétaire, contre seulement 11,9 % aujourd'hui.

Sur la même période, le poids des Etats-Unis a également régressé, mais dans une moindre mesure puisqu'il est passé de 22,1 % à 15,8 %.

A l'inverse, le pays qui a connu la plus forte progression de son poids dans le PIB mondial est la Chine, celui-ci passant de 4,1 % en 1990 à 17,1 % en 2015 et bientôt 20 %.

L'Inde n'est certes pas en reste, mais son poids atteindra « seulement » 8,5 % du PIB mondial en 2020, contre 3,7 % en 1990.

Compte tenu de ses récents déboires, le Brésil ne parvient plus à suivre le reste du monde émergent, son poids dans le PIB planétaire passant de 3,7 % en 1990 à 2,8 % en 2015 et au mieux 2,4 % en 2020.

Au total, les pays développés ne sont plus les locomotives de la croissance mondiale depuis le début des années 2000, et leur contribution ne cesse de s'étioler. Depuis une quinzaine d'années, les pays dits « émergents » réalisent environ 80 % de la croissance internationale.

Pour autant, il faut noter que, les arbres ne montant pas au ciel, les pays émergents connaissent également une phase de ralentissement depuis quelques années.

Ainsi, de 2000 à 2015, la croissance annuelle moyenne de ces pays était de 5,9 %, dont 7,9 % pour les pays émergents d'Asie, contre 3,9 % pour la planète, 1,8 % pour les pays développés et 1,2 % pour la zone euro.

 

De 2000 à 2015, le PIB mondial progressait de 3,9 % par an.

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Sources : FMI, ACDEFI

 

De 2008 à 2015, les pays développés ont complètement décroché. La croissance annuelle moyenne de leur PIB n'a été que de 1 %, avec une mention spéciale pour les trois lanternes rouges : 0,4 % en France, 0,2 % au Japon et 0,1 % dans la zone euro.

Dans le même temps, la dynamique des pays émergents a également ralenti, mais dans une moindre mesure : 7,4 % pour les pays de l'Asie émergente et 5,2 % pour l'ensemble du monde émergent.

Grâce à cette résistance, la croissance planétaire moyenne a pu rester appréciable à 3,2 %, soit néanmoins 0,3 point de moins que son niveau depuis 1980.

 

Depuis 2008, les pays développés décrochent, le monde émergent résiste.

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Sources : FMI, ACDEFI

 

Mais, sans la vigueur des pays émergents, la chute aurait été bien plus marquée.

Et pourtant ! En dépit de ces évolutions imparables, les dirigeants des pays dits « riches » n'arrivent toujours pas à conceptualiser la nouvelle donne mondiale. Encore dernièrement, le président français a osé annoncer que le ralentissement de la croissance en Chine et dans de nombreux pays émergents n'aurait quasiment pas d'impact sur la croissance des pays occidentaux, et notamment sur celle de la France. Quel manque de discernement ! Quel déni de réalité !

Jusqu'à la fin des années 1990, lorsque les pays développés éternuaient, les pays émergents s'enrhumaient, voire attrapaient la grippe. Depuis les années 2000, c'est exactement le contraire. En 2008-2009, pour la première fois dans l'histoire contemporaine, le monde développé a sombré dans une grave récession tandis que la sphère émergente a continué de croître. Pour 2016 et 2017, il en sera de même, dans la mesure où de nombreux pays émergents disposent de marges de manœuvre importantes pour relancer la machine (notamment d'un point de vue budgétaire et monétaire), alors que les pays riches ont déjà utilisé toutes leurs cartouches.

De plus, n'oublions pas que la puissance économique des pays émergents leur a également conféré un poids financier qui transparaît, notamment à travers des réserves de changes pléthoriques.

 

Les réserves de changes restent pléthoriques dans le monde émergent et notamment en Chine.

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Sources : Banques centrales, ACDEFI

 

Ces pays bénéficient aussi de l'assise colossale de leurs fonds souverains. Ces véritables fonds d'État, qui gèrent des excédents publics, sont généralement le produit de rentes – le pétrole pour les pays du Golfe, par exemple –, d'excédents commerciaux – des entreprises publiques chinoises, par exemple – ou encore, très rarement, d'excédents de comptes publics.

Si l'on ajoute les sommes colossales récoltées dans les fonds privés, on obtient environ 5 000 milliards de dollars disponibles pour le seul monde émergent. Loin de subir le diktat des pays développés, les émergents sont en train de devenir les créanciers de leurs « aînés ». Tel est le revers de la médaille de la mondialisation.

Au niveau des entreprises occidentales, dont la valeur a été injustement abaissée par la crise, ou au niveau des États, le besoin de fonds prêtables et/ou d'investisseurs est énorme. Or, qui dispose encore de liquidités aujourd'hui ? Les fonds souverains et les fonds privés du monde émergent. Lorsque l'on voit comment la Grèce et la France ont ouvert la porte, l'une à la Chine, et l'autre au Qatar, on se pose des questions. Évidemment, à court terme, tout le monde est content : les pays en recherche de liquidités – notamment pour financer leurs excès de dette – et les pays en quête de bonnes affaires. Seulement voilà, à moyen terme, ces « échanges » se traduiront forcément par une perte d'indépendance pour les pays débiteurs. Dans la gestion des conflits à venir, les Chinois ou les Qataris seront certainement beaucoup moins conciliants que les Américains ou les Allemands au cours des trente dernières années…

Marc Touati

Les analyses hebdomadaires
L'année 2017 n'est pas encore terminée qu'il nous faut déjà penser à 2018. En effet, pour beaucoup de banques, d'entreprises et d'investisseurs au sens large, 2017 est presque du passé et tous les espoirs, mais aussi toutes les inquiétudes sont portés sur 2018. Certes, comme nous l'annoncions il y a un an et encore au début de cette année, 2017 a été une année « correcte ». Et pour cause : la Chine ne s'est pas effondrée, comme beaucoup le prévoyaient, les pays émergents ont retrouvé des couleurs, notamment en Amérique Latine, les Etats-Unis et la zone euro ont bien résisté. A tel point que la croissance mondiale a gagné quelques dixièmes de point. En effet, selon nos estimations, après avoir légèrement reculé à 3,2 % en 2016, cette dernière devrait atteindre 3,4 % cette année. Elle sera donc appréciable, mais encore inférieure à sa moyenne de long terme (en l’occurrence 3,5 %). Pour y parvenir, elle sera notamment aidée par les performances honorables mais toujours non-euphoriques des Etats-Unis et de la zone euro, à savoir 2,1 %, contre respectivement 1,5 % et 1,8 % en 2016. Quant à 2018, selon nos prévisions, la croissance mondiale atteindra 3,1 %, un plus bas depuis 2009. Des prévisions qui, soulignons-le encore, restent optimistes, dans la mesure où elles supposent que de nouveaux risques ne viendront pas les contrecarrer. Parmi ceux-ci, citons notamment un conflit avec la Corée du Nord, un krach boursier et obligataire mondial, une forte instabilité politique européenne, qui pourrait notamment être provoquée par une issue défavorable des élections législatives italiennes, mais aussi par un capharnaüm sociétal en Catalogne et par là même dans l’Espagne entière, sans oublier les risques de dérapages sociaux toujours présents dans l’Hexagone. Dans le même temps, une crise de la dette privée en Chine, de nouveaux dérapages liés au Brexit et bien sûr et malheureusement, des risques d'attentats et de crises géopolitiques demeurent des dangers majeurs qui pourraient affaiblir la croissance mondiale. En conclusion, n'en déplaise aux marchés boursiers qui continuent de se voiler la face, 2018 sera forcément bien plus difficile que 2017.
A suivre du 23 au 27 octobre :
- Lundi 23, 16h (heure de Paris) : légère baisse de la confiance des ménages dans la zone euro.
- Mardi 24, 1h30 (heure de Paris) : baisse sensible de l’indice Nikkei Markit des directeurs d’achat au Japon.
- Mardi 24, 8h45 : les indices INSEE du climat des affaires dans l’industrie et dans l’ensemble des secteurs régressent dans l’Hexagone.
- Mardi 24, de 9h à 10h : repli des indices Markit des directeurs d’achat en France, en Allemagne et dans la zone euro, tant dans l’industrie que dans les services.
- Mardi 24, 15h45 : légère baisse des indices Markit dans l’industrie manufacturière et dans les services aux Etats-Unis.
- Mardi 24, 18h : le chômage français augmente encore mais plus modérément.
- Mercredi 25, 10h : l’indice IFO du climat des affaires recule de nouveau légèrement outre-Rhin.
- Mercredi 25, 10h30 : la croissance britannique reste molle au troisième trimestre.
- Mercredi 25, 14h30 : recul correctif des commandes de biens durables en septembre.
- Jeudi 26, 8h : léger repli de l’indice GfK de confiance des consommateurs en Allemagne.
- Jeudi 26, 10h : le glissement annuel des prêts privés régresse légèrement dans la zone euro.
- Jeudi 26, 13h45 : la BCE maintient son taux refi à 0 % et prépare les esprits à la réduction du « quantitative easing ».
- Vendredi 27, 1h30 : l’inflation repart à la baisse au Japon.
- Vendredi 27, 8h45 : l’indice INSEE de confiance des ménages en France perd encore deux points.
- Vendredi 27, 14h30 : la croissance américaine ralentit vers les 2,5 % en rythme annualisé au troisième trimestre.
- Vendredi 27, 16h : révision baissière de l’indice Reuters/Université du Michigan de confiance des consommateurs.