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Trump ou Clinton ? L'économie américaine est déjà dans l'œil du cyclone.
ACDEFI - 20 septembre 2016

Alors que les marchés restent obnubilés par la politique monétaire américaine, ils ont oublié que le principal danger qui les menace n'est pas le niveau des taux directeurs de la Fed, mais l'ampleur du ralentissement de l'économie américaine, qui pourrait être bien plus grave qu'escompté. D'ores et déjà, les comptes nationaux du deuxième trimestre ont indiqué que l'investissement des entreprises reculait notablement, compromettant le cercle vertueux de croissance « investissement-emploi-consommation ».

 

La baisse de l'investissement des entreprises outre-Atlantique a de quoi inquiéter.

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Sources : BEA, ACDEFI

 

Parallèlement, comme nous l'avons vu la semaine dernière dans cette même rubrique, les derniers indices ISM des directeurs d'achat montrent que l'activité industrielle se replie et que la croissance dans les services est au plus bas depuis le début 2010.

 

La rechute de la production industrielle n'augure rien de bon.

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Sources : BEA, Federal Reserve, ACDEFI

 

Cette semaine, les statistiques américaines de production industrielle et de ventes au détail ont enfoncé le clou.

En effet, comme le montre le graphique précédent, la rechute de 0,4 % de la production industrielle en août se traduit par un repli de son glissement annuel à - 1,1 %. Ce qui n'augure évidemment rien de bon pour l'évolution à venir du PIB. Déjà à seulement + 1,2 % au deuxième trimestre, son glissement annuel pourrait ainsi encore reculer au troisième. Dans le même temps, la baisse de 0,3 % des ventes au détail en août indique qu'après un petit rebond au deuxième trimestre, la consommation des ménages devrait encore ralentir au cours des trimestres suivants. Le premier moteur de l'économie américaine est donc bien en phase de décélération durable. Et ce d'autant que, hors automobile, les ventes au détail ont enregistré leur deuxième mois consécutif de recul.

 

La baisse des ventes au détail annonce une décélération de la consommation des ménages.

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Sources : BEA, Census Bureau, ACDEFI

 

Dans ce contexte de ralentissement aggravé, et sauf comportement suicidaire peu probable, il est donc clair que la Fed ne pourra pas remonter son taux objectif des federal funds avant longtemps. Les marchés boursiers américains en ont évidemment profité pour retrouver le sourire. Et pour cause : ces derniers ont compris qu'ils vont encore rester sous morphine monétaire pendant encore plusieurs mois.

Ce qu'ils oublient néanmoins c'est que la morphine apaise la douleur, mais ne guérit pas le malade. Autrement dit, le statu quo durable de la Fed est une bombe à retardement qui n'explosera que lorsque le PIB américain repartira à la baisse et que la Réserve fédérale ne pourra rien faire pour le redresser, si ce n'est un énième « quantitative easing », qui ne produira que des effets très limité sur l'activité économique.

 

A cause d'une politique trop attentiste, la Fed ne pourra pas relancer la machine lors de la prochaine crise…

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Sources : BEA, ACDEFI

 

C'est dans ce contexte très compliqué que les Américains vont devoir choisir un(e) nouveau(elle) Président(e). Ce qui ne va évidemment pas arranger la situation de l'économie américaine, déjà fragile.

En fait, aussi bizarre que cela puisse paraître, les programmes économiques de Donald Trump et d'Hilary Clinton ne sont pas si différents qu'on pourrait l'imaginer.

Certes, le premier veut renégocier les traités de libre-échange, tandis que la seconde veut les prolonger sans condition. De même, M. Trump annonce une réduction massive des impôts, notamment pour les entreprises, tandis que Mme Clinton veut augmenter les impôts « sur les plus riches ».

 

Le programme économique de Trump est-il dangereux ?

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Sources : Parti républicain américain, ACDEFI

 

Mais à l'exception de ces différences, évidemment notables, les deux candidats à la Maison Blanche se retrouvent sur deux points. D'une part, leur volonté d'engager un vaste programme d'investissements en infrastructures. D'autre part, un grand flou en ce qui concerne le financement de cette relance.

 

Le programme économique de Clinton ne fait pas rêver…

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Sources : Parti démocrate américain, ACDEFI

 

Le problème majeur de ces deux programmes réside donc dans le fait que les Etats-Unis n'ont absolument plus de marge de manœuvre de relance, ni monétaire, et encore moins sur le front budgétaire.

 

 

L'héritage budgétaire d'Obama sera difficile à digérer...

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Sources : BEA, FMI, ACDEFI

 

A la différence du second mandat de Bill Clinton et des premiers mandats de Georges W. Bush et de Barack Obama qui ont pu bénéficier des efforts budgétaires réalisés au préalable, l'héritage d'Obama rend quasiment impossible toute forte relance de l'économie américaine en 2017.

Dans ce cadre, quelle que soit l'issue des élections présidentielles du 8 novembre, la croissance des Etats-Unis restera modérée en 2017 (autour de 1,4 % selon nos prévisions), ce qui limitera la marche des affaires internationales, et par là même les performances des marchés boursiers.

 

Marc Touati

Les analyses hebdomadaires
Les derniers résultats publiés par la plupart des banques européennes et occidentales au sens large sont particulièrement bons. Pourtant, la récente faillite de Banco Popular en Espagne et son rachat par Santander pour 1 euro symbolique, mais aussi les difficultés aggravées de certaines banques italiennes, sans oublier les 200 milliards d’euros de créances douteuses qui affecteraient encore l’ensemble du système bancaire transalpin nous rappellent que le panorama bancaire européen est loin d’être parfait. En effet, à cause de conditions réglementaires de plus en plus contraignantes, mais aussi de taux d’intérêt obligataires beaucoup trop bas, les banques européennes demeurent fragiles. Pire, avec la concurrence des financements alternatifs, elles sont menacées jusqu’à leur existence même. A tel point que certains, et notamment au sein de la Commission européenne, n’hésitent plus à mettre en garde contre de multiples faillites bancaires au cours des trimestres à venir dans l’ensemble de l’Union. Certes, nous sommes encore loin du marasme qui a suivi la crise des subprimes de 2007 et qui a atteint son paroxysme avec la faillite de Lehman Brothers en 2008. Cependant, ce retour en force des vieux démons de la crise bancaire rappelle que le système bancaire et financier eurolandais reste menacé, notamment par une nouvelle phase d’aggravation des créances douteuses qui pourrait voir le jour dans les prochains trimestres. Après avoir dû constituer des provisions pour créances douteuses du secteur privé, les banques italiennes, françaises, européennes, et mondiales pourraient bien devoir rééditer l’opération, mais, cette fois-ci, pour des créances accordées au secteur public, qu’il s’agisse des obligations d’Etat ou des crédits accordés aux collectivités locales. Or, un tel scénario n’est pour l’instant pas vraiment intégré dans les « stress tests » de la BCE. Sans parler des risques sur les pays émergents et sur la situation géopolitique mondiale. Voilà pourquoi, et même si les banques européennes ont réduit leurs activités dangereuses (et notamment le « property trading », c’est-à-dire la spéculation avec leurs fonds propres) et bénéficient encore d’une politique monétaire extrêmement accommodante, elles restent toujours menacées par une croissance économique trop faible, une dette publique trop élevée et un risque de remontée massive des taux d’intérêt des obligations d’Etat. En conclusion, même si, pour l’instant, la situation apparaît sous contrôle, la probabilité d’une nouvelle crise bancaire demeure élevée. Ce qui signifie qu’après cinq belles années en termes de profits et de valorisation boursière, les banques européennes pourraient connaître quelques trimestres difficiles. En attendant des jours meilleurs… en 2019.