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L'inquiétude revient un peu partout, sauf au Royaume-Uni, mais surtout dans la zone euro et en France.
ACDEFI - 05 septembre 2016

Au lendemain du vote des Britanniques en faveur du Brexit, nous annoncions, notamment dans ces mêmes colonnes, que cette décision malheureuse serait finalement plus coûteuse dans la zone euro et en France qu'au Royaume-Uni.

A l'époque, on nous riait souvent au nez, d'aucuns annonçant même que le Brexit serait une grande chance pour l'économie française et qu'il permettrait notamment de transférer la City de Londres à Paris. Que d'inepties…

Ainsi, cette semaine, les indicateurs Markit des directeurs d'achat dans l'industrie du mois d'août ont confirmé notre prévision. En effet, alors que ces indices font état d'un net ralentissement dans la zone euro et même d'une récession en France, ils annoncent un fort rebond de l'activité au Royaume-Uni.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 51,7 dans la zone euro, 48,3 en France, mais 53,3 au Royaume-Uni. Qui l'eut cru ?

 

La France et la zone euro plongent, mais le Royaume-Uni s'envole. Etonnant, non ?

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Sources : Markit, ACDEFI

 

De même, alors qu'outre-Manche, l'indice CBI relatif à l'activité dans le commerce de distribution a flambé de 23 points en août, la consommation des ménages français a connu son quatrième mois consécutif de baisse.

La recette britannique est simple : croissance structurelle forte (2,5 %, contre 0,8 % en France et dans la zone euro), dépréciation de la livre sterling pour doper les exportations et le tourisme, annonce d'une baisse de la fiscalité, notamment sur les entreprises et l'investissement au sens large, de manière à inciter celles-ci et les investisseurs à ne pas quitter le Royaume-Uni, voire à s'y installer.

Autrement dit, nous persistons et signons : oui, compte tenu d'une croissance structurelle trop faible, d'une pression fiscale trop élevée et de rigidités trop fortes sur son marché du travail, l'économie française souffrira bien plus que le Royaume-Uni au cours des mois et des trimestres à venir.

D'ores et déjà, comme cela s'observe d'ailleurs depuis plusieurs trimestres, la France reste la lanterne rouge de la zone euro.

 

La France, toujours bonne dernière de la zone euro, même si l'Italie se rapproche.

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Sources : Markit, ACDEFI

 

Notons, au passage, que l'industrie italienne est repassée en territoire négatif et que son homologue espagnole commence également à ralentir significativement.

Plus globalement, l'ensemble de la zone euro est aussi en phase de ralentissement et son taux de chômage a cessé de baisser.

 

Zone euro : la croissance ralentit et le chômage stagne.

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Sources : Eurostat, ACDEFI

 

Dès lors, dans la mesure où la décélération de l'économie eurolandaise est appelée à se poursuivre, il est clair que le taux de chômage de la zone euro restera incapable de rejoindre le niveau des Etats-Unis. Au moins pendant une bonne dizaine d'années.

 

Taux de chômage eurolandais : tomber au niveau américain est devenu impossible.

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Sources : Eurostat, BLS, ACDEFI

 

Et là aussi, la France se distingue par ses contre-performances, puisque son taux de chômage a augmenté de 0,2 point en juillet, repassant au-dessus de celui de la zone euro, à respectivement 10,3 %, contre 10,1 %.

 

Taux de chômage : la France repasse devant la zone euro et reste bien sûr loin devant l'Allemagne et le Royaume-Uni.

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Sources : Eurostat, ACDEFI

 

En fait, en juillet, on ne recense que deux pays de la zone euro dans lesquels le taux de chômage augmente : la Lituanie et la France.

Après le retour probable de la récession, ce triste résultat rappelle combien le bilan de M. Macron est loin d'être formidable...

 

Dans le même temps, alors qu'en 2016 le gouvernement français va consacrer au moins deux milliards d'euros pour proposer des formations aux jeunes, de manière à les faire sortir des statistiques du chômage de catégorie A, le taux de chômage des moins de 25 ans reste proche des 25 % (24,4 % précisément en juillet).

 

Taux de chômage des moins de 25 ans : en dépit des « formations jeunes », la France a quasiment rejoint le Portugal.

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Sources : Eurostat, ACDEFI

 

Il n'est plus qu'à 1,9 point de son homologue portugais, alors que l'écart entre ces deux taux de chômage était de 15 points en février 2013 et d'encore près de 8 points fin 2015.

Le pire est que la situation de l'économie française est toujours très loin de pouvoir s'arranger, non seulement car elle va entrer dans une phase d'attentisme pré-électoral, mais aussi car la croissance mondiale va demeurer relativement molle au cours des prochains trimestres.

C'est notamment ce qu'indique la baisse des indicateurs d'achat dans l'industrie tant en Chine qu'aux Etats-Unis.

L'industrie chinoise est toujours convalescente.

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Sources : NBSC, Caixin, ACDEFI

 

En Chine, après une nette remontée en juillet à 50,6, l'indice Markit Caixin des directeurs d'achat dans l'industrie est reparti à la baisse retrouvant la barre fatidique des 50. De quoi confirmer que l'industrie chinoise reste anémiée et pour le moment incapable de retrouver le chemin de la croissance forte.

Encore plus inquiétant et surtout plus inattendu, l'indice ISM des directeurs d'achat dans l'industrie américaine a nettement rechuté en août, repassant même sous la barre des 50, à 49,4 précisément.

 

L'industrie américaine rechute.

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Sources : BEA, ISM, ACDEFI

 

S'il n'y a pour l'instant par péril en la demeure, ce recul montre que la croissance américaine reste très fragile et ne pourra guère dépasser 1,4 % tant cette année que l'an prochain. Avec en ligne de mire une baisse du PIB américain pour la fin 2016 ou le début 2017… Please fasten your seatbelts…

Marc Touati

Les analyses hebdomadaires
Les derniers résultats publiés par la plupart des banques européennes et occidentales au sens large sont particulièrement bons. Pourtant, la récente faillite de Banco Popular en Espagne et son rachat par Santander pour 1 euro symbolique, mais aussi les difficultés aggravées de certaines banques italiennes, sans oublier les 200 milliards d’euros de créances douteuses qui affecteraient encore l’ensemble du système bancaire transalpin nous rappellent que le panorama bancaire européen est loin d’être parfait. En effet, à cause de conditions réglementaires de plus en plus contraignantes, mais aussi de taux d’intérêt obligataires beaucoup trop bas, les banques européennes demeurent fragiles. Pire, avec la concurrence des financements alternatifs, elles sont menacées jusqu’à leur existence même. A tel point que certains, et notamment au sein de la Commission européenne, n’hésitent plus à mettre en garde contre de multiples faillites bancaires au cours des trimestres à venir dans l’ensemble de l’Union. Certes, nous sommes encore loin du marasme qui a suivi la crise des subprimes de 2007 et qui a atteint son paroxysme avec la faillite de Lehman Brothers en 2008. Cependant, ce retour en force des vieux démons de la crise bancaire rappelle que le système bancaire et financier eurolandais reste menacé, notamment par une nouvelle phase d’aggravation des créances douteuses qui pourrait voir le jour dans les prochains trimestres. Après avoir dû constituer des provisions pour créances douteuses du secteur privé, les banques italiennes, françaises, européennes, et mondiales pourraient bien devoir rééditer l’opération, mais, cette fois-ci, pour des créances accordées au secteur public, qu’il s’agisse des obligations d’Etat ou des crédits accordés aux collectivités locales. Or, un tel scénario n’est pour l’instant pas vraiment intégré dans les « stress tests » de la BCE. Sans parler des risques sur les pays émergents et sur la situation géopolitique mondiale. Voilà pourquoi, et même si les banques européennes ont réduit leurs activités dangereuses (et notamment le « property trading », c’est-à-dire la spéculation avec leurs fonds propres) et bénéficient encore d’une politique monétaire extrêmement accommodante, elles restent toujours menacées par une croissance économique trop faible, une dette publique trop élevée et un risque de remontée massive des taux d’intérêt des obligations d’Etat. En conclusion, même si, pour l’instant, la situation apparaît sous contrôle, la probabilité d’une nouvelle crise bancaire demeure élevée. Ce qui signifie qu’après cinq belles années en termes de profits et de valorisation boursière, les banques européennes pourraient connaître quelques trimestres difficiles. En attendant des jours meilleurs… en 2019.