Accueil > Economic World > Bourses et taux obligataires : les mystères de l'été…
Bourses et taux obligataires : les mystères de l'été…
ACDEFI - 22 août 2016

Après un été 2015 de forte tempête boursière dans le sillage de la crise chinoise, les marchés ont retrouvé le sourire au cours de l'été 2016.

Pourtant, tout avait bien mal commencé avec le vote en faveur du Brexit. Sur la seule journée du 24 juin, le Cac 40 chutait ainsi de 8 %, avant de perdre encore 3 % le 27 juin. Mais ce fut finalement plus de peur que de mal, puisque dès le 8 août, le Cac 40 a dépassé son niveau du 23 juin.

Notons néanmoins qu'il ne parvient plus à retrouver ses précédents sommets et demeurent coincé dans l'intervalle « 3800-4500 » que nous avions annoncé il y a environ deux ans.

Si le Cac 40 apparaît certes relativement surévalué mais néanmoins sous-contrôle, d'autres indices connaissent des évolutions beaucoup plus démentielles. A commencer par le Dow Jones. En effet, après une baisse de 4,8 % les 24 et 27 juin derniers, l'indice phare de la bourse américaine a très vite repris le chemin de la hausse vertigineuse. Mieux, dès le 14 juillet, il est repassé au-dessus de la barre des 18 500 points, cumulant les records historiques, et culminant même à 18 636 le 15 août.

Autrement dit, en dépit des dangers économiques, financiers, terroristes et géopolitiques, ou encore de la faible efficacité de la politique monétaire des deux côtés de l'Atlantique, les marchés boursiers avancent tête baissée.

 

Le Cac 40 reste coincé entre 3800 et 4500, mais le Dow Jones s'envole dangereusement...

Source : ACDEFI

 

Soyons sérieux : cette flambée aveugle et inextinguible (en particulier pour le Dow Jones) commence à devenir vraiment inquiétante. En effet, elle ne fait que correspondre à une bulle, entretenue par des banques centrales excessivement accommodantes et qui manquent de plus en plus de discernement.

Les investisseurs boursiers restent donc sous dépendance d'un excès de morphine et ne parviennent plus à voir la réalité en face.

Mais il faudra bien se réveiller un jour et cela risque forcément d'être brutal. En d'autres termes, les marchés boursiers ne connaîtront pas de « soft landing » et resteront au contraire affectés par des mouvements de plus en plus violents tant à la baisse qu'à la hausse.

Moins volatils mais tout aussi incompréhensibles, les taux d'intérêt des obligations d'Etat ont continué leur descente historique, qui s'apparente davantage à une descente aux enfers qu'à un moteur de croissance.

 

 

Taux d'intérêt des obligations d'Etat : de plus en plus bas, de plus en plus fous.

Source : ACDEFI

 

En effet, depuis le 14 juin dernier, le taux d'intérêt à 10 ans du Bund allemand est négatif. Quant à son homologue français, il se situe autour de 0,1 % depuis la fin juillet. Mieux, ou plutôt pire, les taux d'intérêt de l'Etat français sont négatifs jusqu'aux échéances de 9 ans. Enorme !

A la rigueur, si le « flight to quality » vers les obligations allemandes peut en partie se comprendre (sans pour autant justifier des taux négatifs), la faiblesse des taux longs français défie l'entendement.

Certes, la planche à billets de la BCE produit ses effets pernicieux (cf. notre « humeur » de cette semaine). Pour autant, ce mouvement ahurissant fait complétement l'impasse sur les risques économiques, politiques et sociétaux qui ne cessent de peser sur la France. Sans oublier une dette publique de bientôt 100 % du PIB, et un déficit public qui sera nettement supérieur aux objectifs gouvernementaux.

Mais, non, tous ces éléments tangibles et dangereux sont effacés du cerveau des investisseurs, qui préfèrent donc continuer de planer sous les effets des drogues hallucinogènes distribuées à l'envi par la BCE.

Et il y a encore plus fort. En effet, bien loin d'intégrer les risques qui pèsent sur les banques italiennes et sur la stabilité politique de notre partenaire transalpin, le taux à dix ans de la dette publique italienne a atteint un plus bas de 1,029 %. Son taux d'intérêt à cinq ans n'est que de 0,15 % et ses taux sont négatifs jusqu'à l'échéance de 3 ans.

 

Un taux dix ans de 1 % en Italie et 0,9 % en Espagne. Incredibile !

Sources : Eurostat, ACDEFI

 

Toujours plus haut sur l'échelle de la magie, les taux d'intérêt des obligations de l'Etat espagnol sont négatifs jusqu'à l'échéance de quatre ans et son taux à dix ans n'est que de 0,89 %.

En fait, il n'y a finalement que la Grèce et le Portugal qui présentent des taux d'intérêt obligataires relativement normaux (et encore !) : 2,8 % pour le taux dix ans portugais et 8,1 % pour son homologue grec.

 

A part au Portugal et en Grèce, les taux d'intérêt des obligations d'Etat défient l'entendement.

Sources : Eurostat, ACDEFI

 

Cela doit donc nous rappeler que les investisseurs ne sont pas encore complètement fous et qu'ils finiront forcément par retrouver leurs esprits.

Cela signifie que tôt ou tard, les taux d'intérêt des obligations des autres Etats eurolandais finiront par remonter nettement.

Le problème est que, compte tenu des niveaux actuels, même si le taux de l'OAT à 10 ans retrouve la barre de 1 %, ce qui restera donc très faible, cela constituera tout de même un krach obligataire. Avec toutes les conséquences négatives que cela suppose sur la stabilité financière mais aussi sur la croissance et le chômage.

Alors, Messieurs les investisseurs, continuez de rêver si vous le souhaitez, mais préparez-vous tout de même à un réveil douloureux.

 

Marc Touati

Les analyses hebdomadaires
Les derniers résultats publiés par la plupart des banques européennes et occidentales au sens large sont particulièrement bons. Pourtant, la récente faillite de Banco Popular en Espagne et son rachat par Santander pour 1 euro symbolique, mais aussi les difficultés aggravées de certaines banques italiennes, sans oublier les 200 milliards d’euros de créances douteuses qui affecteraient encore l’ensemble du système bancaire transalpin nous rappellent que le panorama bancaire européen est loin d’être parfait. En effet, à cause de conditions réglementaires de plus en plus contraignantes, mais aussi de taux d’intérêt obligataires beaucoup trop bas, les banques européennes demeurent fragiles. Pire, avec la concurrence des financements alternatifs, elles sont menacées jusqu’à leur existence même. A tel point que certains, et notamment au sein de la Commission européenne, n’hésitent plus à mettre en garde contre de multiples faillites bancaires au cours des trimestres à venir dans l’ensemble de l’Union. Certes, nous sommes encore loin du marasme qui a suivi la crise des subprimes de 2007 et qui a atteint son paroxysme avec la faillite de Lehman Brothers en 2008. Cependant, ce retour en force des vieux démons de la crise bancaire rappelle que le système bancaire et financier eurolandais reste menacé, notamment par une nouvelle phase d’aggravation des créances douteuses qui pourrait voir le jour dans les prochains trimestres. Après avoir dû constituer des provisions pour créances douteuses du secteur privé, les banques italiennes, françaises, européennes, et mondiales pourraient bien devoir rééditer l’opération, mais, cette fois-ci, pour des créances accordées au secteur public, qu’il s’agisse des obligations d’Etat ou des crédits accordés aux collectivités locales. Or, un tel scénario n’est pour l’instant pas vraiment intégré dans les « stress tests » de la BCE. Sans parler des risques sur les pays émergents et sur la situation géopolitique mondiale. Voilà pourquoi, et même si les banques européennes ont réduit leurs activités dangereuses (et notamment le « property trading », c’est-à-dire la spéculation avec leurs fonds propres) et bénéficient encore d’une politique monétaire extrêmement accommodante, elles restent toujours menacées par une croissance économique trop faible, une dette publique trop élevée et un risque de remontée massive des taux d’intérêt des obligations d’Etat. En conclusion, même si, pour l’instant, la situation apparaît sous contrôle, la probabilité d’une nouvelle crise bancaire demeure élevée. Ce qui signifie qu’après cinq belles années en termes de profits et de valorisation boursière, les banques européennes pourraient connaître quelques trimestres difficiles. En attendant des jours meilleurs… en 2019.