Accueil > Economic World > Croissance eurolandaise : la France et l'Italie tirent vers le bas, l'Allemagne et l'Espagne vers le haut.
Croissance eurolandaise : la France et l'Italie tirent vers le bas, l'Allemagne et l'Espagne vers le haut.
ACDEFI - 16 août 2016

Comme nous l'annoncions la semaine dernière dans nos prévisions hebdomadaires, au deuxième trimestre 2016, le PIB a bien augmenté de 0,4 % en Allemagne et de 0,3 % dans la zone euro.

Dans le même temps, l'augmentation de 0,7 % du PIB espagnol et la baisse de 0,04 % du PIB français ont été confirmées, montrant une nouvelle fois que la France traîne la zone euro vers le bas, tandis que l'Allemagne et l'Espagne la tirent vers le haut.

 

L'Allemagne reste la locomotive de la zone euro, la France l'une de ses lanternes rouges.

Pour visualiser le graphique, merci de consulter le fichier pdf

Sources : Destatis, INSEE, ACDEFI

 

Et malheureusement, la nouvelle baisse de la production industrielle français en juin (- 0,8 % sur un mois et - 1,3 % en glissement annuel, un plus bas depuis novembre 2014) montre que le glissement annuel du PIB français reste encore étrangement sous-évalué et devrait donc nettement baisser au troisième trimestre.

 

France : la croissance française a définitivement mangé son pain blanc.

Pour visualiser le graphique, merci de consulter le fichier pdf

Sources : INSEE, ACDEFI

 

Piètre réconfort pour la France, la croissance zéro a également fait son grand retour en Italie, seulement un an et demi après l'avoir quittée. Conséquence logique, le glissement annuel du PIB transalpin passe de 1 % au premier trimestre à 0,7 % au deuxième.

Même punition en Autriche, mais avec un glissement annuel de 1,3 %. En fait, à l'exception de l'Espagne, de Chypre, des Pays-Bas et de la Belgique (avec des progressions trimestrielles de respectivement 0,7 % pour les deux premiers, puis 0,6 % et 0,5 %), tous les pays de la zone euro enregistrent des variations du PIB inférieures à 0,5 %. Le seul pays subissant une baisse est la France, une « performance » dont elle se serait bien passée…

 

L'Espagne toujours en tête, la France est le seul pays de la zone euro où le PIB baisse au deuxième trimestre.

Pour visualiser le tableau, merci de consulter le fichier pdf

Sources : Eurostat, ACDEFI

 

La progression du PIB de la zone euro dans son ensemble est ainsi confirmée à 0,3 % sur un trimestre et 1,6 % en glissement annuel.

C'est certes un peu mieux qu'aux Etats-Unis, mais toujours trop faible pour permettre l'avènement d'un véritable cercle vertueux « investissement-emploi-consommation ».

D'ailleurs, les derniers indicateurs avancés montrent que le rythme de croissance eurolandais devrait encore régresser au cours des prochains trimestres.

 

La croissance eurolandaise ralentit et ce n'est malheureusement pas terminé.

Pour visualiser le graphique, merci de consulter le fichier pdf

Sources : Eurostat, ACDEFI

 

De plus, à l'image de l'Italie, de l'Autriche et de la France, d'autres pays ont subi de nouvelles déconvenues. A commencer par le Portugal. Son PIB a certes progressé de 0,2 % au deuxième trimestre, mais cela s'est traduit par une diminution de son glissement annuel à seulement 0,8 %, un plus bas depuis le quatrième trimestre 2014.

 

Bien loin de l'Espagne, l'Italie et le Portugal ralentissent nettement.

Pour visualiser le graphique, merci de consulter le fichier pdf

Sources : Eurostat, ACDEFI

 

Quant à la Grèce, si son PIB a augmenté de 0,3 % au deuxième trimestre, son glissement annuel reste négatif à - 0,7 %, un cas unique dans l'UEM.

 

La Grèce toujours en souffrance.

Pour visualiser le graphique, merci de consulter le fichier pdf

Sources : Eurostat, ACDEFI

 

Au total, force est de constater qu'à l'exception de l'Allemagne et de l'Espagne, la zone euro et la plupart de ses membres (notamment la France) restent extrêmement fragilisés et devraient subir un troisième trimestre encore plus difficile que le précédent.

 

Marc Touati

Les analyses hebdomadaires
Les derniers résultats publiés par la plupart des banques européennes et occidentales au sens large sont particulièrement bons. Pourtant, la récente faillite de Banco Popular en Espagne et son rachat par Santander pour 1 euro symbolique, mais aussi les difficultés aggravées de certaines banques italiennes, sans oublier les 200 milliards d’euros de créances douteuses qui affecteraient encore l’ensemble du système bancaire transalpin nous rappellent que le panorama bancaire européen est loin d’être parfait. En effet, à cause de conditions réglementaires de plus en plus contraignantes, mais aussi de taux d’intérêt obligataires beaucoup trop bas, les banques européennes demeurent fragiles. Pire, avec la concurrence des financements alternatifs, elles sont menacées jusqu’à leur existence même. A tel point que certains, et notamment au sein de la Commission européenne, n’hésitent plus à mettre en garde contre de multiples faillites bancaires au cours des trimestres à venir dans l’ensemble de l’Union. Certes, nous sommes encore loin du marasme qui a suivi la crise des subprimes de 2007 et qui a atteint son paroxysme avec la faillite de Lehman Brothers en 2008. Cependant, ce retour en force des vieux démons de la crise bancaire rappelle que le système bancaire et financier eurolandais reste menacé, notamment par une nouvelle phase d’aggravation des créances douteuses qui pourrait voir le jour dans les prochains trimestres. Après avoir dû constituer des provisions pour créances douteuses du secteur privé, les banques italiennes, françaises, européennes, et mondiales pourraient bien devoir rééditer l’opération, mais, cette fois-ci, pour des créances accordées au secteur public, qu’il s’agisse des obligations d’Etat ou des crédits accordés aux collectivités locales. Or, un tel scénario n’est pour l’instant pas vraiment intégré dans les « stress tests » de la BCE. Sans parler des risques sur les pays émergents et sur la situation géopolitique mondiale. Voilà pourquoi, et même si les banques européennes ont réduit leurs activités dangereuses (et notamment le « property trading », c’est-à-dire la spéculation avec leurs fonds propres) et bénéficient encore d’une politique monétaire extrêmement accommodante, elles restent toujours menacées par une croissance économique trop faible, une dette publique trop élevée et un risque de remontée massive des taux d’intérêt des obligations d’Etat. En conclusion, même si, pour l’instant, la situation apparaît sous contrôle, la probabilité d’une nouvelle crise bancaire demeure élevée. Ce qui signifie qu’après cinq belles années en termes de profits et de valorisation boursière, les banques européennes pourraient connaître quelques trimestres difficiles. En attendant des jours meilleurs… en 2019.