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France et zone euro : ça ne va déjà plus mieux...
ACDEFI - 27 juin 2016

Avant même la catastrophe du Brexit, les indicateurs avancés de la conjoncture en France et dans la zone euro ont indiqué que la rechute avait déjà commencé. Au grand dam des dirigeants politiques hexagonaux. Sur ce point, il faut d'ailleurs reconnaître que depuis 2010, l'Exécutif français n'a pas lésiné sur le vocabulaire de la reprise. Ce fut d'abord « la crise est finie » employé par Nicolas Sarkozy de 2010 à 2012 et repris ensuite par François Hollande dès l'été 2012. Malheureusement, à cause d'une politique fiscale trop restrictive, la croissance est retombée à 0 % à la fin 2012 et au début 2013. Qu'à cela ne tienne, dès l'été 2013, c'était au tour de « la reprise est là » d'inonder les discours présidentiels. Une fois encore en vain.

Mais ce n'est pas tout, puisque l'alignement des planètes de l'année 2015 a donné une nouvelle chance à la « reprise », permettant à notre Cher Président de lancer un nouveau slogan depuis quelques mois, en l'occurrence « ça va mieux ! ».

Seulement voilà, quand la pluie s'installe et que le ciel bleu ne veut pas revenir, il n'y a pas grand-chose à faire... Ainsi, sans véritable surprise pour ceux qui suivent nos prévisions, les derniers indicateurs avancés de l'économie française ont confirmé que la petite reprise technique de la fin 2015 était déjà terminée.

En effet, en dépit du surplus de dépenses liées à l'Euro 2016 et certainement à cause des blocages et des grèves en tous genres, les indices Markit des directeurs d'achat ont fortement chuté en juin.

 

PIB français : Attention à la chute !

Pour visualiser le graphique, merci de consulter le fichier pdf

Sources : INSEE, Markit, ACDEFI

 

Dans l'industrie, après déjà trois mois consécutifs sous la barre des 50 (qui, rappelons-le, marque la frontière ente la progression et le recul de l'activité), cet indicateur avancé de la croissance a encore perdu 0,5 point en juin. Avec un niveau de 47,9, il se situe à un plus bas depuis février 2015, c'est-à-dire juste avant le fameux « alignement des planètes ».

Dans les services, après deux mois de rebond timide au-dessus des 50, l'indice PMI est repassé sous cette barre en juin, à précisément 49,9.

S'il n'y a encore rien de dramatique (quoique…), l'évolution de ces deux indices montre que, sauf nouveau coup de baguette magique de l'INSEE (il est vrai toujours possible), le glissement annuel du PIB français devrait s'effondrer et revenir assez rapidement vers 0 %.

Encore plus grave, ce nouvel accès de faiblesse tranche avec la résistance de l'économie allemande. Ainsi, bien loin de la dégringolade française, l'indice Markit dans l'industrie allemande a augmenté de 2,3 points en juin. Avec un niveau de 54,4, il atteint même un plus haut depuis février 2014 et se situe 6,5 points au-dessus de son homologue hexagonal. Au cours de la dernière décennie, un tel écart n'a été dépassé qu'à cinq reprises.

 

Activité industrielle : la France n'a quasiment jamais été aussi loin de l'Allemagne depuis dix ans.

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Sources : Markit, ACDEFI

 

Si l'écart d'activité est moindre dans les services (en l'occurrence 3,3 points), l'indice Markit reste encore au-dessus des 50 en Allemagne, à précisément 53,2, soit tout de même une baisse de deux points sur le seul mois de juin.

 

Services : l'Allemagne s'essouffle mais reste encore loin devant de la France.

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Sources : Markit, ACDEFI

 

Pour ne rien arranger, les enquêtes INSEE de juin dans l'Hexagone ont également dénoté une forte baisse de l'activité dans l'industrie et les services. Au total, l'indice INSEE du climat des affaires tous secteurs confondus a retrouvé la barre des 100, c'est-à-dire sa moyenne de long terme qui correspond à une croissance annuelle du PIB d'environ 0,7 %.

 

Les enquêtes INSEE annoncent également un net repli de l'activité en France.

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Source : INSEE, ACDEFI

 

Dans ce cadre, nous sommes confortés dans notre prévision de croissance annuelle du PIB français d'environ 1,2 % sur 2016, ce qui augure d'au moins un trimestre de baisse ou de stagnation du PIB. Compte tenu de la forte incertitude et de la tempête financière engendrées par le Brexit, nous pourrions même revoir encore à la baisse cette prévision au cours des prochaines semaines.

D'où une question « essentielle » : à présent que « ça ne va plus mieux », que vont bien pouvoir trouver les communicants de l'Elysée pour relancer non pas la croissance, mais la méthode Coué ?

En attendant, si l'Allemagne réussit tant bien que mal à tirer la zone euro vers le haut, la France contribue à l'entraîner vers le bas.

 

La zone euro souffre aussi.

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Sources : Eurostat, Markit, ACDEFI

 

En effet, si l'indice Markit a progressé de 1,1 point dans l'industrie, il a reculé de 0,9 point dans les services. L'indice composite recule ainsi de 0,3 point, à 52,8, soit seulement 0,1 point de mieux que le point bas de février 2016, qui est lui-même un plancher depuis février 2015.

Dans ce cadre, et comme le montre le graphique ci-dessus, le glissement annuel du PIB eurolandais devrait continuer de ralentir pour terminer l'année 2016 autour de 0,7 %, voire encore moins compte tenu des conséquences néfastes du Brexit.

Marc Touati

Les analyses hebdomadaires
Les derniers résultats publiés par la plupart des banques européennes et occidentales au sens large sont particulièrement bons. Pourtant, la récente faillite de Banco Popular en Espagne et son rachat par Santander pour 1 euro symbolique, mais aussi les difficultés aggravées de certaines banques italiennes, sans oublier les 200 milliards d’euros de créances douteuses qui affecteraient encore l’ensemble du système bancaire transalpin nous rappellent que le panorama bancaire européen est loin d’être parfait. En effet, à cause de conditions réglementaires de plus en plus contraignantes, mais aussi de taux d’intérêt obligataires beaucoup trop bas, les banques européennes demeurent fragiles. Pire, avec la concurrence des financements alternatifs, elles sont menacées jusqu’à leur existence même. A tel point que certains, et notamment au sein de la Commission européenne, n’hésitent plus à mettre en garde contre de multiples faillites bancaires au cours des trimestres à venir dans l’ensemble de l’Union. Certes, nous sommes encore loin du marasme qui a suivi la crise des subprimes de 2007 et qui a atteint son paroxysme avec la faillite de Lehman Brothers en 2008. Cependant, ce retour en force des vieux démons de la crise bancaire rappelle que le système bancaire et financier eurolandais reste menacé, notamment par une nouvelle phase d’aggravation des créances douteuses qui pourrait voir le jour dans les prochains trimestres. Après avoir dû constituer des provisions pour créances douteuses du secteur privé, les banques italiennes, françaises, européennes, et mondiales pourraient bien devoir rééditer l’opération, mais, cette fois-ci, pour des créances accordées au secteur public, qu’il s’agisse des obligations d’Etat ou des crédits accordés aux collectivités locales. Or, un tel scénario n’est pour l’instant pas vraiment intégré dans les « stress tests » de la BCE. Sans parler des risques sur les pays émergents et sur la situation géopolitique mondiale. Voilà pourquoi, et même si les banques européennes ont réduit leurs activités dangereuses (et notamment le « property trading », c’est-à-dire la spéculation avec leurs fonds propres) et bénéficient encore d’une politique monétaire extrêmement accommodante, elles restent toujours menacées par une croissance économique trop faible, une dette publique trop élevée et un risque de remontée massive des taux d’intérêt des obligations d’Etat. En conclusion, même si, pour l’instant, la situation apparaît sous contrôle, la probabilité d’une nouvelle crise bancaire demeure élevée. Ce qui signifie qu’après cinq belles années en termes de profits et de valorisation boursière, les banques européennes pourraient connaître quelques trimestres difficiles. En attendant des jours meilleurs… en 2019.