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Royaume-Uni - Zone euro : 5 - 1.
ACDEFI - 20 juin 2016

Dire qu'en 1999, Tony Blair claironnait que la participation de son pays à l'euro n'était qu'une question d'années… « Commencez sans nous disait-il, nous vous rejoindrons très rapidement… ». Non seulement, il n'en a rien été, mais surtout le Royaume-Uni peut se targuer d'afficher des résultats économiques bien plus favorables que ceux de la zone euro et de la plupart de ses membres, notamment la France.

Ainsi, du premier trimestre 2000 au premier trimestre 2016, le PIB réel a augmenté de 32,6 % au Royaume-Uni, contre 20,9 % en France et 18,3 % dans la zone euro.

 

PIB réel depuis 2000 : le Royaume-Uni loin devant la France et la zone euro.

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Sources : Eurostat, ACDEFI

 

Les écarts de variation du PIB par habitant à prix constants depuis 1980 sont encore plus conséquents : + 93 % outre-Manche, contre + 69,4 % dans la zone euro et + 55,7 % en France.

 

PIB par habitant : près de 40 points d'écart entre la France et le Royaume-Uni de 1980 à 2016.

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Sources : FMI, ACDEFI

 

Il faut d'ailleurs noter que le véritable décrochage de la zone euro et surtout de la France s'est produit à partir de 2000. A cette date, l'évolution du PIB par habitant français était même supérieure à celle de la zone euro. Aujourd'hui, l'écart de croissance atteint 14 points. Autrement dit, si la zone euro est perdante vis-à-vis du Royaume-Uni, c'est en grande partie à cause de la France…

Encore plus douloureux pour nous Français : l'évolution du classement mondial du PIB par habitant en dollars courants depuis 1995. A l'époque, la France était 12ème et le Royaume-Uni 18ème. Aujourd'hui, la France est tombée à la 22ème place, tandis que le Royaume-Uni est monté à la 14ème. Cherchez l'erreur…

Mais malheureusement, il y a encore pire. En l'occurrence l'évolution du chômage. Ainsi, en données harmonisées par Eurostat, le taux de chômage britannique est actuellement de 5 %, contre 10,2 % dans la zone euro et 9,9 % en France (hors DOM TOM).

 

Le taux de chômage britannique reste très inférieur à ceux de la France et de la zone euro.

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Sources : BEA, Federal Reserve, ACDEFI

 

Cet écart est tout aussi dramatique sur le front du chômage des jeunes. Ainsi, le taux de chômage des moins de 25 ans est légèrement inférieur à 13 % au Royaume-Uni, contre 21 % dans la zone euro et près de 24 % dans l'Hexagone.

Or, au plus fort de la dernière crise, il faut savoir que le taux de chômage des Britanniques de moins de 25 ans était quasiment identique à ceux de leurs homologues français et eurolandais. En septembre 2011, il est même passé au-dessus, à précisément 22,3 % contre 21,4 % dans la zone euro et 21,9 % en France.

En 2016, en dépit des aides pléthoriques et des nombreux emplois aidés, le chômage des moins de 25 ans est donc quasiment resté identique dans la zone euro et encore plus élevé en France. A l'inverse, avec beaucoup moins d'aides mais beaucoup plus de croissance et de flexibilité du marché du travail, le taux de chômage des jeunes britanniques a perdu près de 10 points sur la même période. De quoi rappeler que l'augmentation des dépenses publiques n'est absolument pas la solution pour réduire durablement le chômage.

 

Taux de chômage des jeunes : 13 % au Royaume-Uni, 21 % dans la zone euro, 24 % en France...

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Source : ACDEFI

 

En fait, depuis le début des années 1990, le Royaume-Uni a réussi à stabiliser le poids de ses dépenses publiques autour de 40 % de son PIB. Ce qui lui a permis de réduire la pression fiscale et de soutenir sa croissance structurelle. Cette dernière est ainsi passée d'environ 1,2 % au début des années 1990 à 2,5 % actuellement.

 

Royaume-Uni : 20 ans d'effort.

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Sources : FMI, Eurostat, ACDEFI

 

Bien loin de cette stratégie efficace, la France n'a cessé d'augmenter le poids des dépenses publiques dans son PIB : 49,6 % en 1990, 54,2 % en 1995 et 57 % aujourd'hui. Cela s'est accompagné d'une augmentation maladive de la pression fiscale et a engendré in fine un affaiblissement de sa croissance structurelle, qui est tombée de 2 % en 1995 à environ 0,8 % aujourd'hui.

 

France : 20 ans de perdu.

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Sources : FMI, Eurostat, ACDEFI

 

Il faut néanmoins souligner un point sur lequel le Royaume-Uni ne surperforme pas la France et la zone euro, à savoir le solde de la balance courante. En effet, nos voisins d'outre-Manche affichent un déficit courant chronique d'environ 4 % du PIB, contre un quasi-excédent pour la France et, principalement grâce à l'Allemagne, un excédent courant structurel d'environ 2,5 % du PIB pour l'ensemble de la zone euro.

Ouf ! Dans le match économique Royaume-Uni / Zone euro, cette dernière pourra donc sauver l'honneur et marquer un point, après en avoir néanmoins encaissé 5… Autrement dit, il n'y a pas photo !

 

Marc Touati

Les analyses hebdomadaires
Les derniers résultats publiés par la plupart des banques européennes et occidentales au sens large sont particulièrement bons. Pourtant, la récente faillite de Banco Popular en Espagne et son rachat par Santander pour 1 euro symbolique, mais aussi les difficultés aggravées de certaines banques italiennes, sans oublier les 200 milliards d’euros de créances douteuses qui affecteraient encore l’ensemble du système bancaire transalpin nous rappellent que le panorama bancaire européen est loin d’être parfait. En effet, à cause de conditions réglementaires de plus en plus contraignantes, mais aussi de taux d’intérêt obligataires beaucoup trop bas, les banques européennes demeurent fragiles. Pire, avec la concurrence des financements alternatifs, elles sont menacées jusqu’à leur existence même. A tel point que certains, et notamment au sein de la Commission européenne, n’hésitent plus à mettre en garde contre de multiples faillites bancaires au cours des trimestres à venir dans l’ensemble de l’Union. Certes, nous sommes encore loin du marasme qui a suivi la crise des subprimes de 2007 et qui a atteint son paroxysme avec la faillite de Lehman Brothers en 2008. Cependant, ce retour en force des vieux démons de la crise bancaire rappelle que le système bancaire et financier eurolandais reste menacé, notamment par une nouvelle phase d’aggravation des créances douteuses qui pourrait voir le jour dans les prochains trimestres. Après avoir dû constituer des provisions pour créances douteuses du secteur privé, les banques italiennes, françaises, européennes, et mondiales pourraient bien devoir rééditer l’opération, mais, cette fois-ci, pour des créances accordées au secteur public, qu’il s’agisse des obligations d’Etat ou des crédits accordés aux collectivités locales. Or, un tel scénario n’est pour l’instant pas vraiment intégré dans les « stress tests » de la BCE. Sans parler des risques sur les pays émergents et sur la situation géopolitique mondiale. Voilà pourquoi, et même si les banques européennes ont réduit leurs activités dangereuses (et notamment le « property trading », c’est-à-dire la spéculation avec leurs fonds propres) et bénéficient encore d’une politique monétaire extrêmement accommodante, elles restent toujours menacées par une croissance économique trop faible, une dette publique trop élevée et un risque de remontée massive des taux d’intérêt des obligations d’Etat. En conclusion, même si, pour l’instant, la situation apparaît sous contrôle, la probabilité d’une nouvelle crise bancaire demeure élevée. Ce qui signifie qu’après cinq belles années en termes de profits et de valorisation boursière, les banques européennes pourraient connaître quelques trimestres difficiles. En attendant des jours meilleurs… en 2019.