Accueil > Economic World > Conjoncture française et eurolandaise : les planètes se désalignent de plus en plus…
Conjoncture française et eurolandaise : les planètes se désalignent de plus en plus…
ACDEFI - 13 juin 2016

Il avait généré tant d'espoirs en 2015 : le fameux « alignement des planètes » (baisse des cours des matières premières, dépréciation de l'euro/dollar, diminution des taux d'intérêt monétaires et obligataires, sans oublier la « planche à billets » de la BCE) n'a pourtant pas tenu ses promesses.

Certes, la croissance a été appréciable dans la zone euro et en France, mais elle est restée loin de la vigueur attendue. En effet, l'ensemble des éléments exogènes de « l'alignement des planètes » aurait dû générer une croissance d'environ 3 % tant dans l'UEM que dans l'Hexagone.

Or, la croissance n'y a été que de respectivement 1,6 % et 1,2 % en 2015. Quant à 2016, si le premier trimestre a été de bonne facture, les suivants s'annoncent bien plus difficiles.

Et ce non seulement parce que l'effet de correction de la faiblesse passée qui a permis le rebond en 2015 ne joue plus, mais aussi parce que les planètes de désalignent de plus en plus…

Ainsi, le baril de pétrole est passé de 27,8 dollars le 20 janvier 2016 à plus de 52,7 dollars le 8 juin, soit une augmentation de quasiment 90 %. Lorsqu'on sait qu'une augmentation de 10 % du prix du baril ampute la croissance mondiale, mais aussi celle de la zone euro et de la France d'environ 0,5 point, on imagine le coût global si le renchérissement de l'or noir se confirme dans les mois à venir.

Or, cette hypothèse est très probable. Certes, le cours du pétrole devrait se stabiliser entre 50 et 60 dollars jusqu'à la fin 2016, mais cela suffira pour casser le petit rebond de la croissance eurolandaise et française de ces derniers trimestres.

 

La remontée des cours pétroliers est logique, mais sera aussi coûteuse pour la croissance.

Pour visualiser le graphique, merci de consulter le fichier pdf

Sources : FMI, Prévisions ACDEFI

 

De plus, ce renchérissement n'est pas l'apanage du pétrole. Il se généralise à l'ensemble des matières premières. Ainsi, depuis son point bas de janvier 2016, l'indice CRB hors énergie a augmenté de 15,4 %. Ce n'est pas dramatique, mais suffisant pour amoindrir un peu plus la croissance, en particulier dans les pays développés.

 

L'indice CRB hors énergie progresse de plus de 15 % depuis janvier 2016.

Pour visualiser le graphique, merci de consulter le fichier pdf

Sources : Thomson Reuters, ACDEFI

 

Encore plus dérangeant, l'augmentation des cours des matières premières touche aussi les biens alimentaires. A commencer par le blé. Et ce avant même les récoltes d'été (notamment en Russie) qui pourraient réserver de mauvaises surprises et aggraver la remontée des cours.

 

Le blé reprend progressivement le chemin de la hausse.

Pour visualiser le graphique, merci de consulter le fichier pdf

Source : ACDEFI

 

Un cran au-dessus sur l'échelle du renchérissement, les cours du sucre commencent à donner le tournis. En effet, après une descente aux enfers qui paraissait sans limite en 2015, les cours du sucre ont progressé de 44 % depuis février 2016 et de 59 % depuis le point bas d'août 2015.

 

Le sucre se remet à flamber...

Pour visualiser le graphique, merci de consulter le fichier pdf

Sources : London Liffe, ACDEFI

 

Certes, le remontée des cours des matières premières recèle une bonne nouvelle : grâce à elle, les pays producteurs de ces mêmes « commodities », et notamment les pays émergents qui ont dernièrement souffert (à commencer par le Brésil), vont pouvoir sortir la tête de l'eau.

En revanche, pour les pays développés qui consomment fortement ce type de produits, la donne sera particulièrement différente puisqu'elle se traduira par un moindre pouvoir d'achat pour les ménages et une remontée des coûts de production pour les entreprises, le tout entraînant in fine un net ralentissement de la croissance.

Et ce, en particulier dans la zone euro, qui va également devoir affronter l'appréciation récente de l'euro/dollar.

 

La remontée de l'euro/dollar coûtera cher à la croissance eurolandaise.

Pour visualiser le graphique, merci de consulter le fichier pdf

Sources : Eurostat, ACDEFI

 

Pour le moment, il n'y a pas péril en la demeure. Avec un cours compris entre 1,13 et 1,14 dollar pour un euro, nous restons effectivement proches du niveau d'équilibre de l'euro/dollar (en l'occurrence 1,13). Cependant, cette appréciation de quasiment 10 % par rapport aux plus bas de 2015 engendre une baisse potentielle de la croissance eurolandaise d'environ 0,5 point pour 2016.

Nous sommes donc confortés dans notre prévision d'un nouveau ralentissement de la croissance dans la zone euro et en France dès le deuxième trimestre 2016 et qui se poursuivra jusqu'au début 2017. L'augmentation annuelle moyenne du PIB devrait ainsi avoisiner 1,3 % dans l'UEM et 1,2 % en France pour les années 2016 et 2017.

Et ce d'autant que si, jusqu'à présent les taux obligataires d'Etat restent miraculeusement bas, une remontée de ces derniers demeure très probable à court terme. Le référendum sur le Brexit, les élections en Espagne, les Présidentielles américaines ou encore l'incapacité de la France à se réformer sont autant d'éléments qui pourraient déclencher une augmentation forte et rapide des taux d'intérêt des obligations d'Etat.

Dans ce cadre, comme l'ont montré les évolutions des dernières semaines, il faut se préparer à une très forte volatilité des marchés boursiers, qui devraient néanmoins rester sur une tendance baissière.

 

Le Dow Jones en émoi et l'or revêt ses habits de « valeur refuge ».

 

Source : ACDEFI

 

Dans le même temps, comme nous l'annoncions d'ailleurs également depuis quelques mois, l'or devrait continuer de retrouver quelques belles couleurs, en revêtant ses habits de « valeur refuge ».

A l'évidence, les prochaines semaines et les prochains mois vont être particulièrement mouvementés tant sur le front de la croissance mondiale que sur celui des marchés financiers internationaux.

 

Marc Touati

Les analyses hebdomadaires
L'année 2017 n'est pas encore terminée qu'il nous faut déjà penser à 2018. En effet, pour beaucoup de banques, d'entreprises et d'investisseurs au sens large, 2017 est presque du passé et tous les espoirs, mais aussi toutes les inquiétudes sont portés sur 2018. Certes, comme nous l'annoncions il y a un an et encore au début de cette année, 2017 a été une année « correcte ». Et pour cause : la Chine ne s'est pas effondrée, comme beaucoup le prévoyaient, les pays émergents ont retrouvé des couleurs, notamment en Amérique Latine, les Etats-Unis et la zone euro ont bien résisté. A tel point que la croissance mondiale a gagné quelques dixièmes de point. En effet, selon nos estimations, après avoir légèrement reculé à 3,2 % en 2016, cette dernière devrait atteindre 3,4 % cette année. Elle sera donc appréciable, mais encore inférieure à sa moyenne de long terme (en l’occurrence 3,5 %). Pour y parvenir, elle sera notamment aidée par les performances honorables mais toujours non-euphoriques des Etats-Unis et de la zone euro, à savoir 2,1 %, contre respectivement 1,5 % et 1,8 % en 2016. Quant à 2018, selon nos prévisions, la croissance mondiale atteindra 3,1 %, un plus bas depuis 2009. Des prévisions qui, soulignons-le encore, restent optimistes, dans la mesure où elles supposent que de nouveaux risques ne viendront pas les contrecarrer. Parmi ceux-ci, citons notamment un conflit avec la Corée du Nord, un krach boursier et obligataire mondial, une forte instabilité politique européenne, qui pourrait notamment être provoquée par une issue défavorable des élections législatives italiennes, mais aussi par un capharnaüm sociétal en Catalogne et par là même dans l’Espagne entière, sans oublier les risques de dérapages sociaux toujours présents dans l’Hexagone. Dans le même temps, une crise de la dette privée en Chine, de nouveaux dérapages liés au Brexit et bien sûr et malheureusement, des risques d'attentats et de crises géopolitiques demeurent des dangers majeurs qui pourraient affaiblir la croissance mondiale. En conclusion, n'en déplaise aux marchés boursiers qui continuent de se voiler la face, 2018 sera forcément bien plus difficile que 2017.
A suivre du 23 au 27 octobre :
- Lundi 23, 16h (heure de Paris) : légère baisse de la confiance des ménages dans la zone euro.
- Mardi 24, 1h30 (heure de Paris) : baisse sensible de l’indice Nikkei Markit des directeurs d’achat au Japon.
- Mardi 24, 8h45 : les indices INSEE du climat des affaires dans l’industrie et dans l’ensemble des secteurs régressent dans l’Hexagone.
- Mardi 24, de 9h à 10h : repli des indices Markit des directeurs d’achat en France, en Allemagne et dans la zone euro, tant dans l’industrie que dans les services.
- Mardi 24, 15h45 : légère baisse des indices Markit dans l’industrie manufacturière et dans les services aux Etats-Unis.
- Mardi 24, 18h : le chômage français augmente encore mais plus modérément.
- Mercredi 25, 10h : l’indice IFO du climat des affaires recule de nouveau légèrement outre-Rhin.
- Mercredi 25, 10h30 : la croissance britannique reste molle au troisième trimestre.
- Mercredi 25, 14h30 : recul correctif des commandes de biens durables en septembre.
- Jeudi 26, 8h : léger repli de l’indice GfK de confiance des consommateurs en Allemagne.
- Jeudi 26, 10h : le glissement annuel des prêts privés régresse légèrement dans la zone euro.
- Jeudi 26, 13h45 : la BCE maintient son taux refi à 0 % et prépare les esprits à la réduction du « quantitative easing ».
- Vendredi 27, 1h30 : l’inflation repart à la baisse au Japon.
- Vendredi 27, 8h45 : l’indice INSEE de confiance des ménages en France perd encore deux points.
- Vendredi 27, 14h30 : la croissance américaine ralentit vers les 2,5 % en rythme annualisé au troisième trimestre.
- Vendredi 27, 16h : révision baissière de l’indice Reuters/Université du Michigan de confiance des consommateurs.