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L'Allemagne surprend encore par son dynamisme et la France par sa magie...
ACDEFI - 30 mai 2016

Deux grosses surprises ont marqué l'actualité statistique de ces derniers jours. D'une part, la nouvelle forte baisse du chômage français en avril. D'autre part, la remontée conséquente des indicateurs Markit et IFO en Allemagne en mai.

En ce qui concerne la baisse du chômage français, disons-le franchement : elle tient du miracle. C'est à croire que les sièges de Pôle Emploi et de la Dares ont été transférés à Lourdes.

Blague à part, il faut reconnaître que la baisse du chômage français en mars et avril est impressionnante. A savoir : - 79 900 chômeurs de catégorie A (- 60 000 en mars et - 19 900 en avril) en Métropole et - 64 200 chômeurs toutes catégories confondues (- 8 000 en mars et - 56 200 en avril). Des performances seulement dépassées une fois dans l'histoire statistique contemporaine, en l'occurrence fin 2000, c'est-à-dire en pleine révolution Internet et avec une croissance économique d'environ 4 %.

 

Le chômage français baisse mais reste encore très élevé.

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Sources : Dares, ACDEFI

 

Aujourd'hui, il n'y a pas de révolution technologique majeure dans l'Hexagone et la croissance française oscille entre 1 % et 1,5 %. Il faut donc être clair : la baisse du chômage apparaît trop forte au regard de la faiblesse de la croissance et aussi des rigidités structurelles qui perdurent sur le marché du travail. Les explications sont malheureusement connues : créations de 500 000 stages de formation pour les chômeurs jusqu'à la fin 2016, et multiplication des radiations.

De plus, il ne faudrait pas aller trop vite en besogne : en dépit de la baisse de mars-avril, le nombre de chômeurs reste encore extrêmement élevé : 3,511 millions en catégories A en Métropole et 6,429 toutes catégories dans l'ensemble du territoire français.

En outre, avec les blocages du mois de mai et vraisemblablement de juin, il faut se préparer à une nouvelle inversion de la courbe du chômage, mais, cette fois-ci dans le sens de la hausse…

Si la surprise du chômage français laisse donc à désirer, celle de la remontée des indicateurs avancés allemands apparaît un peu plus solide.

Ainsi, après avoir déjà augmenté d'un point en mars, puis s'être stabilisé en avril, l'indice du climat des affaires de l'enquête IFO a progressé d'un point en mai. Avec un niveau de 107,7, il atteint un plus haut depuis décembre 2015.

 

Le climat des affaires de l'enquête IFO continue de se redresser nettement.

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Sources : IFO, Destatis, ACDEFI

 

Mais il y a encore beaucoup plus fort. En effet, l'indice IFO des perspectives d'activité a flambé de 6,2 points sur le seul mois de mai. Il s'agit tout simplement de la plus forte augmentation mensuelle jamais enregistrée depuis que l'enquête IFO existe.

 

L'indice IFO des perspectives d'activité annonce une croissance très forte outre-Rhin.

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Sources : IFO, Destatis, ACDEFI

 

De plus, avec un niveau de 106,6 en mai, cet indicateur avancé de la croissance atteint un plus haut depuis avril 2014.

Après avoir déjà progressé de 0,7 % au premier trimestre 2016, atteignant un glissement annuel de 1,6 %, le PIB allemand devrait donc encore réaliser de belles performances au cours des trimestres suivants.

Et ce, d'autant que les indices Markit des directeurs d'achat ont également été au beau fixe en mai. Avec un niveau de 52,4 dans l'industrie et 55,2 dans les services, ils annoncent également de belles perspectives pour le PIB allemand.

 

Les indices des directeurs d'achat allemands corroborent l'optimisme de l'enquête IFO.

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Sources : Destatis, Markit, ACDEFI

 

Bien loin de cette euphorie, les indices équivalents pour la France sont restés moribonds. L'indice INSEE du climat des affaires a quasiment stagné et les indices Markit PMI ont été mitigés : + 1,2 point dans les services à 51,8 et + 0,3 dans l'industrie à 48,3.

 

L'économie française reste très fragile.

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Sources : INSEE, Markit, ACDEFI

 

Autrement dit, l'économie française reste moribonde et sa croissance devrait nettement ralentir au cours des prochains trimestres.

Une fois encore, c'est d'ailleurs la France qui tire la zone euro vers le bas, puisqu'en dépit de l'amélioration des indices Markit PMI allemands, leurs homologues eurolandais ont légèrement baissé dans l'industrie et stagné dans les services. Avec des niveaux de respectivement 51,5 et 53,1, ils indiquent que la croissance eurolandaise continuera d'osciller entre 1 % et 1,5 %.

 

La croissance de la zone euro restera coincée entre 1 et 1,5 %.

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Sources : Eurostat, Markit, ACDEFI

 

Au total, même s'ils s'en plaignent régulièrement, ce sont les Allemands qui semblent profiter le plus de la politique ultra-accommodante de la BCE. Et pour cause : dans la mesure où ils ont su moderniser leurs structures économiques et fluidifier leur marché du travail, ils sont les mieux armés pour profiter des cadeaux monétaires.

A l'inverse, en France, ces cadeaux ne sont que des palliatifs qui permettent de masquer la réalité, tout en incitant les dirigeants du pays à refuser les réformes de fond. Dommage !

 

Marc Touati

Les analyses hebdomadaires
Les derniers résultats publiés par la plupart des banques européennes et occidentales au sens large sont particulièrement bons. Pourtant, la récente faillite de Banco Popular en Espagne et son rachat par Santander pour 1 euro symbolique, mais aussi les difficultés aggravées de certaines banques italiennes, sans oublier les 200 milliards d’euros de créances douteuses qui affecteraient encore l’ensemble du système bancaire transalpin nous rappellent que le panorama bancaire européen est loin d’être parfait. En effet, à cause de conditions réglementaires de plus en plus contraignantes, mais aussi de taux d’intérêt obligataires beaucoup trop bas, les banques européennes demeurent fragiles. Pire, avec la concurrence des financements alternatifs, elles sont menacées jusqu’à leur existence même. A tel point que certains, et notamment au sein de la Commission européenne, n’hésitent plus à mettre en garde contre de multiples faillites bancaires au cours des trimestres à venir dans l’ensemble de l’Union. Certes, nous sommes encore loin du marasme qui a suivi la crise des subprimes de 2007 et qui a atteint son paroxysme avec la faillite de Lehman Brothers en 2008. Cependant, ce retour en force des vieux démons de la crise bancaire rappelle que le système bancaire et financier eurolandais reste menacé, notamment par une nouvelle phase d’aggravation des créances douteuses qui pourrait voir le jour dans les prochains trimestres. Après avoir dû constituer des provisions pour créances douteuses du secteur privé, les banques italiennes, françaises, européennes, et mondiales pourraient bien devoir rééditer l’opération, mais, cette fois-ci, pour des créances accordées au secteur public, qu’il s’agisse des obligations d’Etat ou des crédits accordés aux collectivités locales. Or, un tel scénario n’est pour l’instant pas vraiment intégré dans les « stress tests » de la BCE. Sans parler des risques sur les pays émergents et sur la situation géopolitique mondiale. Voilà pourquoi, et même si les banques européennes ont réduit leurs activités dangereuses (et notamment le « property trading », c’est-à-dire la spéculation avec leurs fonds propres) et bénéficient encore d’une politique monétaire extrêmement accommodante, elles restent toujours menacées par une croissance économique trop faible, une dette publique trop élevée et un risque de remontée massive des taux d’intérêt des obligations d’Etat. En conclusion, même si, pour l’instant, la situation apparaît sous contrôle, la probabilité d’une nouvelle crise bancaire demeure élevée. Ce qui signifie qu’après cinq belles années en termes de profits et de valorisation boursière, les banques européennes pourraient connaître quelques trimestres difficiles. En attendant des jours meilleurs… en 2019.