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Déflation : les Etats-Unis en sortent, la zone euro s'y enfonce.
ACDEFI - 23 mai 2016

De la même façon que le taux de chômage américain reste largement inférieur à celui de la zone euro, l'évolution des prix détone entre les deux côtés de l'Atlantique.

Ainsi, aux Etats-Unis, les prix ont continué d'augmenter en avril : + 0,4 % sur un mois et + 1,1 % sur un an.

 

Etats-Unis : la reflation est bien là.

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Sources : BLS, ACDEFI

 

Et, comme le montre le graphique ci-dessus, il ne s'agit pas d'un simple effet « matières premières », puisque, hors énergie et produits alimentaires, l'inflation américaine reste supérieure à 2 %, précisément 2,1 %.

Face à cette reflation logique, la Fed va donc avoir du mal à maintenir le statu quo de son taux objectif des federal funds. Et ce d'autant que le taux de chômage de plein-emploi (en l'occurrence 5 %) perdure.

 

La politique monétaire excessivement accommodante de la Fed a assez duré.

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Sources : BLS, Fed, ACDEFI

 

Le taux optimal de la politique monétaire américaine (en fonction de la croissance et de l'inflation), dit « taux Taylor », avoisine d'ailleurs aujourd'hui les 2 %. Sans remonter jusqu'à un tel niveau, la Fed doit donc prendre acte du mouvement de reflation et remonter son taux objectif des federal funds au moins à 1 % d'ici l'automne prochain. Les marchés en prendront certainement ombrage, mais il en va de la crédibilité de la Réserve fédérale.

D'ailleurs, dès le début 2017, face au ralentissement de l'économie américaine, la Fed pourra desserrer son étreinte, évitant par là même une forte récession outre-Atlantique.

Bien loin de ce mouvement appréciable de remontée contenue de l'inflation, la zone euro reste enlisée dans la déflation.

Ainsi, le glissement annuel des prix en avril y a été confirmé à - 0,2 %.

 

La déflation s'installe durablement dans la zone euro.

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Sources : Eurostat, ACDEFI

 

Encore plus problématique, l'inflation sous-jacente (c'est-à-dire hors énergie et alimentaire) a nettement baissé à seulement 0,7 % en avril. De quoi confirmer que la BCE n'a pas réussi à inverser les pressions déflationnistes.

 

La BCE n'a pas réussi à vaincre la déflation.

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Sources : Eurostat, BCE, ACDEFI

 

Certes, compte tenu de l'ampleur des moyens déployés par la BCE, il ne faudrait pas s'avouer vaincu trop tôt. Cependant, la généralisation de la déflation commence à devenir inquiétante, puisqu'elle est également présente dans les deux premiers pays de l'UEM, en l'occurrence l'Allemagne (- 0,3 %) et la France (- 0,2 %).

 

L'Allemagne et la France réunies par la déflation.

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Sources : Eurostat, INSEE, ACDEFI

 

Mais il y a encore plus préoccupant, puisqu'à l'exception du Portugal et de Malte, tous les pays d'Europe du Sud sont tombés dans une déflation massive et auto-entretenue.

 

La déflation s'aggrave en Espagne et en Italie.

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Sources : Eurostat, ACDEFI

 

En Italie, le glissement annuel des prix à la consommation a ainsi atteint - 0,4 %, soit quasiment un retour au plus bas historique de - 0,5 % atteint en janvier 2015.

En Espagne, le niveau de la déflation se rapproche également de son niveau historique, à savoir - 1,2 % en avril, contre - 1,5 % en janvier 2015. Une contre-performance qui tranche avec la croissance soutenue du PIB ibère mais qui montre que l'économie espagnole demeure très fragile. Elle pourrait même rapidement rechuter si l'issue des élections législatives du 26 juin prochain débouchait sur une nouvelle crise politique.

Une situation qui serait particulièrement triste puisqu'elle viendrait briser huit années d'efforts qui commencent à porter leurs fruits depuis deux ans.

Espérons donc que les Espagnols ne rééditeront pas l'erreur des Grecs qui, en portant au pouvoir Syriza en janvier 2015, se sont condamnés à rester en récession et en déflation.

 

Marc Touati

Les analyses hebdomadaires
L'année 2017 n'est pas encore terminée qu'il nous faut déjà penser à 2018. En effet, pour beaucoup de banques, d'entreprises et d'investisseurs au sens large, 2017 est presque du passé et tous les espoirs, mais aussi toutes les inquiétudes sont portés sur 2018. Certes, comme nous l'annoncions il y a un an et encore au début de cette année, 2017 a été une année « correcte ». Et pour cause : la Chine ne s'est pas effondrée, comme beaucoup le prévoyaient, les pays émergents ont retrouvé des couleurs, notamment en Amérique Latine, les Etats-Unis et la zone euro ont bien résisté. A tel point que la croissance mondiale a gagné quelques dixièmes de point. En effet, selon nos estimations, après avoir légèrement reculé à 3,2 % en 2016, cette dernière devrait atteindre 3,4 % cette année. Elle sera donc appréciable, mais encore inférieure à sa moyenne de long terme (en l’occurrence 3,5 %). Pour y parvenir, elle sera notamment aidée par les performances honorables mais toujours non-euphoriques des Etats-Unis et de la zone euro, à savoir 2,1 %, contre respectivement 1,5 % et 1,8 % en 2016. Quant à 2018, selon nos prévisions, la croissance mondiale atteindra 3,1 %, un plus bas depuis 2009. Des prévisions qui, soulignons-le encore, restent optimistes, dans la mesure où elles supposent que de nouveaux risques ne viendront pas les contrecarrer. Parmi ceux-ci, citons notamment un conflit avec la Corée du Nord, un krach boursier et obligataire mondial, une forte instabilité politique européenne, qui pourrait notamment être provoquée par une issue défavorable des élections législatives italiennes, mais aussi par un capharnaüm sociétal en Catalogne et par là même dans l’Espagne entière, sans oublier les risques de dérapages sociaux toujours présents dans l’Hexagone. Dans le même temps, une crise de la dette privée en Chine, de nouveaux dérapages liés au Brexit et bien sûr et malheureusement, des risques d'attentats et de crises géopolitiques demeurent des dangers majeurs qui pourraient affaiblir la croissance mondiale. En conclusion, n'en déplaise aux marchés boursiers qui continuent de se voiler la face, 2018 sera forcément bien plus difficile que 2017.
A suivre du 23 au 27 octobre :
- Lundi 23, 16h (heure de Paris) : légère baisse de la confiance des ménages dans la zone euro.
- Mardi 24, 1h30 (heure de Paris) : baisse sensible de l’indice Nikkei Markit des directeurs d’achat au Japon.
- Mardi 24, 8h45 : les indices INSEE du climat des affaires dans l’industrie et dans l’ensemble des secteurs régressent dans l’Hexagone.
- Mardi 24, de 9h à 10h : repli des indices Markit des directeurs d’achat en France, en Allemagne et dans la zone euro, tant dans l’industrie que dans les services.
- Mardi 24, 15h45 : légère baisse des indices Markit dans l’industrie manufacturière et dans les services aux Etats-Unis.
- Mardi 24, 18h : le chômage français augmente encore mais plus modérément.
- Mercredi 25, 10h : l’indice IFO du climat des affaires recule de nouveau légèrement outre-Rhin.
- Mercredi 25, 10h30 : la croissance britannique reste molle au troisième trimestre.
- Mercredi 25, 14h30 : recul correctif des commandes de biens durables en septembre.
- Jeudi 26, 8h : léger repli de l’indice GfK de confiance des consommateurs en Allemagne.
- Jeudi 26, 10h : le glissement annuel des prêts privés régresse légèrement dans la zone euro.
- Jeudi 26, 13h45 : la BCE maintient son taux refi à 0 % et prépare les esprits à la réduction du « quantitative easing ».
- Vendredi 27, 1h30 : l’inflation repart à la baisse au Japon.
- Vendredi 27, 8h45 : l’indice INSEE de confiance des ménages en France perd encore deux points.
- Vendredi 27, 14h30 : la croissance américaine ralentit vers les 2,5 % en rythme annualisé au troisième trimestre.
- Vendredi 27, 16h : révision baissière de l’indice Reuters/Université du Michigan de confiance des consommateurs.