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Zone euro, Allemagne, France : une croissance surprenante qui ne va pas durer.
ACDEFI - 16 mai 2016

Les comptables d'Eurostat se sont finalement trompés lors de leur première estimation du PIB eurolandais du premier trimestre 2016. Celui-ci n'a effectivement pas progressé de 0,6 % comme annoncé initialement mais de 0,5 %. Son glissement annuel est également revu en baisse de 0,1 point à 1,5 %. Après trois trimestres consécutifs à 1,6 %, le glissement annuel du PIB eurolandais enregistre donc son premier repli depuis le deuxième trimestre 2014.

Pour autant, en dépit de cette révision baissière, la croissance de la zone euro du premier trimestre reste encore surprenante par sa vigueur.

En effet, elle ne colle ni à l'évolution récente des indicateurs avancés, ni à celle de la production industrielle. Certes, après avoir baissé de 0,6 % en novembre-décembre 2015, cette dernière a fortement augmenté en janvier 2016 (+ 2,4 %), mais a ensuite nettement reculé en février (- 1,2 %) et mars (- 0,8 %). Depuis octobre dernier, la production industrielle eurolandaise affiche ainsi une baisse de 0,3 %.

En outre, compte tenu des replis des deux derniers mois, l'acquis de croissance pour le deuxième trimestre s'avère nettement négatif à - 0,9 %. Enfin, son glissement annuel n'est que de 0,1 % en mars, ce qui tranche avec le 1,5 % du PIB au premier trimestre.

En conséquence, la bonne performance du premier trimestre n'est pas extrapolable et devrait être corrigée au deuxième trimestre.

 

La croissance eurolandaise va nettement ralentir dès le deuxième trimestre.

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Sources : Eurostat, ACDEFI

 

Un phénomène identique s'observe en Allemagne, mais avec encore plus d'amplitude. En effet, le PIB allemand a progressé de 0,7 % au premier trimestre 2016, permettant à son glissement annuel de repartir à la hausse et d'atteindre 1,6 % (contre 1,3 % au trimestre précédent).

Cela a certes permis à l'Allemagne de repasser devant la France, dont le glissement annuel du PIB est retombé à 1,3 % au premier trimestre.

 

L'Allemagne repasse devant la France.

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Sources : INSEE, Markit, ACDEFI

 

Cependant, ce niveau tranche avec le glissement annuel de la production industrielle allemande qui est tombé à 0,1 % en mars.

 

En Allemagne aussi, la progression de la production industrielle tranche avec celle du PIB.

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Sources : Eurostat, ACDEFI

 

Et, comme d'habitude, c'est en France que la situation apparaît la plus bizarre mais aussi la plus fragile. Et pour cause : alors que le glissement annuel du PIB a été de 1,3 % au premier trimestre 2016, celui de la production industrielle est tombé à - 0,8 % en mars. Depuis octobre dernier, la production industrielle française a même baissé de 1,9 % !

 

France : la baisse de la production industrielle dénote vraiment avec l'augmentation du PIB.

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Sources : INSEE, ACDEFI

 

Alors bien sûr, il ne faut pas oublier que l'industrie ne représente plus que 20 % du PIB dans la zone euro, 15 % en France et 26 % en Allemagne.

Toujours est-il que dans la mesure où l'activité dans les services demeure également faiblarde (elle est même en stagnation en France), la forte croissance du premier trimestre apparaît anormale. Elle sera donc forcément suivie d'une nette correction baissière dès le deuxième trimestre 2016.

En attendant, et puisque les bonnes nouvelles sont rares, profitons des courbes relativement sympathiques que nous offrent les comptes nationaux eurolandais du premier trimestre 2016. Du moins dans les pays qui ont su mettre en place des réformes courageuses, et notamment en Espagne, en Italie et au Portugal.

Ainsi, après avoir déjà augmenté de 0,8 % au cours des deux précédents trimestres, le PIB espagnol a réalisé la même performance au premier trimestre 2016.

Et même si son glissement annuel perd 0,1 point, il reste encore très élevé à 3,4 %. Depuis son point bas du deuxième trimestre 2013, le PIB espagnol a ainsi progressé de 6,9 %. Il reste encore néanmoins 3 % en-deçà de son niveau d'avant-crise (c'est-à-dire du deuxième trimestre 2008).

Autre exemple d'amélioration, certes à une moindre échelle, le PIB italien a progressé de 0,3 % au premier trimestre 2016, enregistrant son cinquième trimestre consécutif d'augmentation, soit un accroissement total de 1,4 % sur cette période. Notons néanmoins que son glissement annuel recule de 0,1 point à 1,0 %.

En outre, par rapport à son plafond du premier trimestre 2008, le PIB italien accuse encore une baisse de 8,4 %. L'Italie est donc bien sur le bon chemin mais la pente reste rude.

Il en est de même pour le Portugal, dont le PIB a progressé de 0,1 % au premier trimestre. Depuis son point bas du quatrième trimestre 2012, celui-ci a ainsi augmenté de 3,9 %. Cependant, il subit encore une baisse de 6,1 % par rapport à son point haut du premier trimestre 2008.

 

Espagne, Italie, Portugal : sur la bonne voie, mais la pente reste rude...

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Sources : Eurostat, ACDEFI

 

Enfin, comme d'habitude et sans surprise, la Grèce demeure la lanterne rouge de la zone euro. Après avoir déjà chuté de 1,2 % au troisième trimestre, puis augmenté de 0,1 % au quatrième, le PIB grec a ainsi reculé de 0,4 % au premier trimestre 2016. Son glissement annuel est encore nettement négatif à - 1,3 %. Ce qui demeure un cas unique actuellement dans la zone euro.

 

La Grèce chute encore et toujours.

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Sources : Eurostat, ACDEFI

 

Tous les cadeaux consentis par les Européens à la Grèce n'ont donc eu aucun effet significatif et durable sur l'économie grecque. Cette dernière ne pourra d'ailleurs sortir de la crise tant qu'elle ne sera pas modernisée, c'est-à-dire tant que Syriza sera au pouvoir.

 

Marc Touati

Les analyses hebdomadaires
L'année 2017 n'est pas encore terminée qu'il nous faut déjà penser à 2018. En effet, pour beaucoup de banques, d'entreprises et d'investisseurs au sens large, 2017 est presque du passé et tous les espoirs, mais aussi toutes les inquiétudes sont portés sur 2018. Certes, comme nous l'annoncions il y a un an et encore au début de cette année, 2017 a été une année « correcte ». Et pour cause : la Chine ne s'est pas effondrée, comme beaucoup le prévoyaient, les pays émergents ont retrouvé des couleurs, notamment en Amérique Latine, les Etats-Unis et la zone euro ont bien résisté. A tel point que la croissance mondiale a gagné quelques dixièmes de point. En effet, selon nos estimations, après avoir légèrement reculé à 3,2 % en 2016, cette dernière devrait atteindre 3,4 % cette année. Elle sera donc appréciable, mais encore inférieure à sa moyenne de long terme (en l’occurrence 3,5 %). Pour y parvenir, elle sera notamment aidée par les performances honorables mais toujours non-euphoriques des Etats-Unis et de la zone euro, à savoir 2,1 %, contre respectivement 1,5 % et 1,8 % en 2016. Quant à 2018, selon nos prévisions, la croissance mondiale atteindra 3,1 %, un plus bas depuis 2009. Des prévisions qui, soulignons-le encore, restent optimistes, dans la mesure où elles supposent que de nouveaux risques ne viendront pas les contrecarrer. Parmi ceux-ci, citons notamment un conflit avec la Corée du Nord, un krach boursier et obligataire mondial, une forte instabilité politique européenne, qui pourrait notamment être provoquée par une issue défavorable des élections législatives italiennes, mais aussi par un capharnaüm sociétal en Catalogne et par là même dans l’Espagne entière, sans oublier les risques de dérapages sociaux toujours présents dans l’Hexagone. Dans le même temps, une crise de la dette privée en Chine, de nouveaux dérapages liés au Brexit et bien sûr et malheureusement, des risques d'attentats et de crises géopolitiques demeurent des dangers majeurs qui pourraient affaiblir la croissance mondiale. En conclusion, n'en déplaise aux marchés boursiers qui continuent de se voiler la face, 2018 sera forcément bien plus difficile que 2017.
A suivre du 23 au 27 octobre :
- Lundi 23, 16h (heure de Paris) : légère baisse de la confiance des ménages dans la zone euro.
- Mardi 24, 1h30 (heure de Paris) : baisse sensible de l’indice Nikkei Markit des directeurs d’achat au Japon.
- Mardi 24, 8h45 : les indices INSEE du climat des affaires dans l’industrie et dans l’ensemble des secteurs régressent dans l’Hexagone.
- Mardi 24, de 9h à 10h : repli des indices Markit des directeurs d’achat en France, en Allemagne et dans la zone euro, tant dans l’industrie que dans les services.
- Mardi 24, 15h45 : légère baisse des indices Markit dans l’industrie manufacturière et dans les services aux Etats-Unis.
- Mardi 24, 18h : le chômage français augmente encore mais plus modérément.
- Mercredi 25, 10h : l’indice IFO du climat des affaires recule de nouveau légèrement outre-Rhin.
- Mercredi 25, 10h30 : la croissance britannique reste molle au troisième trimestre.
- Mercredi 25, 14h30 : recul correctif des commandes de biens durables en septembre.
- Jeudi 26, 8h : léger repli de l’indice GfK de confiance des consommateurs en Allemagne.
- Jeudi 26, 10h : le glissement annuel des prêts privés régresse légèrement dans la zone euro.
- Jeudi 26, 13h45 : la BCE maintient son taux refi à 0 % et prépare les esprits à la réduction du « quantitative easing ».
- Vendredi 27, 1h30 : l’inflation repart à la baisse au Japon.
- Vendredi 27, 8h45 : l’indice INSEE de confiance des ménages en France perd encore deux points.
- Vendredi 27, 14h30 : la croissance américaine ralentit vers les 2,5 % en rythme annualisé au troisième trimestre.
- Vendredi 27, 16h : révision baissière de l’indice Reuters/Université du Michigan de confiance des consommateurs.