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France, Brésil : la dure réalité reprend le dessus.
ACDEFI - 09 mai 2016

Les semaines se suivent et ne se ressemblent pas pour l'économie française. En effet, il y a une dizaine de jours et de façon très surprenante, tout paraissait lui sourire : 60 000 chômeurs de moins en mars, hausse de 0,5 % du PIB au premier trimestre, notamment grâce à une forte augmentation de la consommation des ménages et de l'investissement des entreprises.

Loin de cette euphorie apparente et passagère, les statistiques publiées ces derniers jours ont rappelé la difficile réalité de l'économie hexagonale.

Certes, le déficit extérieur a reculé de 5,12 milliards d'euros en février à 4,37 milliards d'euros en mars. Au-delà du caractère toujours pléthorique de ce déficit (surtout si on le compare aux excédents récurrents allemands d'environ 20 milliards d'euros chaque mois), il faut surtout savoir que le repli de mars est simplement dû à une baisse des importations plus marquée que celle des exportations. En l'occurrence - 5,2 % contre - 3,9 %. De plus, avec un niveau de 36,38 milliards d'euros, les exportations françaises tombent à un plus bas depuis août 2014.

Et, avec la remontée de l'euro, le ralentissement de la croissance mondiale et notamment de l'Europe, premier partenaire commercial de la France, la situation ne va malheureusement pas s'arranger.

Autrement dit, comme cela s'est déjà observé au cours des trois derniers trimestres, le commerce extérieur devrait encore contribuer négativement à la croissance française.

 

Les exportations chutent et le déficit extérieur français demeure toujours trop élevé.

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Sources : Minefi, ACDEFI

 

Parallèlement, confirmant que l'économie française reste très fragile et que les relatifs bons chiffres du chômage de mars et de la croissance du premier trimestre ne sont pas extrapolables, les indices Markit PMI des directeurs d'achat dans l'industrie et les services d'avril ont été révisés à la baisse.

Ainsi, après avoir déjà reculé de 0,6 point en mars, l'indice Markit PMI dans l'industrie en a encore perdu 1,6 en avril. Avec un niveau de 48, il retrouve son précédent plancher d'avril 2015.

Mais il y a encore plus troublant et plus inquiétant. En effet, pendant que l'industrie française replonge, celles de l'Allemagne, de l'Italie ou encore de l'Espagne continuent de surprendre par leur résistance.

 

Le décalage entre l'industrie française et ses homologues allemande et italienne détonne fortement.

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Sources : Markit, ACDEFI

 

Les indices Markit dans l'industrie atteignent ainsi 51,8 en Allemagne, 53,5 en Espagne et 53,9 en Italie. Même la Grèce (avec un niveau de 49,7) fait mieux que la France ! En fait, l'industrie française est tout simplement la lanterne rouge de la zone euro.

 

L'industrie française lanterne rouge de la zone euro.

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Sources : Markit, ACDEFI

 

Le pire est que cette place peu enviable est également la même dans les services. Effectivement, même s'il reste légèrement supérieur à la barre des 50, à 50,6 précisément (niveau revu en baisse de 0,2 point par rapport à sa première estimation), l'indice Markit dans le secteur des services en France est tout simplement le plus mauvais des pays de la zone euro dans lesquels les enquêtes Markit « services » sont menées. Et ce pour le sixième mois consécutif !

 

La France également dernière dans les services.

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Sources : Markit, ACDEFI

 

Pour couronner le tout, il faut noter que, tant dans l'industrie que dans les services, les écarts entre la France et ses partenaires sont conséquents. Et ce, en particulier avec les pays qui ont mené des réformes structurelles majeures au cours des dernières années. De quoi confirmer que l'absence de courage politique et de modernisation économique finit forcément par se payer.

Compte tenu de ces contre-performances hexagonales, il est donc inévitable (sauf trucages de chiffres ou autres arrangements entre amis) que les relatifs bons chiffres de croissance des trois derniers trimestres (en particulier ceux du premier de 2016) seront suivis d'une nette correction baissière au cours des trimestres suivants.

 

La croissance officielle française est de plus en plus décalée par rapport aux données d'enquêtes.

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Sources : INSEE, Markit, ACDEFI

 

Piètre réconfort, l'état lamentable des indices Markit français reste encore moins dramatique que ceux relatifs à l'économie brésilienne.

En effet, alors qu'il s'enfonce sous la barre des 50 depuis février 2015, l'indice Markit dans l'industrie brésilienne a encore perdu 3,4 points en avril, se situant à 42,6, un plus bas depuis le début 2009. Encore plus grave, après un léger rebond en mars, l'indice correspondant dans les services est reparti à la baisse en avril, à 37,4.

Ces deux indicateurs avancés confirment malheureusement que la récession brésilienne va encore s'aggraver au cours des prochains trimestres. Et ce d'autant que la crise politique n'est toujours pas réglée.

 

Le Brésil s'enfonce encore et toujours : un vrai drame !

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Sources : Eurostat, ACDEFI

 

Le Brésil fait ainsi figure de parent pauvre de la croissance mondiale. Il retrouve d'ailleurs la palme de la plus forte récession industrielle selon les enquêtes Markit d'avril.

Selon ces dernières, 16 pays seraient en récession industrielle (dont la France, le Royaume-Uni et Singapour) et 3 sur le point d'y entrer (dont les Etats-Unis).

 

La récession industrielle sévit toujours à travers la planète.

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Sources : Markit, ISM, ACDEFI

 

Autrement dit, le ralentissement mondial est toujours loin d'être terminé.

 

Marc Touati

Les analyses hebdomadaires
L'année 2017 n'est pas encore terminée qu'il nous faut déjà penser à 2018. En effet, pour beaucoup de banques, d'entreprises et d'investisseurs au sens large, 2017 est presque du passé et tous les espoirs, mais aussi toutes les inquiétudes sont portés sur 2018. Certes, comme nous l'annoncions il y a un an et encore au début de cette année, 2017 a été une année « correcte ». Et pour cause : la Chine ne s'est pas effondrée, comme beaucoup le prévoyaient, les pays émergents ont retrouvé des couleurs, notamment en Amérique Latine, les Etats-Unis et la zone euro ont bien résisté. A tel point que la croissance mondiale a gagné quelques dixièmes de point. En effet, selon nos estimations, après avoir légèrement reculé à 3,2 % en 2016, cette dernière devrait atteindre 3,4 % cette année. Elle sera donc appréciable, mais encore inférieure à sa moyenne de long terme (en l’occurrence 3,5 %). Pour y parvenir, elle sera notamment aidée par les performances honorables mais toujours non-euphoriques des Etats-Unis et de la zone euro, à savoir 2,1 %, contre respectivement 1,5 % et 1,8 % en 2016. Quant à 2018, selon nos prévisions, la croissance mondiale atteindra 3,1 %, un plus bas depuis 2009. Des prévisions qui, soulignons-le encore, restent optimistes, dans la mesure où elles supposent que de nouveaux risques ne viendront pas les contrecarrer. Parmi ceux-ci, citons notamment un conflit avec la Corée du Nord, un krach boursier et obligataire mondial, une forte instabilité politique européenne, qui pourrait notamment être provoquée par une issue défavorable des élections législatives italiennes, mais aussi par un capharnaüm sociétal en Catalogne et par là même dans l’Espagne entière, sans oublier les risques de dérapages sociaux toujours présents dans l’Hexagone. Dans le même temps, une crise de la dette privée en Chine, de nouveaux dérapages liés au Brexit et bien sûr et malheureusement, des risques d'attentats et de crises géopolitiques demeurent des dangers majeurs qui pourraient affaiblir la croissance mondiale. En conclusion, n'en déplaise aux marchés boursiers qui continuent de se voiler la face, 2018 sera forcément bien plus difficile que 2017.
A suivre du 23 au 27 octobre :
- Lundi 23, 16h (heure de Paris) : légère baisse de la confiance des ménages dans la zone euro.
- Mardi 24, 1h30 (heure de Paris) : baisse sensible de l’indice Nikkei Markit des directeurs d’achat au Japon.
- Mardi 24, 8h45 : les indices INSEE du climat des affaires dans l’industrie et dans l’ensemble des secteurs régressent dans l’Hexagone.
- Mardi 24, de 9h à 10h : repli des indices Markit des directeurs d’achat en France, en Allemagne et dans la zone euro, tant dans l’industrie que dans les services.
- Mardi 24, 15h45 : légère baisse des indices Markit dans l’industrie manufacturière et dans les services aux Etats-Unis.
- Mardi 24, 18h : le chômage français augmente encore mais plus modérément.
- Mercredi 25, 10h : l’indice IFO du climat des affaires recule de nouveau légèrement outre-Rhin.
- Mercredi 25, 10h30 : la croissance britannique reste molle au troisième trimestre.
- Mercredi 25, 14h30 : recul correctif des commandes de biens durables en septembre.
- Jeudi 26, 8h : léger repli de l’indice GfK de confiance des consommateurs en Allemagne.
- Jeudi 26, 10h : le glissement annuel des prêts privés régresse légèrement dans la zone euro.
- Jeudi 26, 13h45 : la BCE maintient son taux refi à 0 % et prépare les esprits à la réduction du « quantitative easing ».
- Vendredi 27, 1h30 : l’inflation repart à la baisse au Japon.
- Vendredi 27, 8h45 : l’indice INSEE de confiance des ménages en France perd encore deux points.
- Vendredi 27, 14h30 : la croissance américaine ralentit vers les 2,5 % en rythme annualisé au troisième trimestre.
- Vendredi 27, 16h : révision baissière de l’indice Reuters/Université du Michigan de confiance des consommateurs.