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Une conjoncture toujours très fragile, en particulier en France.
ACDEFI - 25 avril 2016

Sans surprise et comme nous l'annoncions dans nos prévisions hebdomadaires, les statistiques économiques des derniers jours ont confirmé que la croissance mondiale est bien en phase de ralentissement.

A commencer par l'économie américaine. Forte baisse des mises en chantier et des permis de construire en mars, net recul de l'indice Reuters/Université du Michigan de confiance des ménages en avril, effondrement de l'indice de la Fed de Philadelphie dans le secteur manufacturier en avril… Bref, tous les indicateurs militent pour une nette décélération de la croissance des Etats-Unis dans les prochains mois.

En fait, ce mouvement a déjà commencé au quatrième trimestre 2015 et devrait s'intensifier au premier trimestre 2016, comme en témoigne l'évolution de la production industrielle.

En effet, après avoir déjà baissé de 0,6 % en février, la production industrielle américaine a encore reculé d'autant en mars. Son glissement annuel repart ainsi à la baisse, atteignant un niveau de - 2 %, qui augure d'un nouveau ralentissement marqué de la croissance américaine au premier trimestre 2016.

 

Le ralentissement américain s'annonce conséquent.

Pour visualiser le graphique, merci de consulter le fichier pdf

Sources : BEA, Federal Reserve, ACDEFI

 

S'il apparaît moins marqué qu'outre-Atlantique, le ralentissement est également en marche dans la zone euro. Mais ne nous leurrons pas : cette moindre décélération est tout simplement due au fait que la croissance eurolandaise a été moins vaillante que celle de l'Oncle Sam depuis 2010.

Ainsi, les indicateurs Markit PMI des directeurs d'achat de la zone euro ont quasiment stagné en avril tant dans l'industrie (- 0,1 point) que dans les services (+ 0,1 point).

Avec des niveaux de respectivement 51,5 et 53,2, ils confirment qu'après avoir atteint un pic de 1,6 % entre le deuxième et le quatrième trimestre 2015, le glissement annuel du PIB eurolandais va progressivement reculer pour revenir vers les 1 % tout au long de l'année 2016.

 

La croissance eurolandaise est bien en phase de décélération.

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Sources : Eurostat, ACDEFI

 

Et, comme d'habitude depuis 2008, la France se distingue par sa mollesse économique. Ainsi, si l'Allemagne résiste tant bien que mal (avec des indices Markit PMI de 51,9 dans l'industrie et de 54,6 dans les services), l'économie française demeure dans le rouge.

Ce décalage est particulièrement visible sur le front de l'industrie manufacturière, puisque l'indice Markit français a rechuté à 48,3 en avril, après être déjà passé sous les 50, à 49,6 précisément en mars.

 

L'écart se creuse de nouveau entre l'industrie française et son homologue allemande.

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Sources : Markit, ACDEFI

 

Dans les services, si l'indice Markit français est passé de 49,9 en mars à 50,8 en avril, il reste toujours très bas et très en deçà de son homologue allemand, qui a pourtant reculé en avril.

Le comparatif est donc sans appel entre une économie allemande qui continue de croître, certes à un rythme ralenti mais appréciable, et une économie française qui fait du surplace.

 

Dans les services aussi, entre la France et l'Allemagne, il n'y a pas photo…

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Sources : Markit, ACDEFI

 

La corrélation entre les indices PMI et le PIB français confirme d'ailleurs que ce dernier devrait nettement ralentir dès le premier trimestre 2016 et au moins jusqu'à l'automne prochain. A moins que l'INSEE fasse de nouveau appel à la magie pour établir les comptes nationaux de la France.

 

Selon les enquêtes des directeurs d'achat, le glissement annuel du PIB français devrait s'effondrer.

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Sources : INSEE, Markit, ACDEFI

 

Cela fait effectivement trois trimestres consécutifs que l'évolution du PIB hexagonal est en complet décalage avec les indicateurs des directeurs d'achat. Autrement dit, entre ces derniers et l'INSEE, il y a forcément quelqu'un qui se trompe…

Le problème est que même l'enquête INSEE du climat des affaires indique qu'un ralentissement de la croissance française a bien eu lieu depuis la fin 2015. Pourtant, celui-ci n'apparaît toujours dans les comptes nationaux trimestriels. Bizarre…

 

L'indice INSEE du climat des affaires montre également que la croissance française ralentit.

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Sources : INSEE, ACDEFI

 

La question n'est donc pas de savoir si la croissance française va ralentir, mais quand les chiffres officiels le confirmeront…

Marc Touati

Les analyses hebdomadaires
Les derniers résultats publiés par la plupart des banques européennes et occidentales au sens large sont particulièrement bons. Pourtant, la récente faillite de Banco Popular en Espagne et son rachat par Santander pour 1 euro symbolique, mais aussi les difficultés aggravées de certaines banques italiennes, sans oublier les 200 milliards d’euros de créances douteuses qui affecteraient encore l’ensemble du système bancaire transalpin nous rappellent que le panorama bancaire européen est loin d’être parfait. En effet, à cause de conditions réglementaires de plus en plus contraignantes, mais aussi de taux d’intérêt obligataires beaucoup trop bas, les banques européennes demeurent fragiles. Pire, avec la concurrence des financements alternatifs, elles sont menacées jusqu’à leur existence même. A tel point que certains, et notamment au sein de la Commission européenne, n’hésitent plus à mettre en garde contre de multiples faillites bancaires au cours des trimestres à venir dans l’ensemble de l’Union. Certes, nous sommes encore loin du marasme qui a suivi la crise des subprimes de 2007 et qui a atteint son paroxysme avec la faillite de Lehman Brothers en 2008. Cependant, ce retour en force des vieux démons de la crise bancaire rappelle que le système bancaire et financier eurolandais reste menacé, notamment par une nouvelle phase d’aggravation des créances douteuses qui pourrait voir le jour dans les prochains trimestres. Après avoir dû constituer des provisions pour créances douteuses du secteur privé, les banques italiennes, françaises, européennes, et mondiales pourraient bien devoir rééditer l’opération, mais, cette fois-ci, pour des créances accordées au secteur public, qu’il s’agisse des obligations d’Etat ou des crédits accordés aux collectivités locales. Or, un tel scénario n’est pour l’instant pas vraiment intégré dans les « stress tests » de la BCE. Sans parler des risques sur les pays émergents et sur la situation géopolitique mondiale. Voilà pourquoi, et même si les banques européennes ont réduit leurs activités dangereuses (et notamment le « property trading », c’est-à-dire la spéculation avec leurs fonds propres) et bénéficient encore d’une politique monétaire extrêmement accommodante, elles restent toujours menacées par une croissance économique trop faible, une dette publique trop élevée et un risque de remontée massive des taux d’intérêt des obligations d’Etat. En conclusion, même si, pour l’instant, la situation apparaît sous contrôle, la probabilité d’une nouvelle crise bancaire demeure élevée. Ce qui signifie qu’après cinq belles années en termes de profits et de valorisation boursière, les banques européennes pourraient connaître quelques trimestres difficiles. En attendant des jours meilleurs… en 2019.