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L'humeur de la semaine - 18 juin 2009
L'humeur de la semaine - 12 juin 2009
Depuis neuf mois, on ne parle que de crise, de récession, de relance keynésienne ou encore, depuis quelques semaines, de reprise technique. Toutes ces préoccupations sont évidemment parfaitement justifiées. Néanmoins, en se concentrant sur le présent, c’est-à-dire sur le conjoncturel, elles font l’impasse sur l’essentiel, à savoir l’état structurel de nos économies. En effet, compte tenu du choc négatif d’envergure qu’elle représente, la crise de ces derniers trimestres aura forcément des conséquences concrètes et très souvent négatives sur la croissance structurelle des différents pays et zones de la planète. Même si la crise n’est pas encore complètement terminée, il paraît donc opportun de faire le point sur ce thème et d’établir une estimation des nouvelles croissances structurelles. Selon nos estimations, l’impact négatif de cette crise sur la croissance structurelle sera de l’ordre de 0,5 point. Cela signifie donc que celle des Etats-Unis a retrouvé son niveau des années 90, à 2,5 %, mais aussi que celle de la zone euro n’est plus que de 1,3 %. En d’autres termes, notre base de départ est bien plus basse qu’aux Etats-Unis et qu’il y a quinze ans. Le plus problématique réside dans le fait que pour engager un cercle vertueux de fortes créations d’emplois, une croissance d’au moins 2 % est nécessaire et que cette dernière doit atteindre 3 % pour éviter l’explosion de la bulle de la dette publique à partir de 2012-2015 (liée notamment au non financement de la retraite par répartition dans la plupart des pays de la zone euro).
Au-delà de la sortie de l’actuelle crise, le vrai enjeu qui attend les dirigeants européens se situe donc dans la gestion de l’après-crise, car si ces derniers ne trouvent pas les ressorts et le courage pour relancer la croissance structurelle, l’avenir de l’économie eurolandaise ne sera pas un W, ni en U, ni même un L, mais un J inversé.
L'humeur de la semaine - 05 juin 2009
Un petit mensonge vaut mieux qu’une grosse catastrophe. Qui n’a jamais pensé ou mis en pratique ce vieil adage ? Pas grand monde. Pourtant, si une telle pratique sied plutôt bien à la réalité du quotidien et peut même parfois devenir indispensable pour la bonne tenue des relations humaines, elle peut au contraire devenir dramatique lorsqu’elle s’applique à la sphère économico-financière. Et en particulier lorsque cette dernière est dominée par le court-termisme et devient ainsi la proie de toutes les incertitudes et rumeurs en tout genre.
Ainsi, sans remonter à l’aveuglement de la bulle Internet qui permettait de valoriser des entreprises en bourse non pas en fonction de leurs bénéfices, mais de leur chiffre d’affaires, voire de leurs pertes, la crise dans laquelle nous évoluons depuis plus de deux ans s’est accompagnée d’une déferlante impressionnante de contre-vérités. Si nous ne croyons absolument pas à la théorie trop pratique (car « déresponsabilisante » et donc dangereuse) du complot, il faut néanmoins reconnaître qu’une grande partie des évolutions financières de ces dernières années a été basée sur du vent. Pour autant, ces mensonges, manipulations et autres arnaques ne font que renforcer le rôle de l’économiste qui, bien loin de suivre bêtement le consensus, doit au contraire, tout faire pour déceler et dénoncer au grand jour ces contre-vérités. Il est d’ailleurs instructif de noter que tous les faux-semblants de ces dernières années et ceux qui prévalent encore aujourd’hui demeurent largement décelables. A condition de bien vouloir ôter les lunettes déformantes du consensus et de la pensée unique.
Espérons donc qu’un jour, les marchés sauront prendre du recul et ne plus se faire avoir par des rumeurs évidemment fausses mais très coûteuses. Pour ce faire, il faudra simplement retrouver un horizon temporel de moyen terme et sortir du court-termisme ambiant, car, comme le soulignait l’écrivain roumain Alexandru Vlahuta : « La vérité attend. Seul le mensonge est pressé ».
L'humeur de la semaine - 31 mai 2009
La sortie de crise et l’évitement d’une période comparable au marasme des années 1930 ne tomberont pas du ciel et ne seront que les produits des nombreuses décisions de politiques économiques (tant budgétaires que monétaires) prises à travers la planète, auxquelles s’ajouteront ou non les comportements positifs des différents acteurs privés, qu’il s’agisse des entreprises ou des ménages. Dans cette chaîne pour la reprise, pas un maillon ne doit manquer sous peine d’amoindrir l’amélioration de l’activité voire de transformer le rebond en un simple intermède entre deux tunnels. C’est pourquoi, en refusant d’abaisser au maximum son taux refi et en maintenant par là même un euro trop fort, la BCE fait courir un risque énorme à la zone euro qui pourrait donc bien être le parent pauvre de cette crise, c’est-à-dire l’une des zones les plus touchées du monde développé.
Mais dans le registre des erreurs à ne pas commettre, la BCE n’a pas le monopole et pourrait être rapidement rattrapée par les agences de notations. Même si elles ne sont évidemment pas les seules coupables, ces dernières ont effectivement joué un rôle important dans le développement de la crise financière, notamment en notant AAA des titres issus des dettes subprimes et en donnant un blanc seing à de nombreuses institutions financières qui avaient oublié la corrélation positive qui existe structurellement entre le rendement et le risque.
Non contentes de n’avoir pas vu l’évidence ou peut-être même pour essayer de se racheter de leurs erreurs du passé, ces mêmes agences de notation font aujourd’hui une erreur similaire, mais dans l’autre sens, c’est-à-dire en voulant dégrader excessivement les notes de certaines dettes publiques quitte à engager le monde dans une nouvelle crise, celle des Etats...
L'humeur de la semaine - 22 mai 2009
Un Cac 40 à plus de 3 200 points, un euro à 1,40 dollar, des taux d’intérêt à dix ans à presque 3,5 % aux Etats-Unis, un baril à 60 dollars. Qui l’eut cru ? Ces résultats apparaissent d’autant plus détonants qu’il y a encore quelques semaines, rares étaient ceux qui auraient misé le moindre kopeck sur de telles évolutions. Ainsi, il y a environ trois mois, ces mêmes grandeurs financières atteignaient des niveaux de 2 500 pour le Cac, de 1,24 dollar pour un euro, de 2 % pour le taux dix ans américain ou encore de 39 dollars le baril.
Que s’est-il donc passé en si peu de temps pour justifier une telle volatilité ? En fait, pas grand chose en apparence. Plus troublant encore, certaines évolutions économiques auraient même dû aller à l’encontre des évolutions financières effectivement enregistrées.
Toutes ces évolutions et tous ces paradoxes sont, selon nous, les témoins ou plutôt les manifestations financières de deux grandes réalités internationales. D’une part, ils montrent que les investisseurs restent particulièrement inquiets et prudents et que, ce faisant, les marchés demeurent fragiles, donc capables de nombreux excès à la hausse ou à la baisse. D’autre part, ils rappellent que les liquidités restent très fortes à travers la planète, justifiant des mouvements massifs et abrupts des variables financières. Ce sont donc, ces deux facteurs (fébrilité des investisseurs et cash pléthorique) qui vont encore faire courir les marchés au moins jusqu’à la fin 2009.
L'humeur de la semaine - 08 mai 2009
Après la pluie, vient le beau temps ; après la nuit, le jour se lève. La sagesse populaire ne manque pas de dictons pour relativiser les difficultés et garder l’espoir de lendemains meilleurs. Pour autant, il arrive parfois que les proverbes ne se réalisent pas et que les crises soient tellement longues qu’elles affectent plusieurs générations avant de se résorber. C’est exactement ce qu’ont voulu et veulent encore nous faire croire une large majorité des économistes, prévisionnistes et autres observateurs de la chose économico-financière.
Mais ce n’est pas parce que le consensus anticipe la poursuite de la récession que la reprise n’aura pas lieu. Bien au contraire. La preuve : le rebond des marchés a bien eu lieu depuis huit semaines alors que début mars, quasiment personne n’osait anticiper ne serait-ce que l’arrêt de la baisse des indices boursiers. Mais, au-delà des enseignements de l’histoire, le plus important réside dans les décisions qui ont été prises depuis quelques mois et dans les statistiques publiées chaque jour depuis quelques semaines qui ne sont certes pas toutes réjouissantes mais qui globalement confirment que le plus dur est bien passé.
Au total, nous continuons donc d’afficher des prévisions très loin de la vision noire et défaitiste du FMI. Selon nous, si l’année 2009 sera évidemment difficile (avec une croissance mondiale d’environ 1 %), elle sera néanmoins marquée par un net rebond à partir du printemps. Et si le fort effet d’acquis de décroissance engendré par la baisse massive du PIB au quatrième trimestre 2008 et au premier trimestre 2009 empêchera d’afficher une bonne performance sur 2009, l’année 2010 sera placée sous le signe du rebond significatif, avec une croissance qui devrait atteindre 2,6 % aux Etats-Unis, 0,8 % dans la zone euro, 9 % en Chine et 3 % pour la planète. Vivement 2010 !
L'humeur de la semaine - 04 mai 2009
Après dix huit mois de pessimisme et de bear market, les investisseurs boursiers n’osaient plus y croire. Si bien que la quasi-totalité d’entre eux n’a pas réussi à anticiper le rebond enregistré depuis huit semaines, non par manque de professionnalisme, mais tout simplement par aveuglement. Cet aveuglement est d’ailleurs tellement fort que l’embellie observée depuis début mars reste majoritairement analysée comme un mouvement passager qui sera suivi par une forte correction baissière. D’ailleurs, en renfort de cette thèse, le FMI vient encore de réviser en baisse ses prévisions de croissance mondiale. N’oublions cependant pas que les prévisions du FMI restent structurellement parmi les plus mauvaises de la planète.
De plus et surtout, même si certaines publications statistiques laisseront encore à désirer, leur amélioration va progressivement s’imposer, faisant prendre conscience aux investisseurs que les marchés boursiers restent encore peu chers et constituent par là même d’excellentes opportunités. C’est d’ailleurs ce que nous observons depuis quelques semaines tant aux Etats-Unis qu’en Europe et notamment en France, où tant le moral des chefs d’entreprise que la consommation des ménages ont surpris positivement.
Voilà pourquoi, nous maintenons notre scénario d’un Dow Jones à 10 500 et d’un Cac 40 à 4 000 d’ici un an. Si les Occidentaux n’en sont pas encore convaincus, il est instructifs de noter que les investisseurs des pays émergents, en particulier en Asie, ont déjà fait savoir qu’ils commençaient à revenir à l’achat tant sur les actions que sur les entreprises occidentales. Il ne faudra pas ensuite se plaindre si nos actuels fleurons industriels, technologiques et tertiaires ont changé de nationalité. C’est aussi à cela que sert une crise : la redistribution des cartes…
L'humeur de la semaine - 27 avril 2009
Décidément, la Réserve fédérale américaine ne veut laisser aucune chance à la déflation. En effet, non contente d’avoir abaissé son taux objectif des federal funds dans une fourchette comprise entre 0 et 0,25 %, non contente d’avoir repris à son compte une partie conséquente des créances douteuses des banques américaines, non contente d’avoir financer directement les pertes de Freddie Mac et Fannie Mae, la Fed se lance désormais dans la « planche à billet ».
Ainsi, elle vient de commencer à monétiser la dette publique américaine pour un montant 300 milliards de dollars. Ce sera donc la première fois depuis la guerre du Vietnam que la Fed va créer de la monnaie ex-nihilo, c’est-à-dire sans contrepartie de richesses créées.
L’avantage de cette stratégie est triple. Primo, elle permet à l’Etat américain de pratiquer une relance historique sans souci de financement.
Par là même et secundo, elle permet de contrecarrer l’augmentation des taux d’intérêt à long terme.
Tertio, dans la mesure où la politique monétaire américaine est beaucoup plus accommodante que celle de la zone euro et où, comme nous venons de l’expliquer les taux longs américains creusent l’écart avec leurs homologues eurolandais, le dollar/euro reste faible (en dépit de sa récente appréciation), redorant par là même la compétitivité des exportations américaines et réduisant les importations redevenues trop chères.
Malheureusement, la stratégie de la Fed recèle aussi deux effets pervers...
L'humeur de la semaine - 20 avril 2009
5 000 milliards de dollars de relance mondiale ici, 1 000 milliards de dollars supplémentaires accordés lors du G20 par là… A l’évidence, la valse des milliards a de quoi donner le tournis. Mais surtout, elle nous fait presque oublier que toutes ces sommes devront être financées, à des coûts qui pourraient devenir exorbitants. Certes, l’épargne mondiale est abondante, notamment en Asie et en Europe. Dès lors, le financement de ces plans de relance pharaoniques pourrait finalement se résumer à une allocation optimale de cette épargne. C’est d’ailleurs ce qui semble avoir été prévu par le G20 dans le cadre de l’accroissement des dotations au FMI et de la Banque Mondiale, financées pour l’essentiel par une augmentation des quotes-parts des pays les plus riches ou en voie de le devenir.
Pour autant, le passé récent nous a encore montré que l’économie ne pouvait pas se résoudre à une simple équation mathématique. En effet, la quasi-totalité des plans de relance dans les pays développés sera financée par de la dette publique. Seule la Chine et quelques pays émergents asiatiques pourront puiser dans leurs réserves de change pléthoriques, en particulier pour l’Empire du Milieu qui y a déjà puisé 300 milliards de dollars pour financer la moitié de son plan de relance. Pas grand chose finalement, lorsque l’on sait que les réserves de changes chinoises avoisinent encore les 1 600 milliards de dollars.
La vraie difficulté réside donc plutôt du côté des pays structurellement déficitaires et qui ont déjà fait beaucoup appel aux marchés pour financer leurs nombreux déficits. Mais là aussi, deux types de pays doivent être démarqués. Il y a d’une part ceux qui ont su augmenter leur dette publique pour augmenter leur croissance structurelle et, d’autre part, ceux pour qui la progression de la première s’est accompagnée d’une baisse de la seconde.
C’est là tout l’enjeu des relances actuelles : augmenter les dépenses publiques, pourquoi pas ? Mais si et seulement si cela produit plus de croissance que de dette. Sinon, tôt au tard, il faudra payer une facture insupportable tant économiquement que socialement. Essayons de ne pas en arriver là.
L'humeur de la semaine - 06 avril 2009
Depuis le début des années 2000, les pays émergents se sont illustrés par une croissance forte et un effort de rattrapage considérable. A tel point que, depuis 2002, ils réalisent les deux tiers de la croissance mondiale. Cette part est d’autant plus significative, qu’il y a trente ans, ces pays, qu’on appelait alors des PVD (pays en voie de développement) ne représentaient que 10 à 15 % de la croissance mondiale. C’est dire combien la mondialisation, notamment grâce aux transferts de capitaux et de technologies qu’elle a permis, a été une chance pour le monde émergent. C’est d’ailleurs grâce à (ou à cause de) ce dynamisme que la croissance mondiale a pu atteindre 5 % par an en moyenne de 2002 à 2007 et ce en dépit d’un cours du baril qui est passé sur la même période de 22 à 100 dollars.
Néanmoins, c’est aujourd’hui que commence la véritable épreuve pour les pays émergents. En effet, c’est toujours dans les phases de crise que l’on peut juger de la force ou de la faiblesse d’un acteur économique, qu’il s’agisse d’une entreprise, d’un particulier ou d’un pays. Ainsi, dès 2008 et a fortiori en 2009, de nombreux pays émergents ont pu faire preuve de leur résistance. Si bien que, pour la première fois dans l’histoire contemporaine, la quasi-totalité des pays dits développés enregistrent une baisse de leur PIB, tandis que les PIB de la plupart des pays émergents continuent d’augmenter. Autrement dit, si la croissance mondiale sera positive c’est année c’est presque exclusivement grâce au monde émergent.
Pour autant, il ne faut pas se voiler la face : la crise est difficile et tous les pays émergents souffrent également. Néanmoins, ces difficultés ne font finalement qu’afficher au grand jour les carences et les erreurs de développement de ces dernières années. Voilà pourquoi, malheureusement, les pays émergents qui pâtissent le plus de la crise actuelle sont les pays d’Europe de l’Est...
L'humeur de la semaine - 30 mars 2009
Tout a commencé il y a une vingtaine de jours avec quelques déclarations de Barack Obama faisant état du proche redémarrage de l’économie américaine. Ainsi, après avoir noirci volontairement le tableau pour faire voter sans tarder son plan de relance par le Congrès, le nouveau Président des Etats-Unis a vite retrouvé son rôle de tribun de grand talent pour appeler à la reprise, conscient que cette dernière ne pourra se produire qu’en sortant de la crise de confiance qui s’est installée outre-Atlantique depuis la calamiteuse faillite de Lehman Brothers. Ensuite, il y a eu les premières questions de certains clients et journalistes qui, après n’avoir juré que par la crise et le « bear market », commencent à en avoir assez de ces funestes desseins et préfèrent nous demander « et la reprise c’est pour quand ? ». Nous devons avouer que, les premières fois, nous avons eu un choc et avons dû nous pincer pour vérifier que nous ne rêvions pas.
Mais surtout, les dernières statistiques économiques publiées aux Etats-Unis (réduction du déficit extérieur, de l’augmentation des ventes au détail, ou encore du rebond des mises en chantier et des permis de construire en février) ont confirmé que le plus dur était bien derrière nous. Autrement dit, avant même que le plan de relance n’ait été lancé et de facto ne produise ses effets, l’économie américaine est déjà sur la voie du redressement.
Bien entendu, celle-ci ne sera pas rectiligne. Des efforts devront encore être réalisés pour restaurer la confiance. Cette dernière est effectivement une alchimie extrêmement difficile à réaliser mais indispensable à la bonne marche de nos économies. Pour autant, au fur et à mesure des bonnes nouvelles, la mode pourrait bien changer et passer du noir absolu au rose pâle puis incandescent. De quoi rappeler que nous sommes tous des "fashion victims"…
A chaud - 27 mars 2009
L'humeur de la semaine - 23 mars 2009
Optimistes, pessimistes, catastrophistes. Les prévisions économiques et financières font aujourd’hui l’objet de tous les commentaires et de toutes les critiques. Et cela est tout à fait normal. En effet, il est logique, honnête et surtout constructif d’accepter les débats et les oppositions de manière à essayer de réaliser les meilleures prévisions possibles. Sans néanmoins se laisser avaler par le consensus et la pensée unique.
C’est d’ailleurs la raison principale pour laquelle les économistes et les prévisionnistes en tous genres établissent des prévisions si différentes malgré une réalité de départ identique. Dans un souci de transparence et même si cela risque de déplaire à certains économistes qui souhaitent garder leur « expertise » pour eux sans la faire partager, nous souhaitons vous faire savoir qu’en temps normal les prévisions économiques et financières se basent sur trois piliers. A savoir, l'analyse économique, les équations économétriques et le "feeling".
Sachez néanmoins que compte tenu des incertitudes et des fortes révisions des statistiques déjà publiées, établir des prévisions aujourd’hui relève de la haute voltige. Pour être complètement francs, nous dirons donc qu'en ce moment, il n'est pas possible de faire des prévisions fiables. Il est vrai que la mode actuelle consiste à noircir le tableau à l’excès, mais en fait la prévision du pire n'est pas plus fiable que la nôtre. Alors pourquoi suivrions-nous bêtement le troupeau ? Cela n’a jamais été notre tasse de thé, il n’y a pas de raison pour que cela change...
L'humeur de la semaine - 15 mars 2009
A quinze jours du sommet du G20 de Londres, les spéculations vont bon train. D’aucuns vont même jusqu’à prévoir la fin du capitalisme et l’avènement d’un nouveau monde, où les Etats seraient surpuissants, où les frontières se refermeraient, avec réduction des marchés financiers à peau de chagrin et où le capital serait tellement taxé qu’il imposerait aux entreprises privées encore survivantes de se rallier à la toute puissance publique. Tout un programme… Au-delà de son aspect utopique et extrêmement dangereux pour la stabilité économique, politique et sociale de la planète, cette opinion surprend surtout parce qu’elle réussit à se diffuser à la vitesse de l’éclair et est même parfois présentée comme une solution crédible. Cela nous rappelle les ravages que peut causer la faiblesse de la culture économique dans l’Hexagone. En effet, devant l’inconnu ou la méconnaissance, la peur et les idées fausses se généralisent avec une extrême facilité. Or, lorsque l’Homme est habité par la peur et le mensonge, il est capable du pire.
C’est dire la responsabilité qui incombe actuellement aux dirigeants politiques, aux économistes et aux journalistes. Si par facilité, par cupidité ou encore par simple suivisme, ceux-ci continuent de diffuser des contrevérités, alors ils risquent de transformer la crise en un chaos duquel nous mettrons des années à sortir. En revanche, s’ils retrouvent leurs esprits et arrêtent de véhiculer du pessimisme et de la peur à outrance, alors le monde peut s’en sortir.
C’est dans ce cadre que le sommet du G20 du 2 avril prochain sera déterminant. Et pour cause : celui-ci doit absolument montrer à tous que le capitalisme n’est pas mort et qu’il vit une crise, certes grave, mais qui lui permettra de se reconstruire sur des bases plus saines.
L'humeur de la semaine - 09 mars 2009
En ces temps de crise où tout paraît sombre, où les acteurs économiques perdent un à un tous leurs repères, la tentation de la capitulation est forte. Et bien oui : pourquoi se fatiguer à oser garder l’espoir, autant suivre le troupeau comme tout le monde, acheter de l’or ou des terres arables et attendre que la fin du monde arrive.
D’ailleurs, à en croire les meilleurs « experts », le monde dans lequel nous vivons depuis la naissance du capitalisme au XVIIème siècle est en train de disparaître. Dès lors, il ne sert à rien de suivre les indicateurs économiques, d’établir des prévisions sur la base de l’analyse économique ou encore d’essayer de véhiculer un message d’optimisme : tout le monde le dit, le système va s’écrouler, il est donc inutile de prêcher dans le désert, sauf à vouloir se faire tirer dessus et se faire passer pour un illuminé…
Bien loin de ce comportement mimétique très facile mais complètement absurde à nos yeux, il nous paraît plutôt indispensable de sortir du carcan du défaitisme et du fatalisme. Pour ce faire, il faut prendre un maximum de recul par rapport à l’instant et par exemple réfléchir sur des notions fondamentales telles que celle de la liberté. Liberté physique bien entendu, mais surtout liberté intellectuelle. Sans vouloir s’engager dans un débat philosophique ésotérique qui n’aurait d’ailleurs pas sa place dans cette publication, nous souhaitons simplement pointer du doigt les risques d’auto-aliénation qui menacent.
En effet, sommes-nous vraiment en liberté ? Sommes-nous vraiment libres de penser et de dire ce que nous pensons intrinsèquement en toute indépendance ? Ou alors, nos pensées et nos écrits ne sont-ils pas plutôt le produit d’un environnement et d’une mentalité que nous subissons ? Ou encore pire, ne faisons-nous pas simplement qu’écrire sous la dictée de nos actionnaires, de nos clients, de nos collègues, de nos pairs, voire les quatre à la fois ?
L'humeur de la semaine - 27 février 2009
Baisse historique du PIB français et européen, hausse vertigineuse du chômage un peu partout dans le monde, résultats des entreprises globalement décevants, annonce de plans de licenciement, poursuite de la baisse des indices boursiers à travers le monde, écroulement des pays d’Europe de l’Est, guérilla urbaine en Guadeloupe… A l’évidence, les dernières nouvelles de la planète sont guère réjouissantes et risquent de donner envie à certains de baisser les bras, en sombrant dans un pessimisme démesuré. Si la tentation de noircir le tableau est évidemment forte voire pratique pour certains, elle constitue inévitablement la pire des solutions. En effet, après un an et demi de crise, nous sommes aujourd’hui à la croisée des chemins. Soit nous nous décourageons et nous sommes alors sûrs de perdre, car le pessimisme est, par définition, auto-réalisateur et par là même destructeur. Dans ce cadre, comme nous l’écrivions déjà en octobre dernier, il faut se barricader, s’acheter un lopin de terre pour cultiver ses légumes et élever ses chèvres, tout en se munissant d’un fusil pour défendre le tout…
En revanche, nous pouvons toujours opter pour la deuxième solution : celle de la sortie de crise par le haut. Pour ce faire, il suffit de se retrousser les manches et de retrouver une certaine dose d’espoir, voire d’optimisme. De la sorte, nous pourrons profiter à plein des plans de relance mis en place à travers le monde, de la baisse des taux d’intérêt et du repli des prix des matières premières. N’oublions pas que l’économie est une science humaine, sur laquelle les hommes et les femmes ont donc un véritable pouvoir et pour laquelle il n’y a donc pas de fatalité. Notre avenir est entre nos mains et si nous n’en sommes pas conscients, nous devenons alors la proie du doute et de la faillite...
L'humeur de la semaine - 22 février 2009
Depuis un peu plus d’un an, la plupart des experts étaient pourtant formels : les Etats-Unis devaient sombrer dans une grave récession alors que la zone euro devait souffrir mais néanmoins sortir la tête de l’eau. A l’inverse, depuis un an, nous soutenons que le marasme économique sera bien plus sérieux de ce côté-ci de l’Atlantique que chez l’Oncle Sam.
Depuis le deuxième trimestre, cet écart s’est confirmé. Ainsi, alors que le PIB américain augmenté de 0,7 % au deuxième trimestre (2,8 % en rythme annualisé), celui de la zone euro commençait sa descente en reculant de 0,2 %. Au troisième trimestre, l’écart est moins fort mais il est néanmoins présent : - 0,1 % pour le PIB outre-Atlantique et encore - 0,2 % dans la zone euro. Cela nous rappelle d’ailleurs que la récession eurolandaise a non seulement commencé avant celle des Etats-Unis, mais surtout qu’elle n’est pas due à la seule crise financière de l’automne dernier. Celle-ci est évidemment le bouc émissaire idéal permettant de masquer les errements eurolandais…
Le pire c’est qu’en dépit de ces réalités indubitables, le consensus des économistes n’a pas révisé le tir : il a continué de penser que l’Oncle Sam allait s’effondrer mais que la « Tante Eurolande » allait résister.
Peut-être les comptes nationaux du quatrième trimestre vont-ils réveiller tous ces endormis. Car la chute du PIB dans les pays de la zone euro est sans appel : - 2,1 % en Allemagne, - 1,8 % en Italie, - 1,2 % en France, - 1 % en Espagne, - 2 % au Portugal et, in fine, une chute de 1,5 % pour le PIB de l’ensemble de la zone euro, du jamais vu depuis que les statistiques eurolandaises existent, c’est-à-dire depuis 1995. En glissement annuel, le PIB de l’UEM recule de 1,2 %, là aussi du jamais vu. A titre de comparaison, le PIB américain a reculé de 1 % au quatrième trimestre et de 0,2 % en glissement annuel...