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"Quand la zone euro explosera..."
L'un des best-sellers des livres économiques en 2013
Le premier livre a avoir prévu la sortie de la récession dès février 2009
Plus de 15 000 exemplaires vendus
Merci aux 12500 signataires de la
petition pour une BCE responsable
Malheureusement, le combat continue...
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L'humeur de la semaine - 02 mai 2016
Avec la reprise française, c’est un peu comme avec le conte de « Pierre et le loup ». A force d’être annoncée en vain, lorsqu’elle arrive (peut-être enfin), personne n’y croit… Depuis 2010, les dirigeants politiques français ont effectivement tout essayé : « la crise est finie », « la reprise est là », « le chômage va fortement baisser » et plus dernièrement « ça va mieux ». Autant d’annonces qui participaient principalement à une méthode Coué renforcée par de nombreux effets marketing, mais qui n’ont finalement pas été suivis d’effets concrets. Du moins jusqu’à la semaine dernière. Car, attention, cette fois « c’est sûr », l’économie française semble vraiment sortir du tunnel si l’on en croit d’un côté les chiffres de la DARES, qui annoncent une forte baisse du nombre de chômeurs en mars et, de l’autre côté, l’INSEE qui a publié des comptes nationaux du premier trimestre 2016, disons-le, exceptionnels ! Mais, au risque de faire de la peine à notre Président de « la reprise est là », cette baisse du chômage est artificielle, pour ne pas dire fallacieuse. Elle ne correspond simplement qu’au début des postes de « formations » des chômeurs, qui consistent à faire passer ces derniers de la catégorie A à la catégorie D ou E. Notons d’ailleurs que, dans ces deux catégories, on compte 1 600 chômeurs de plus sur le même mois de mars. Ne cherchez plus l’erreur, vous l’avez trouvée… Plus globalement, même si nous ne voulons pas remettre en question les calculs de l’INSEE, il faut admettre que la croissance forte des derniers trimestres tranche avec les données de toutes les enquêtes, notamment celles des directeurs d’achat interrogés par Markit, mais aussi celles de l’INSEE auprès des chefs d’entreprise et des ménages. Autrement dit, selon les chiffres officiels, la reprise est là, mais les Français sont las… En fait, compte tenu des dérapages sociaux passés et à venir dans l’Hexagone, du ralentissement de la croissance mondiale, mais aussi des risques internationaux, tels que le retour de la crise grecque, l’occurrence d’un Brexit, la remontée intempestive de l’euro/dollar, ou encore le renchérissement progressif du pétrole et des matières premières, il est clair que la probabilité d’une rechute de la croissance française augmente rapidement et massivement...
L'humeur de la semaine - 22 avril 2016
Pendant que les médias se focalisent sur la piètre popularité de François Hollande et sur les dérapages insomniaques de certains extrémistes de gauche place de la République, d’autres évènements bien plus dangereux pour la stabilité économico-politique de la planète se cristallisent devant nos yeux. Il s’agit tout d’abord de la destitution prévisible de la présidente brésilienne Dilma Rousseff. Si cette dernière a déjà particulièrement brillé par son incompétence et a par là même participé à l’effondrement de la croissance de son pays, le climat insurrectionnel qui sévit dans la patrie de Santos Dumont pourrait laisser des traces durables. Mais sans aller aussi loin, une crise encore plus dramatique pourrait rapidement s’imposer sur notre Vieux Continent. En effet, ce dernier est menacé par au moins trois grands dangers imminents. Le premier est relatif aux nouvelles négociations sur la dette grecque. Eh bien oui, comme tous les ans, la dette exorbitante de l’Etat grec refait parler d’elle. Et pour cause : depuis 2010, on ne fait que poser des pansements, certes de plus en plus gros, mais sur une plaie béante et de plus en plus douloureuse. Avec in fine un fort risque de Grexit. Deuxième danger : le Brexit. Aussi fou que cela puisse paraître et en dépit des alertes catastrophistes (et souvent exagérées d’ailleurs) des dirigeants britanniques et européens, la probabilité de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne ne cesse de croître. Enfin, sur l’échelle des « Exit », il y a encore plus effrayant. A savoir le Gerxit : Germany Exit ! La levée de boucliers de nombreux dirigeants politiques et monétaires allemands face à la politique ultra-accommodante et aussi très peu efficace de la BCE est une nouvelle illustration de ce risque. Au total, l’Europe paraît particulièrement fragilisée, ce qui ne manquera évidemment pas de peser sur l’évolution des marchés financiers mais aussi de l’économie européenne, voire mondiale. Pourtant, en dépit de ces risques évidents, les investisseurs et les bourses internationales continuent de « planer ». Malheureusement, le jour où les effets de l’opium des banques centrales va s’estomper et où la réalité va reprendre le dessus, le réveil sera particulièrement douloureux…
L'humeur de la semaine - 15 avril 2016
Le FMI a beau réviser à la baisse ses prévisions de croissance et prévenir la communauté internationale que l’économie mondiale reste menacée par une nouvelle crise, les marchés boursiers n’en ont cure. Ils préfèrent au contraire croire aux miracles et continuer de progresser en dépit des menaces. Nous sommes donc bien revenus dans ce que l’on appelle un « bull market », c’est-à-dire un marché qui préfère ignorer les dangers et croître coûte que coûte. Certes, il faut reconnaître que les prévisions du FMI sont rarement exactes. Il y a encore quelques mois, celles-ci faisaient d’ailleurs état d’une croissance mondiale forte, d’un Brésil simplement en petite forme passagère, d’une zone euro en plein boom et d’une France qui s’apprêtait à fortement redémarrer. Aujourd’hui, ce même FMI est loin de cet optimisme béat. Ses prévisions pour 2016 sont ainsi bien plus ternes. Il anticipe par exemple une croissance mondiale de 3,2 %, contre 3,6 % en octobre dernier. A titre d’illustration, souvenons-nous qu’en octobre 2014, il annonçait une croissance mondiale de 3,8 % pour 2015 et que cette dernière a finalement été de 3,1 % (chiffre d’ailleurs non définitif). C’est dire combien la prévision actuelle du FMI risque malheureusement de s’avérer encore trop optimiste… Pour notre part, nous continuons de prévoir une progression du PIB mondial d’environ 2,4 % cette année, ce qui signifie que, si nous avons raison, les marchés risques d’encaisser pas mal de déceptions et de déconvenues d’ici la fin 2016. Autrement dit, alimenté par « l’opium » diffusé massivement par les banques centrales, l’aveuglement collectif continue sur les marchés financiers. Le réveil n’en sera malheureusement que plus douloureux lorsqu’il faudra affronter la réalité de la décélération de l’activité économique internationale. En conséquence et conformément aux prévisions que nous établissions il y a environ un an, la volatilité va rester extrêmement forte sur les marchés boursiers. Pour le Cac 40, cela se traduira par de nombreux allers-retours entre 3 800 et 4 600. La fourchette haute étant sur le point d’être atteinte, il faut donc se préparer à une dégringolade imminente.
L'humeur de la semaine - 08 avril 2016
« Couvrez ce sein, que je ne saurais voir. Par de pareils objets les âmes sont blessées, Et cela fait venir de coupables pensées. » Cette tirade du Tartuffe de Molière a beau dater de 1664, elle ne cesse d’être d’actualité, en particulier dans un monde dominé par le marketing et les faux semblants. Dernier exemple en date : la « tartuffade » des politiques, notamment français, qui font mine de découvrir que le Panama est un paradis fiscal. Soyons donc sérieux et arrêtons de nous voiler la face : il existe aujourd’hui une cinquantaine de paradis fiscaux à travers le monde. Certains paradis fiscaux sont d'ailleurs des pays développés, notamment Singapour et la Suisse, et d’autres font même partie de la zone euro, en l’occurrence le Luxembourg et l’Irlande. Et oui, on l’oublie trop souvent, mais selon la définition officielle de l’OCDE, un paradis fiscal est un « pays ou territoire à fiscalité réduite ou nulle, c'est-à-dire où le taux d'imposition est jugé très bas en comparaison avec les niveaux d'imposition existant dans les pays de l'OCDE ». Selon cette considération, on pourrait donc même y inclure le Royaume-Uni, voire le Portugal. Si l’on pousse le raisonnement à l’extrême, dans la mesure où la France est l’un des pays au monde où le taux de prélèvements obligatoires est le plus élevé, cela signifie donc que, pour un Français, la quasi-totalité des pays de la planète sont des paradis fiscaux. Nous touchons là au nœud du problème car si les paradis fiscaux sont si nombreux c’est avant tout parce qu’il existe des enfers fiscaux ! En d’autres termes, si nous réduisons massivement la pression fiscale en France, les paradis fiscaux n’auront plus lieu d’être car le jeu n’en vaudra pas la chandelle. Il faut donc arrêter de faire croire que tous nos maux sont dus aux paradis fiscaux, arrêter également de liguer les Français les uns contre les autres et d'attiser la lutte des classes. Le seul moyen de sortir la France du marasme est, au contraire, de réduire la pression fiscale qui pèse sur les ménages et les entreprises. Si les dirigeants français s'obstinent à faire le contraire et à stigmatiser les Français qui ont réussi et qui paient donc beaucoup d'impôts, alors il faut se préparer à un véritable exode fiscal qui coûtera très cher à notre beau pays et ce pendant de très nombreuses années.
L'humeur de la semaine - 01 avril 2016
Encore une triste semaine pour le gouvernement français et plus globalement pour l’ensemble de la France et de ses citoyens. Tout a commencé avec le satisfecit de Michel Sapin sur le déficit public dont le poids dans le PIB est passé de 4,0 % en 2014 à 3,5 % en 2015. En dépit du caractère provisoire de ce repli, le gouvernement n’a pas hésité à laisser entendre que l’Etat français disposait désormais d’une marge de manœuvre pour augmenter les dépenses publiques. Avec un déficit public de 77,4 milliards d’euros et une dette de quasiment 2 100 milliards d’euros, il faut quand même oser… Nous voilà donc repartis en 2000, lorsque, grâce à une croissance économique plus forte qu’anticipé (qui était tout de même de 3,6 % par an de 1998 à 2000, contre 0,6 % de 2012 à 2015), le gouvernement Jospin évoquait la formation d’une « cagnotte ». Avec les tristes résultats que l'on sait... Il est donc clair que le déficit public français ne baissera pas en 2016. Il pourrait même remonter à 3,7 %. Une évolution qui ne manquera évidemment pas de réduire encore la piètre crédibilité du gouvernement. Cette dernière vient d’ailleurs encore de pâtir de deux autres évènements fâcheux, à savoir la reculade sur la déchéance de nationalité et le retoquage massif de la « loi travail », qui n’a pourtant pas empêché de nouvelles grèves et manifestations dans l’ensemble du pays.
Même si toutes ces mésaventures ne sont pas directement liées, elles montrent néanmoins l’incapacité du gouvernement à tenir un cap et surtout l’impossibilité de mener une refonte structurelle de l’économie française. Quelle tristesse !
L'humeur de la semaine - 25 mars 2016
Malheureusement, que ce soit en matière de croissance, de chômage, de dette publique ou de sécurité, la France et l’Europe se rejoignent dans leur manque de clairvoyance et leur déni de réalité. Et ce, depuis plus de vingt ans. En effet, la faiblesse structurelle de la croissance, l’incapacité à faire baisser fortement et durablement le chômage, l’augmentation de la dette publique à environ 100 % du PIB ou la radicalisation de certains « enfants de la patrie » qui ont réussi à semer la peur et la mort à Paris et à Bruxelles ne sont pas tombées du ciel en quelques mois. Même s’ils sont évidemment très différents, tous ces tristes évènements étaient tout à fait prévisibles depuis au moins quinze ans. Encore fallait-il avoir le courage de regarder la réalité en face et de prendre les mesures adéquates suffisamment tôt. Mais non, à cause d’un manque criant de réalisme, les dirigeants eurolandais n’ont cessé de vouloir faire croire que tout était sous contrôle. En vain. Et c’est bien là le drame des attentats de ces dernières années. Au-delà de l’horreur humanitaire qu’ils engendrent, ils distillent un doute quant à la capacité des dirigeants français, belges et européens à circonscrire ces risques et à assurer la sécurité physique des entreprises et des citoyens. Or, sans sécurité, pas de confiance. Et sans confiance, moins d’investissement et de consommation, donc moins de croissance et plus de chômage. Le raisonnement est malheureusement impitoyable : si déjà avec un environnement relativement sûr, la croissance en France et dans la zone euro est structurellement molle, que va-t-elle devenir avec un risque terroriste majeur ?
L'humeur de la semaine - 18 mars 2016
Après le CICE, puis le pacte de responsabilité et, bien entendu, la loi Macron, c’est au tour de la « loi travail » d’accoucher d’une souris. En effet, c’est à chaque fois la même ritournelle : on nous fait croire que les réformes à venir sont révolutionnaires, mais elles s’avèrent n’être finalement que des réformettes, voire des mesures contre-productives. Ainsi, en dépit des apparents cadeaux contenus dans le CICE et le pacte de responsabilité, la pression fiscale globale qui pèse sur les entreprises françaises a augmenté. De même, étant soumise à la validation des syndicats au sein des entreprises, la seule véritable avancée de la loi Macron, en l’occurrence l’élargissement de l’ouverture des commerces le dimanche, n’a quasiment pas vu le jour. L’exemple malheureux de la Fnac nous l’a dernièrement rappelé. Enfin, relativement appréciable dans sa première mouture, la « loi travail » a finalement été vidée de sa substance, rappelant que la modernisation de l’économie française relève de la mission impossible. C'est malheureusement bien connu : les Français ne savent pas faire des réformes, mais seulement des révolutions. C'est en défendant cet adage d'un autre temps que, depuis trois décennies, les différents gouvernements de l'Hexagone ont refusé d'engager la réforme en profondeur et la modernisation de nos structures économiques. Seul hic, mais il est de taille : une « révolution », on sait quand elle commence, mais on ne sait pas quand et surtout comment elle se termine. Plutôt que d'en arriver là, il serait donc beaucoup plus opportun d'engager le pays dans de véritables réformes, en les expliquant aux Français avec pédagogie et indépendamment des partis pris politiciens. La question reste simplement de savoir si les hommes et femmes politiques français en ont la volonté et/ou le courage. Pour le moment, la réponse est clairement négative. Dommage.
L'humeur de la semaine - 11 mars 2016
L’acharnement des syndicats et de certains étudiants contre la « loi travail » fait vraiment peine à voir. Il montre notamment que le chômage n’est malheureusement pas près de baisser dans notre « pauvre France ». Car ne nous leurrons pas : la loi El Khomri est encore très loin d’une vraie libération du marché du travail français. En effet, dans le prolongement de la réduction du coût du travail et de la fin du caractère obligatoire des 35 heures (pour lesquels nous militons depuis des années), la France doit également remédier au plus vite à l’autre grand handicap de son marché du travail : une rigidité et une complexité sans égal. Pour l’illustrer, un simple fait vaut mieux que de longs discours : déjà épais de 2 600 pages en 2005, le code du travail français compte actuellement environ 3 500 pages, contre environ 100 pages en Suisse et 500 en Allemagne. Évidemment, en lisant ces quelques lignes, certains ne manqueront pas de crier à la manipulation ou encore à la promotion de l’ultralibéralisme. Ils sont malheureusement, parfois bien malgré eux, le reflet des archaïsmes qui ont fait passer la France du statut de puissance de premier plan à celui de pays en déclin. Bien sûr, les salariés doivent être défendus. Il existe aussi des patrons voyous à la cupidité débordante. Il ne s’agit néanmoins que d’exceptions qui confirment la règle : la création d’emplois dans l’Hexagone est structurellement freinée par un marché du travail trop rigide qui exerce une pression réglementaire souvent insupportable, en particulier pour les PME. Il est donc grand temps de mettre fin à la dictature d’un code du travail prohibitif et d’une inspection du même nom qui voit toutes les entreprises comme esclavagistes. Ne l’oublions jamais : ce sont les entreprises qui créent des emplois et pour qu’elles le fassent il faut instaurer des conditions favorables. Alors écrivons-le sans détour : la « loi travail » de l’actuel gouvernement, qui ne verra d’ailleurs certainement jamais le jour en l’état, n’est qu’une réformette. Voici ce que serait une vraie réforme structurelle du marché du travail...
L'humeur de la semaine - 04 mars 2016
Il s’agissait d’une des principales craintes que nous formulions il y a presque dix ans. C’est désormais chose faite : déflation, croissance zéro, taux d’intérêt négatifs, trappe à liquidités. Tous les maux économiques que nous espérions cantonnés à l’Archipel nippon sont désormais chez nous, en France, dans la zone euro et peut-être bientôt dans l’ensemble du monde occidental. Autrement dit, nous n’avons pas su tirer les leçons des erreurs japonaises et sommes tombés dans les mêmes pièges. Nous n’avons pas su comprendre et admettre que si le Japon, pourtant superpuissance des années 1980, était tombé de son piédestal, une telle déchéance serait encore plus douloureuse pour nous. En effet, les mêmes erreurs ont été commises : arrogance, dogmatisme, politique monétaire trop restrictive, taux de change surévalué, explosion de la dette publique et le tout couronné par une croissance structurellement molle. Pire, la faiblesse des taux monétaires et l’utilisation massive de la « planche à billets » n’ont pas produit les effets escomptés. A tel point que « l’alignement des planètes » de l’an passé n’a pas réussi à restaurer une croissance forte et durable. En fait, à l’instar du Japon mais avec dix ans de retard, la zone euro, la France, voire les Etats-Unis, se sont enfoncés dans une « trappe à liquidités » de plus en plus dangereuse, qui ne fait qu’alimenter une bulle obligataire sans soutenir l’activité économique. Cerise sur ce gâteau empoisonné, la déflation est aussi de retour en Europe, seulement un an après l’avoir quittée et n’est pas près de disparaître. Il faut donc se rendre à l’évidence : le modèle japonais de la déflation s’est bien imposé, avec les dégâts durables que cela engendre, notamment en termes de chômage et de faiblesse des revenus et par là même de risque sociétaux...
Economic World - 29 février 2016
L'humeur de la semaine - 26 février 2016
Mais quelle mouche a-t-elle bien pu piquer nos amis anglo-saxons ? Que ce soit outre-Manche, avec la tentation du Brexit, ou outre-Atlantique, avec la montée en puissance de Donald Trump dans la course à la présidentielle, un vent protectionniste, voire isolationniste, semble effectivement s’imposer progressivement. Comment en-est-on arrivé là et surtout, comment allons-nous en sortir ? Car, ne nous leurrons, si le Royaume-Uni quitte l’Union européenne à l’issue du référendum du 23 juin et/ou si Donald Trump est élu Président des Etats-Unis en novembre prochain, en appliquant son programme à la lettre, la planète connaîtra un chamboulement majeur, tant d’un point de vue géopolitique qu’économique ou encore financier.Autrement dit, si, pour le moment, les marchés, investisseurs et entreprises sont, à juste titre, inquiétés par le ralentissement de la croissance mondiale, l’évolution des cours pétroliers et les risques d’attentats, l’occurrence de ces deux évènements pourrait bien constituer le danger principal de l’année 2016. Et une fois encore l’origine première de cette menace réside dans la faiblesse de l’Europe qui, après avoir été la réalisation phare de la seconde partie du vingtième siècle, est redevenue le parent pauvre de la planète, à la fois sur le front de la création de richesses, mais aussi sur celui de la stabilité politico-sociétale et de la lutte contre les extrémismes. Pour éviter le pire, il est donc urgent de réformer en profondeur l’Europe et la zone euro pour en faire des machines à croissance et à emplois. C’est seulement à ce moment-là qu’elles pourront chasser les peurs et redevenir des terres d’immigration fertile. De même, en augmentant la pression fiscale et en accroissant des dépenses publiques inefficaces, Obama a en partie cassé le rêve américain, ouvrant la porte aux tentations protectionnistes et au repli sur soi. Comme dit le proverbe chinois : « Lorsque souffle le vent du changement, certains construisent des murs, d’autres des moulins. » Espérons que, des deux côtés de l’Atlantique, les dirigeants et les peuples sauront faire le bon choix. Sinon, il faut se préparer à des lendemains bien plus difficiles que ceux que l’on peut imaginer aujourd’hui.
L'humeur de la semaine - 18 février 2016
Quatre banques italiennes au bord de la faillite, 200 milliards d’euros de créances douteuses pour l’ensemble du système bancaire transalpin, résultats décevants pour de nombreuses banques européennes et notamment pour la Société Générale, risques de défaut grandissants à travers la planète eu égard au ralentissement de la croissance mondiale… Il n’en a pas fallu plus pour susciter un mouvement de panique boursière sur de nombreuses banques, en particulier en Europe. Sur la seule journée du 11 février, le cours de la Société Générale a ainsi perdu 12,6 %, subissant alors un plongeon de 33,6 % depuis le début 2015 ! Et ce n’est pas la remontée des jours suivants qui a permis de rassurer les investisseurs. Même si nous sommes encore loin du marasme qui a suivi la faillite de Lehman Brothers, ce retour en force des vieux démons de la crise bancaire rappelle que le système bancaire et financier eurolandais reste très fragile, notamment parce qu’il est menacé par une nouvelle phase d’aggravation des créances douteuses qui pourrait voir le jour dans les prochains mois. En effet, en dépit des apparences et des promesses de bonne gestion, « le ménage » n’a pas forcément été bien fait dans de nombreuses banques européennes. Certes, ces dernières bénéficient de l’aide pléthorique de la BCE, notamment depuis la fin 2011 avec le début des opérations non-conventionnelles, ensuite de 2012 à 2015 avec les baisses du taux refi, désormais à 0,05 %, et enfin avec la « planche à billets » de 60 milliards d’euros par mois depuis mars 2015. Cependant, au-delà de ces cadeaux sans limite, les banques européennes doivent faire face à trois handicaps majeurs. Primo, des règles prudentielles de plus en plus contraignantes. Secundo, une croissance économique historiquement faible, en dépit d’un léger rebond l’an passé, qui est d’ailleurs déjà en train de s’étioler. Tertio, la baisse excessive des taux d’intérêt des obligations d’Etat. Mais ce n’est pas tout ! Car, pour le moment cet équilibre très fragile ne prend absolument pas en compte le risque de réactivation de la crise de la dette publique. Dans ce cadre, même si, pour l’instant, la situation apparaît sous contrôle, la probabilité d’une nouvelle crise bancaire demeure élevée. Ce qui signifie qu’après cinq belles années en termes de profits et de valorisation boursière, les banques européennes pourraient connaître quelques trimestres difficiles. En attendant des jours meilleurs… en 2018.
L'humeur de la semaine - 12 février 2016
Certains appellent cela un « flight to quality ». En fait, il s’agit plutôt d’un « flight to irrationality ». En effet, après avoir touché des plus bas historiques en avril 2015, puis être remonté significativement jusqu’à l’automne dernier, les taux d’intérêt à dix ans des obligations des principaux Etats occidentaux ont ensuite repris le chemin de la baisse. Depuis quelques semaines, ce repli s’est transformé en effondrement, avec souvent le retour de taux d’intérêt négatifs sur des échéances plus courtes. Pour les échéances de deux à six ans, les « bonds » de l’Etat français offrent même des rendements négatifs. En d’autres termes, il faut désormais payer pour avoir le privilège de prêter à l’Etat français. Et ce, en dépit d’une dette publique de près de 100 % du PIB, de l’incapacité de réduire le déficit public sous les 3 % du PIB et des nombreux risques qui pèsent sur l’avenir économique et politique de la France. Le pire est que cette baisse des taux, qui s’apparente plus à une « descente aux enfers » qu’à un mouvement salutaire, apparaît « normale » pour certains. Selon eux, elle serait liée à un mouvement d’afflux vers la qualité en provenance des marchés boursiers qui chutent fortement vers les marchés des obligations d’Etat a priori « plus sûrs ». Et c’est bien là que le bât blesse, car si la probabilité de défaut d’un Etat occidental dans les dix prochaines années est relativement faible, celle de la remontée des taux longs à ce même horizon est beaucoup plus élevée, rendant donc inévitables des moins-values conséquentes sur les placements obligataires. Autrement dit, en dépit de l’aveuglement collectif, depuis les investisseurs chevronnés jusqu’aux petits épargnants en passant par la BCE, nous continuons de défendre que des taux d’intérêt des obligations de l’Etat français, mais aussi de l’ensemble des pays de la zone euro, aussi bas ne sont pas normaux. Dès lors, si, malgré les évidences, certains préfèrent encore acheter ce type de produits, il ne faudra pas venir se plaindre lorsque le krach obligataire s’installera…
L'humeur de la semaine - 05 février 2016
C’est bien connu : lorsque les êtres humains sont perdus, ils regardent vers le ciel et cherchent des solutions pour retrouver leur chemin. De même, en économie et sur les marchés financiers, lorsque rien ne va plus et que les boussoles usuelles ne fonctionnent pas, il est fréquent de se retourner vers les astres. Malheureusement, ce comportement un peu désespéré est souvent de mauvais augure. Ainsi, l’an passé, pour essayer de se réconforter, les Eurolandais ont mis en exergue le fameux « alignement des planètes », censé leur permettre de retrouver la voie de la croissance forte. Il s’agissait effectivement de la conjonction de cinq éléments particulièrement favorables : la baisse des cours des matières premières, et notamment du pétrole, la dépréciation de l’euro, la baisse des taux d’intérêt des obligations d’Etat, l’avènement d’un taux refi de la BCE de 0,05 % et, enfin, la « planche à billets » de la même BCE, qui, depuis mars 2015, injecte 60 milliards d’euros chaque mois dans le circuit financier. Grâce à ces exceptionnels « cadeaux du ciel », la croissance eurolandaise et celle de la France auraient donc dû flamber. Selon nos calculs, ces cinq éléments avaient le pouvoir de doper celles-ci vers les 3 %. Magnifique ! Seulement voilà, bien loin de ce niveau potentiel, la croissance n’a été que de 1,1 % dans l’Hexagone et d’au mieux 1,5 % dans la zone euro. Et ce, pour la simple raison que la croissance structurelle de la France et de la zone euro n’est que d’environ 0,7 %. Pire, à présent que les planètes se désalignent, que les effets positifs de la faiblesse des taux d’intérêt monétaires et obligataires et de la planche à billets s’émoussent, se noyant dans une « trappe à liquidités » déconcertante, les économies de la France, de la zone euro et de l’ensemble de ses membres ne pourront que ralentir en 2016. Pour ne rien arranger, elles pâtiront également du ralentissement de la croissance mondiale, et notamment de celle des pays émergents, à commencer par la Chine, qui n’a plus la force de croître à un rythme supérieur à 6,5 %. Ce qui nous amène de nouveau dans les étoiles, ou plutôt dans l’astrologie, puisque, selon le calendrier chinois, l’année qui va débuter le 8 février 2016 sera celle du singe de feu. Tout un programme !
Les analyses hebdomadaires
Avec la reprise française, c’est un peu comme avec le conte de « Pierre et le loup ». A force d’être annoncée en vain, lorsqu’elle arrive (peut-être enfin), personne n’y croit… Depuis 2010, les dirigeants politiques français ont effectivement tout essayé : « la crise est finie », « la reprise est là », « le chômage va fortement baisser » et plus dernièrement « ça va mieux ». Autant d’annonces qui participaient principalement à une méthode Coué renforcée par de nombreux effets marketing, mais qui n’ont finalement pas été suivis d’effets concrets. Du moins jusqu’à la semaine dernière. Car, attention, cette fois « c’est sûr », l’économie française semble vraiment sortir du tunnel si l’on en croit d’un côté les chiffres de la DARES, qui annoncent une forte baisse du nombre de chômeurs en mars et, de l’autre côté, l’INSEE qui a publié des comptes nationaux du premier trimestre 2016, disons-le, exceptionnels ! Mais, au risque de faire de la peine à notre Président de « la reprise est là », cette baisse du chômage est artificielle, pour ne pas dire fallacieuse. Elle ne correspond simplement qu’au début des postes de « formations » des chômeurs, qui consistent à faire passer ces derniers de la catégorie A à la catégorie D ou E. Notons d’ailleurs que, dans ces deux catégories, on compte 1 600 chômeurs de plus sur le même mois de mars. Ne cherchez plus l’erreur, vous l’avez trouvée… Plus globalement, même si nous ne voulons pas remettre en question les calculs de l’INSEE, il faut admettre que la croissance forte des derniers trimestres tranche avec les données de toutes les enquêtes, notamment celles des directeurs d’achat interrogés par Markit, mais aussi celles de l’INSEE auprès des chefs d’entreprise et des ménages. Autrement dit, selon les chiffres officiels, la reprise est là, mais les Français sont las… En fait, compte tenu des dérapages sociaux passés et à venir dans l’Hexagone, du ralentissement de la croissance mondiale, mais aussi des risques internationaux, tels que le retour de la crise grecque, l’occurrence d’un Brexit, la remontée intempestive de l’euro/dollar, ou encore le renchérissement progressif du pétrole et des matières premières, il est clair que la probabilité d’une rechute de la croissance française augmente rapidement et massivement...
A suivre du 2 au 6 mai :
- Lundi 2, 4h (heure de Paris) : confirmation de la baisse à 48,0 de l’indice Markit Nikkei PMI dans l'industrie manufacturière.
- Lundi 2, de 9h50 à 10h : révision en légère baisse des indices Markit PMI dans l'industrie manufacturière en France, en Allemagne et dans la zone euro.
- Lundi 2, 16h : l’indice ISM des directeurs d’achat de nouveau en léger repli dans l’industrie manufacturière américaine.
- Mardi 3, 3h45 : l’indice Markit Caixin PMI dans l'industrie chinoise recule légèrement et reste sous les 50.
- Mercredi 4, 8h45 : le déficit extérieur français reste proche des 5 milliards d’euros.
- Mercredi 4, de 9h50 à 10h : les indices Markit PMI dans les services en France, en Allemagne et dans la zone euro sont révisés en légère baisse.
- Mercredi 4, 14h15 : les créations d’emploi dans le secteur privé ralentissent nettement aux Etats-Unis selon ADP.
- Mercredi 4, 14h30 : nouvelle forte baisse de la productivité aux Etats-Unis au premier trimestre 2016.
- Mercredi 4, 14h30 : le déficit extérieur américain recule légèrement à 45 milliards de dollars.
- Mercredi 4, 16h : les commandes industrielles reculent encore outre-Atlantique.
- Mercredi 4, 16h : l’indice ISM dans le secteur non-manufacturier repart à la baisse.
- Jeudi 5, 3h45 : l’indice Markit Caixin PMI dans les services recule légèrement en Chine.
- Vendredi 6, 14h30 : les créations d’emploi ralentissent encore et le taux de chômage se stabilise à 5 % aux Etats-Unis.